FOLIE RELIGIEUSE
Qu'il y ait eu ou non un fond de réalité dans ces récits, il est incontestable que l'aliénation mentale a joué un rôle immense chez les sorciers, dont plusieurs étaient sans doute dupes et charlatans à la fois. Aujourd'hui la sorcellerie ne se rencontre guère que chez des individus isolés. On a prétendu que ce genre de délire ne se rencontrait plus que chez les paysans ; c'est là une erreur, car j'ai eu souvent l'occasion d'en rencontrer des exemples chez des habitants de Paris et même chez des gens assez cultivés. J'ai vu, il y a quelques années, un homme fort intelligent et d'un esprit cultivé ; il s'était adonné à des invocations surnaturelles après avoir lu certains ouvrages de spiritisme, et il avait fini par évoquer un mauvais esprit; mais, semblable à ces enchanteurs maladroits qui, faute de connaître les formules sacramentelles, après avoir fait paraître le diable, ne pouvaient plus se débarrasser de lui, il était resté en tête-à-tôte avec son persécuteur et se croyait lié par un pacte irrévocable, qui le rendait esclave du démon auquel il avait voulu commander.
Messieurs, si nous établissons un parallèle entre la forme dépressive et la forme expansive de la folie religieuse, nous verrons qu'il existe entre elles de'nombreuses ressemblances. L'une et l'autre se correspondent par la multiplicité des hallucinations, par la tendance au développement épidémique, par la prédominance même exagérée des troubles hystériques et convulsifs, enfin par l'excitation sexuelle. Cependant la démonomanie diffère de la théomanie par sa plus grande curabilité. C'est surtout dans les cas de folie épidémique que l'on parvient à guérir les malades en les disséminant et en les arrachant du milieu où leurs idées ont pris naissance. Toutefois, il existe des cas de guérison chez des malades isolés et surtout chez les possédés, La lypéma-
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nie simple, sans hallucinations, qui se manifeste uniquement par la crainte de la damnation, est beaucoup plus opiniâtre et plus difficile à guérir.
Quand la maladie persiste pendant un long espace de temps, elle se termine presque toujours par la démence, comme dans la forme précédente.