‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 199 sur 258 · DE L'ALCOOLISME AIGU · texte numérisé non relu

DE L'ALCOOLISME AIGU

Sommaire. — L'alcoolisme à notre époque. — Différence d'origine des alcools. — Prédispositions individuelles. — Inégalité de la force de résistance cliez les anciens et chez les modernes. — Immunité des riches par rapport aux pauvres. — Influence des prédispositions héréditaires et individuelles. — Alcoolisme latent de la cinquantaine. — Mode d'action de l'alcool. — Période d'excitation. — Anesihésie morale. — Période ébrieuse. — Troubles sensoriels. — Troubles de la motilité. — Délire particulier. — Incohérence. — Entêtement. — Période comateuse. — Ivresse convulsive. — Amnésie. — Lésions anatomiques de l'ivresse. — Traitement.

Messieurs,

De tous les poisons qui peuvent, à divers degrés, exercer une influence délétère sur l'économie, l'alcool est incontestablement celui dont les elTets ont été le plus soigneusement décrits et le plus minutieusement étudiés.

Les innombrables travaux consacrés depuis tant d'années à cette question, constituent à eux seuls un chapitre tout entier de la pathologie ; et s'il nous fallait embrasser le problème dans son vaste ensemble, nous serions forcés d'aborder des sujets absolument étrangers à la médecine mentale.

L'alcool, en effet, exerce ses ravages sur presque tous les organes, sur presque tous les tissus de l'économie.

Le cœur, les poumons, le foie, les organes digestifs, les glandes, les muscles, le tissu cellulaire et les os subissent

CONSIDÉIÎATIONS GÉiNÉHALES SUR l'aLCOOLISME. 609

tour à tour son influence nocive ; et les lésions qu'il détermine sur tant de points divers sont un trésor inépuisable pour l'anatomie patliologique.

Mais, dans le champ plus restreint oii nous devons nous mouvoir , c'est le délire, ce sont les troubles encéphaliques et les désordres du système nerveux qui, seuls, vont occuper notre attention ; les autres cléments de la maladie ne serviront qu'à compléter cette étude.

Si nous en croyons la plupart des observateurs modernes, l'alcool ferait aujourd'hui plus de victimes qu'à toute autre époque de l'histoire ; et, pénétrant de plus en plus dans nos usages, il modifierait la physionomie naturelle de l'aliénation mentale.

Et pourtant, Bacchus est un dieu toujours jeune, et l'ivresse est de tous les temps et de tous les siècles ; les générations qui nous ont précédés lui ont presque exclusivement demandé la stimulation nécessaire pour lutter contre les difficultés de la vie, et les poètes de toutes les époques, depuis le vieil Anacréon jusqu'à notre moderne Alfred de Musset, lui ont souvent emprunté la meilleure partie de leurs inspirations. L'histoire nous apprend que les Romains connaissaient à merveille tous les effets pathologiques de l'alcoolisme, et ces grands conquérants nous surpassaient autant par l'intensité de leurs orgies que par l'immensité de leur puissance. Quant aux robustes buveurs des deux siècles derniers, ils regarderaient avec mépris leur postérité dégénérée, qui peut à peine supporter quelques bouteilles de vin.

Si donc il est vrai que nous sommes des victimes de l'alcoolisme à un degré plus élevé que nos ancêtres, cela tient, sans doute, à la ditférence qui nous sépare d'eux à

deux points de vue : au point de vue de la semence et au point de vue du terrain ; au point de vue de la boisson et au point de vue des consommateurs qui l'absorbent.

Autrefois, en France et dans tous les pays vinicoles, c'était le vin qui figurait presque seul dans tous les repas, et qui suffisait à tous les excès. Aussi les pays du nord étaient-ils le siège à peu près exclusif de cet ensemble de phénomènes que nous connaissons aujourd'hui sous le nom iValcoolis?ne. C'est là qu'on buvait avec excès des eaux-devie malsaines tirées de la distillation des grains.

C'est qu'en effet, il n'y a pas seulement un alcool, mais des alcools, ou, comme on dit généralement, des esprits.

On fabrique de l'alcool avec du jus de raisin ; — avec des graines de céréales; — avec la canne à sucre ; — avec le sorgho ; — avec la betterave ; — avec la pomme de terre; — avec la mélasse ; — avec le chiendent ; — avec les fruits pourris ; — avec les vieux chiffons ; — avec la sciure de bois.

Or, ce serait une erreur profonde de supposer que tous ces produits divers sont identiques au point de vue de la composition chimique et de leur action sur l'organisme.

Il existe, en effet, une différence profonde et radicale entre Thomme qui s'exalte agréablement l'intelligence avec du vieux bordeaux, et celui qui se grise stupidement avec des phlegmes de pommes de terre. Et, comme le comble de l'art consiste, au point de vue industriel, à tirer un parti lucratif des matières les plus viles, les progrès de la science nous rapprochent de plus en plus des produits obtenus par la distillation de la sciure de bois.

Traduisons en langage scientifique les considérations familières que nous venons d'exposer. 11 existe un nombre prodigieux d'alcools, leur série est presque inépuisable;

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