‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 202 sur 258 · ALCOOLISME AIGU · texte numérisé non relu

ALCOOLISME AIGU

mènes sont loin de se dérouler toujours avec la régularité que nous leur avons attribuée. Je vous signalerai surtout l'ivresse convulsive dans laquelle le malade a des accès épileptiformes, et l'ivresse amnésique, dans laquelle tout souvenir de ce qui s'est passé pendant l'orgie est perdu. M. Beard en cite un cas remarquable. Un employé de commerce, venu à New- York pour s'occuper des affaires de son patron, se grisa complètement; pendant trois ou quatre jours il parcourut la ville, s'acquittant des commissions qui lui avaient été confiées; et lorsque l'ivresse fut dissipée, il n'avait aucun souvenir de ce qu'il avait fait et croyait avoir à recommencer sa tournée.

Enfin, il est un état d'hébétude qui peut se prolonger plusieurs jours après une orgie et pendant lequel le malade reste dans une sorte de demi-stupeur confuse, n'ayant qu'une conscience très imparfaite de ses actions. Je pourrais vous en citer plusieurs exemples; je me contenterai de vous rappeler l'observation d'un jeune homme entré dans mon service à l'hôpital Lariboisière, où je remplaçais temporairement un médecin absent; il présentait un état d'hébétude intellectuelle qui faisait craindre une méningite ou une fièvre typhoïde. Ce fut seulement cinq ou six jours plus tard que, revenu à lui-même, il nous apprit qu'à la suite d'une violente discussion avec sa mère, il s'était outrageusement grisé. Ce n'était pas d'ailleurs un buveur d'habitude ; il s'agissait donc bien d'un cas d'alcoolisme aigu, se prolongeant pendant une longue durée de temps.

Lésions anatomiques . — Nous savons qu'on peut mourir en état d'ivresse ; on connaît donc les lésions (au moins macroscopiques) de l'alcoolisme aigu ; ce sont des congestions multiples^ portant surtout sur les méninges, sur le

bES FdLlKS TOXIQUES.

cerveau et sur les organes respiratoires ; le sang est noir, fluide et souvent charge de graisse. Dans les cas les plus prononcés, on constate des hémorrliagies méningées et cérébrales, quelquefois aussi l'apoplexie pulomonaire.

En résumé, nous sommes en présence des lésions de l'asphyxie, et cet état semble résulter d'une sidération du système nerveux.

Notons enfin que, comme l'a fait observer Tardieu, les blessures même légères peuvent être mortelles dans cet ém: '

Traitement. — Il me reste à vous dire quelques mots sur le traitement de l'alcoolisme aigu.

L'ivresse, quand elle est légère, se dissipe spontanément; elle peut, sans inconvénient, être abandonnée à elle-même. Veut-on accélérer le retour à l'état normal, les effets presque instantanés des sels d'ammoniaque sont généralement connus. Quand les accidents sont plus graves, l'une des premières indications, comme dans la plupart des empoisonnements, est d'évacuer l'estomac, soit avec les vomitifs (I ), soit avec la pompe stomacale ; mais ces moyens restent sans action quand le poison a été absorbé. Il faut alors, en présence d'un cas d'ivresse grave, administrer le café, les préparations ammoniacales, les stimulants diffusibles, et quand il existe de l'asphyxie, pratiquer une révulsion énergique à la surface cutanée par les frictions, le massage et les sinapismes. Quelquefois, il faut recourir à la respiration artificielle, et même à la trachéotomie, qui facilite l'entrée de l'air dans les bronches. Quand l'hébé-^ tude alcoolique se prolonge pendant plusieurs jours, l'opium

t/4) On pourrait, en pareil cas, employer les injections hypodermiques d'apomorphinc, qui produisent des vomissements instantanés, et dispensent le sujet de tout effort do déglutition.

TRAITEMENT DE l'aLCOOLISME AIGU. 621

et Ja morphine, à doses modérées, peuvent rendre quelques services, ainsi que les lavements de café.

Enfin, il est de la plus haute importance de se prémunir contre les dangers du refroidissement, qui, surprenant un homme en état d'ivresse complète, peut souvent occasionner la mort.

Il est un moyen de traitement qui semble rationnel au premier abord et qui a été quelquefois employé avec succès, dit-on, c'est la saignée. Il existe, en effet, une congestion de tous les organes, et surtout de l'encéphale ; il semble donc assez naturel d'opérer une déplétion rapide des vaisseaux ; mais il est incontestable que plus d'une fois la; phlébotomie, pratiquée chez des sujets en état d'ivresse, a déterminé la mort immédiate. Pour moi, je redoute les conséquences d'un pareil traitement, et s'il fallait absolument y recourir, je préférerais, à l'ouverture de la veine, les ventouses scarifiées, qui sont un puissant moyen de révulsion.

Au reste, il est peu de praticiens qui, mandés auprès d'un homme en plein alcoolisme, songeraient aujourd'hui à pratiquer une saignée; mais, à l'époque oii les émissions sanguines étaient en vogue contre l'apoplexie, on a pu, sans le savoir, commettre une erreur de traitement, résultat direct d'une erreur de diagnostic. C'est une méprise de ce genre qui a coûté la vie à l'un des plus grands seigneurs de l'Angleterre ; tombé dans un escalier à la suite d'une orgie, il fut saigné par des médecins qui, le voyant sans connaissance, crurent à une congestion cérébrale. 11 s'ngissait d'un accès d'alcoolisme aigu, et le malade mourut entre leurs mains. Les accidents de ce genre sont aujourd'hui moins à craindre, la saignée ayant perdu presque tout le crédit dont elle jouissait autrefois.

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