‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 204 sur 258 · DELIRIUM TREMENS · texte numérisé non relu

DELIRIUM TREMENS

Ces données étiologiqiies une fois posées, voyons quelle est l'évolution delà maladie. Presque toujours les accidents sont annoncés par des prodromes. On a vu sans doute le délire tremblant éclater au cours même d'une orgie prolongée; mais il faut bien savoir que l'une des premières manifestations de la maladie est précisément la dipsomanie, le besoin de s'enivrer. Ainsi donc, il arrive souvent que la débauche est un effet et non pas une cause. Cumming rapporte les propos d'une jeune fille qui disait de son père : «Nous sommes toujours avertis quand un accès doit arriver, car il se met à boire et devient méchant. »

Parmi les prodromes de l'accès, les uns sont physiques, les autres psychologiques. Parmi les premiers, nous citerons surtout l'embarras gastrique, l'angoisse précordiale, la céphalalgie, les vertiges, les transpirations excessives, un tremblement léger des mains et de la langue, accompagné quelquefois d'un certain trouble de la parole ; de l'hypéresthésie et des troubles sensoriels, tels quel'hyperacousie et même les hallucinations delà vue. Enfin, le sommeil est troublé, et si le malade échappe à l'insomnie, il a des cauchemars et des rêves terrifiants.

L'instabilité du caractère et le malaise nerveux sont les principaux troubles psychiques qu'on observe à cette période. Il s'y joint souvent une dépression morale profonde, associée à une terreur vague dont le malade ne peut indiquer les motifs.

Cet état pénible peut durer de huit à douze jours ; mais enfin, le délire éclate, et comme premier et principal symptôme, il présente une insomnie absolue.

La physionomie du malade, absolument bouleversée, indique assez le trouble de son esprit : les yeux hagards, les traits crispés, l'expression de la terreur sur la figure, il va,

vient, s'agite et donne des ordres souvent contradictoires.

Un phénomène psycho-sensoriel de la plus haute importance s'ajoute à ces troubles divers : ce sont les hallucinations. Elles portent le plus spécialement sur la vue : le malade aperçoit des figures grimaçantes, des objets bizarres et surtout des animaux de toutes espèces et de toutes grandeurs. Quelquefois aussi, mais moins souvent, il éprouve des hallucinations de l'ouïe et du toucher. Un malade récemment entré à la clinique se voyait poursuivi, dans son délire, par des mouches qui le piquaient cruellement.

Les hallucinations de la vue chez les alcooliques prédominent dans l'obscurité, elles sont plus accentuées la nuit que le jour, et même, pendant la convalescence, au moment où elles semblent se dissiper, elles reparaissent souvent quand le malade ferme les yeux.

Un autre caractère des hallucinations chez les alcooliques, c'est qu'elles sont presque toujours agressives. Les personnages qui les entourent semblent les menacer: les chiens montrent les dents, les rats veulent les mordre, les mouches les piquent, et ce phénomène intellectuel se marie à merveille avec les sensations de fourmillement, de brûlure et de douleurs qu'ils éprouvent à la peau.

Un autre accident très fréquent chez tous les aliénés se rencontre volontiers dans cette forme de délire, c'est la crainte d'être empoisonné, d'où dérive souvent la sitophobie obstinée que présentent certains de ces malades.

Mais, si le délire ti'emblant a ses fureurs, il existe une forme beaucoup moins violente dans laquelle l'agitation et le bavardage remplacent les accidents plus dramatiques, dont nous venons d'esquisser le tableau, - oôjiyxi,

Pendant ses radotages incessants, le malade rêve à ses occupations habituelles, il se croit au cabaret avec ses amis,

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OU bien dans son atelier entouré d'ouvriers, il distribue des ordres, il dirige des travaux imaginaires, il commande a son entourage, mais sans offrir, comme dans le cas précédent, cette surexcitation excessive qui ressemble au délire aigu.

Il est enfin un caractère qui se retrouve dans toutes les formes du délire alcoolique, c'est la possibilité d'arracher un dnsla^it le malade à ses idées, et d'obtenir une réponse mette à une question précise. Ce réveil ne dure qu'un instant, mais il est d'une importance capitale pour le diagnostic. 11 nous montre, en effet, que, semblable au sujet plongé dans le subdelirium de la fièvre typhoïde, le malade revient un instant à la raison, quand il est vivement sollicité. Un instant après, il retombe dans son éternel mo-

Ï^OlogUe. ,;:,i,iUT'

Aux troubles psychologiques viennent rse. joindre des accidents convulsifs; on signale surtout le tremblement dont l'importance est telle qu'il occupe à bon droit une place dans la définition même de la maladie. |j,p -,^.0)5,7

Le tremblement peut affecter les mains, les membres inférieurs et supérieurs, la langue, les lèvres, les muscles de la face ; enfin, chez certains sujets, il existe un tremblement généralisé. En appliquant la main sur les avantbras, on sent des soubresauts tendineux, qui ne laissent pas un instant de repos au malade. Parmi les conséquences de ces troubles de la motilité, il faut signaler l'embarras de la parole, qui peut ressembler quelquefois à celui de la paralysie générale. Notons aussi l'incertitude de la démarche et l'impossibilité d'exécuter avec les mains un mouvement quelque peu compliqué, tel que l'action de boire. Tous ces phénomènes s'aggravent d'une manière évidente,, q^uand.le sujet se livre au moindre effort, . q^p+oh^c^-r --^s tnrhTo.T

Parmi tes troubles généraux qui font partie de ce cortège

symptomatique, l'un des plus frappants, ce sont des sueurs profuses, visqueuses et fétides exhalant souvent une odeur alcoolique. Par un phénomène de compensation, les urines sont rares et rouges. Il y a le plus souvent de la constipation. Les pupilles sont habituellement contractées, mais dans certains cas elles offrent une inégalité très marquée. Gliez certains sujets, il reste un état typhoïde et l'on voit des fuliginosités se produire sur la langue, les lèvres et les dents. Le pouls est faible, petit, quelquefois irrégulier et le plus accéléré. D'après Copland, il peut atteindre cent vingt pulsations.

Au milieu de tous ces phénomènes, la température reste assez basse ; le délirium tremens est une affection essentiellement apyrétique et, s'il existe un changement dans la température, c'est surtout dans le sens du refroidissement, principalement aux extrémités.

Il existe cependant une forme fébrile de délire tremblant sur laquelle M. le professeur Lasègue et, plus récemment, M. Magnan ont attiré l'attention.

Dans cette forme, la température peut s'élever jusqu'à 40 et 41 degrés, et même dans quelques cas exceptionnels à 43 degrés.

Cet état s'accompagne de phénomènes adynamiques, et souvent les malades succombent dans le coma.

D'après les auteurs étrangers, les formes fébriles du délirium tremens sont, en réalité, des cas de délire aigu.

Cependant, le délire tremblant guérit dans la majorité des cas ; sa durée habituelle est de trois à huit jours ; dans les cas exceptionnels, il peut se prolonger jusqu'à vingt et même trente jours. Le premier phénomène qui annonce la guérison est le retour du sommeil.

Il nous reste maintenant à vous parler du diagnostic et

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du pronostic, des lésions anatomiques du delirium Iremens, et enfin du traitement qui peut lui convenir.

Diagnostic. En présence d'un cas type, offrant à la fois les caractères psychologiques et le tremblement qui caractérise la maladie, le doute ne semble pas permis, surtout si les antécédents du malade sont connus, et cependant, il est des cas oii les signes de cette maladie peuvent être le masque d'une lésion viscérale absolument difï'érente. Nous citerons surtout la pneumonie, la fièvre typhoïde et la méningite aiguë.

La pneumonie, toujours grave chez les alcooliques, est une des causes les plus fréquentes du delirium tremens, et ce qui augmente singulièrement les difficultés du diagnostic en pareil cas, c'est l'absence presque complète des signes de la maladie. Ni l'expectoration rouillée, ni l'abattement général, ni les signes ordinairement fournis par l'auscultation ne viennent éclairer le médecin, qui d'ailleurs ne peut, en raison de l'agitation du malade, se livrer à une exploration physique régulière.

Le coraplexus symptomatique se réduit alors à un délire violent, loquace, accompagné de fièvre et quelquefois de dyspnée. Aussi serions-nous tenté de croire que bon nombre des sujets chez qui la difficulté de respirer a été signalée, n'étaient en réalité que des alcooliques atteints de pneumonie. Cependant, on comprend que, par son action sur le bulbe ou par son élimination à travers les organes respiratoires, l'alcool peut compromettre l'hématose et même entraver les mouvements respiratoires. Le diagnostic est donc souvent très difficile, même en tenant compte des antécédents du malade, et souvent, c'est l'autopsie qui vient, en dernier ressort, juger la question.

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Quant à la fièvre typhoïde, c'est surtout à la prédominance des phénomènes abdominaux que le médecin reconnaîtra la nature de la maladie, qui d'ailleurs, on le sait,, donne lieu à de fréquentes méprises-r-^ "-^ ■'^r^n< ^n-, ,1!-.;^

La méningite aiguë donne lieu à des accidents plus nettement localisés que ceux du delirium tremens. On voit se produire des contractions et des paralysies, des troubles oculo-pupillaires, une céphalalgie intense, quelquefois même des vomissements, phénomènes qui sont habituellement étrangers au délire aigu ; mais il est des méningites frustes à forme insidieuse dont le type indécis laisse l'observateur dans un grand embarras. On peut aisément les confondre avec le délire tremblant, qui, à son tour, présente des formes mal définies et d'un diagnostic difficile.' lans'? npi ,tn<irn9iipiim

Signalons enfin l'urémie parmi les troubles qui peuvent emprunter le masquedudelirium tremensetreproduire, soit au point de vue psychologique, soit au point de vue convulsif^ les principaux symptômes qui le caractérisent. Ici, les antécédents du malade et l'examen des urines seront les principaux éléments du diagnostic.

N'oublions pas enfin que toutes les maladies graves, l'érysipèle, les fièvres éruptives etmême les lésions chirurgicales peuvent [développer chez les alcooliques les symptômes du delirium tremens. Nous ne chercherons pointa indiquer les règles du diagnostic pour chaque cas particulier ; il nous suffira de dire que les antécédents du malade et l'évolution de la maladie, lorsqu'elle est soigneusement observée, permettront, en général, de reconnaître la vérité.

Il nous reste à parler des affections qui rentrent plus spécialement dans le cadre de nos études. La paralysie générale au début, l'encéphalopathie saturnine, et surtout la manie aiguë peuvent très souvent ressembler dans leurs

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premières phases au délire tremblant. Cependant, on rencontre, en pareil cas, un tremblement moins accentué, des sueurs moins profuses, un délire moins riche en hallucinations, une insomnie moins absolue. Tous ces caractères ne sont que relatifs, et l'on peut dire, en général, que ces affections se distinguent assez facilement du délire tremblant quand leur acuité est modérée. Dans les cas extrêmement graves, tous les éléments du drame se confondent et il devient presque impossible de démêler la vérité.

Mais c'est le délire aigu vésanique qui présente, avec le delirium tremens, les plus étroites analogies, surtout quand ce dernier est accompagné de fièvre. Les symptômes peuvent alors présenter une telle ressemblance, que c'est uniquement en s'appuyant sur l'étiologie que la distinction peut s'établir.

y\u reste, le délire aigu est une affection dont les contours ne sont pas encore assez nettement tracés pour en limiter le domaine avec une précision absolue.

Pronostic. Le delirium tremens est d'un pronostic grave. On estime que son issue est fatale dans une proportion de IS pour 100. La mort survient habituellement au milieu des convulsions ou dans le coma. Dans les formes adynamiques, le malade peut succomber dans un état de prostration absolue. Enfin, certains malades meurent subitement au milieu d'une agitation des plus violentes (Marcé).

D'une manière générale, la guérison est la règle. Elle s'annonce, nous l'avons dit, par le retour du sommeil, puis par l'amendement successif des principaux symptômes. L'agitation diminue, les troubles de la motilité s'effacent, le délire général se calme et le malade revient graduellement à l'état normal, tantôt après une courte absence,

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tantôt au contraire, après un délire prolongé et dont quelques traces subsistent assez longtemps.

Il est un troisième mode de terminaison qui se rencontre assez fréquemment chez les sujets qui présentent déjà des prédispositions à la folie. La démence et l'aliénation mentale peuvent succéder, soit directement, soit à une période plus ou moins éloignée à un accès, et surtout à plusieurs accès de délire tremblant.

Ajoutons, enfin , que les récidives augmentent sensiblement la gravité du pronostic, et que plus les sujets sont âgés, plus leur alcoolisme est chronique, plus leur santé générale est affaiblie, plus aussi ils se trouvent exposés aux terminaisons fâcheuses que nous venons d'indiquer. Au contraire, un homme jeune, vigoureux, bien portant, résiste plus facilement à l'invasion du mal et peut en supporter facilement les conséquences.

Uanatomie pathologique ne fournit point, à l'égard de celte maladie, des renseignements bien significatifs lorsqu'on se borne à considérer les cas exempts de toute complication. Une congestion manifeste des méninges et de la substance corticale, un œdème assez caractérisé de la piemère, quelquefois des adhérences rudimentaires de cette membrane avec les couches corticales (comme dans le délire aigu); enfin, un étal dépoli des membranes et une stase lymphatique assez caractérisée sont à peu près les seules lésions qu'on puisse rattacher avec certitude à la maladie qui nous occupe. Les autres altérations qu'on a constatées: la pachyméningite, les encéphalites, la présence de l'alcool dans la substance cérébrale, sont communes à toutes les formes de l'alcoolisme et ne présentent aucune signification particulière.

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Traitement. Le traitement du delirium tremens, il y a un demi-siècle environ, paraissait d'une simplicité vraiment admirable. Éviter les déplétions sanguines, administrer l'opiam à larges doses, telle était la règle universelle, et l'on ne peut nier les bons effets d'un pareil traitement, dans un grand nombre de cas; mais nous savons aujourd'hui qu'il faut établir, à cet égard, des catégories bien tranchées et qu'il est impossible d'appliquer indistinctement à tous les malades une médication unique.

Et d'abord, quand un alcoolique tombera malade, le médecin, s'il connaît ses antécédents, doit s'interdire tout traitement dépressif : point de saignée, pas de diète et surtout pas de privation d'alcool; on risquerait autrement de provoquer l'explosion du délire. On doit, au contraire, tonifier le malade et le soutenir dans la mesure du possible.

Mais enfin, en dépit de toutes les précautions, le délire éclate ; on peut alors se trouver en présence de trois catégories bien différentes de sujets.

Supposons-nous appelé auprès d'un malade, jeune, vigoureux, vierge de toute lésion vasculaire ou cardiaque, et n'offrant aucune élévation de température. Dans un cas semblable, l'opium est parfaitement indiqué, il faut l'administrer à la dose de plusieurs centigrammes et l'on peut recourir aussi, avec avantage, aux injections sous cutanées de morphine. On peut joindre à ce traitement le chloral, surtout si l'agitation est vive; enfin, il faut soutenir le malade par l'administration d'un vin généreux ou de boissons alcooliques variées. Le chloroforme et la digitale ont été également employés. Le premier de ces deux médicaments nous paraît d'un usage dangereux. Quant au second, c'est surtout lorsqu'il existe de la faiblesse et de l'intermittence du pouls que son usage paraît indiqué. Nous ne songerions jamais à le

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prescrire aux doses énormes qui ont été employées en Angleterre (26 grammes de teinture de digitale en dix heures). C'est là, selon nous, un jeu dangereux.

Voici maintenant un cas très différent : le malade atteint dudelirium tremens pi'ésente, eu même temps, une complication viscérale, une pneumonie, par exemple. Dans ce cas, le chloral est absolument contre-indiqué, l'opium doit être administré avec prudence ; mais il faut insister surtout sur les toniques, les stimulants diffusibles, tels, que l'acétate d'ammoniaque; enfin, recourir à l'a^^igilaîe #4éS' caractères du pouls en indiquent l'emploi..3,^,q g9,éjo£ic3 - ^ansa

Il faut réserver une place à part au delirium tremens fébrile surtout quand il s'accompagne d'un état adynamique. Les narcotiques sont alors formellement contre-indiqués ; il faut recourir aux toniques, aux stimulants, à l'alcool et aux antispasmodiques, tels que l'étlier, le camphre et le musc. Certains auteurs ont recommandé l'acétate de zinc. Notre expérience personnelle ne nous fournit à cet égard aucun renseignement.

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Sommaire. — Empoisonnement chronique. — Alcoolisme cérébral. — Alcoolisme subaigii. -- Le délire alcoolique est un rêve. — Hallucinations de la vue et de l'ouïe. — Hallucinations du tact et des autres sens. — Caractères psychologiques du délire. —Mobilité des idées. — Passage très rapide de l'idée à l'action. — Défaut absolu de critique par rapport aux conceptions de l'esprit. — Impulsion au suicide. — Influence des impressions morales sur les accès de délire. — Influence

il) dépressive du délire. — Délire des persécutions. — Abrutissemen des alcoolisés chroniques. — Anesthésie du sens moral. — Démence.

Diagnostic de l'alcoolisuic chronique. — Physionomie du malade. 'fU- Tremblement. — Insomnie. — Etat mental. — Diagnostic différentiel des quatre grandes manifestations de l'alcoolisme chronique. — Diagnostic du delirium] tremens. — Encéphalopathie saturnine. — Crises d'excitation de la paralysie générale. — Méningite aiguë. — Empoisonnements.— Diagnostic de l'épilepsie alcoolique. — Diagnostic de la lypémanie alcoolique. — Diagnostic de la démence alcoolique. — Diagnostic de l'alcoolisme et de la paralysie générale. — Pronostic de l'alcoolisme. — Lésions anatomiques. — Lésions cérébrales, congeslives ou dégénéralives. — Traitement.

Messieurs,

Nous nous sommes occupés jusqu'à présent de ralcoolisrae aigu et du delirium tremens ; il nous reste maintenant à étudier l'alcoolisme chronique, c'est-à-dire au point de vue de la médecine mentale, la partie incontestablement la plus intéressante du sujet.

Il s'agit ici d'un empoisonnement chronique. En dehors des accidents aigus produits quelquefois par l'ivresse;

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en dehors du delirium tremens qui en représente l'exacerbation la plus violente, nous sommes en présence d'un empoisonnement lent et progressif dont les conséquences peuvent porter à la longue sur tous les organes de l'économie. Parmi les localisations viscérales, il faut signaler surtout les altérations du foie, de l'estomac, des poumons et du cerveau. Quant aux lésions vasculaires de l'alcoolisme, elles retentissent par leurs conséquences sur tous les organes à la fois.

C'est exclusivement de l'alcoolisme cérébral que nous avons à nous occuper : les symptômes qui le caractérisent se manifestent surtout chez les sujets habitués à l'abus des boissons. Le buveur de profession, entraîné par des besoins de plus en plus impérieux, continue à dégrader son intelligence par des excès qu'il devient de moins en moins capable de supporter, car il est parfaitement avéré qu'une fois engagés sur cette pente, les alcooliques présentent une résistance de moins en moins grande aux effets du poison. ~ Toutefois, la déchéance de l'alcoolique ne s'opère pas, en général, suivant ime courbe régulière. Sur ce fond monotone se détachent des exacerbations périodiques, pendant lesquelles la raison s'obscurcit complètement et perd momentanément tous ses droits. Ce sont ces crises pouvant se prolonger de quelques jours à quelques semaines, qui ont été décrites par M. Lasègue sous le nom dC alcoolisme subaigu, et qui comportent, pendant un espace de temps limité, tous les caractères de l'aliénation mentale.

Le délire que présentent les alcooliques, comme l'a si bien dit M. Lasègue, n'est pas un délire, mais un rêve ; il commence la nuit pour se continuer le jour; arrivés à un certain degré de surexcitation, les alcooliques dorment mal et font des rêves caractéristiques. Bientôtl'insomnie arrive,

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mais c'est une insomnie peuplée de visions fantastiques et de cliimères. Quand les rêves nocturnes se prolongent pendant le jour, quand le malade conserve les convictions, les idées et les inquiétudes qui Vont assiégé pendant la nuit, il entre en plein délire.

Les rêves proprement dits de ces malades se rapportent presque toujours à leurs occupations habituelles, à leurs disputes, aux travaux de leur profession. « Je serais bien riche, me disait un jour un menuisier alcoolique, si j'avais autant de meubles que j'en ai fabriqués en rêve, »

Mais le phénomène qui marque le plus nettement l'invasion de la folie, c'est l'hallucination. Chez l'alcoolique, on le sait, c'est surtout dans le domaine de la vue que se manifestent ces perturbations sensorielles. Ce sont d'abord des troubles élémentaires ; le malade voit des points noirs, quelquefois des points lumineux, animés d'un mouvement [)lus ou moins rapide ; son imagination les transforme aisément en animaux de toute espèce : ce sont des rats, des chats, des serpents qui s'agitent sur le plancher, des insectes qui couvrent les draps de son lit. Bientôt, s'il fixe les carreaux de sa fenêtre, il voit s'y dessiner des figures grimaçantes. Enfin, ces hallucinations deviennent complètes, et un drame à plusieurs personnages vient se dérouler devant lui. Presque toujours, les hallucinations ont un caractère terrifiant, tm sens lugubre ; c'est là, d'ailleurs, comme nous le verrons, la note dominante de l'état mental des alcooliques, dans toutes ses manifestations. Mais on a peut-être insisté, avec exagération, sur la prépondérance absolue des hallucinations visuelles et sur l'importance minime des troubles des autres sens. Les hallucinations de l'ouïe sont assez fréquentes chez les alcooliques. D'abord, elles peuvent se combiner avec celles de la vue, et venir, en

quelque sorle, les compléter en leur communiquant une précision plus absolue; ensuite, il peut arriver qu'elles prennent entièrement le dessus et qu'elles constituent la partie la plus importante du délire sensoriel.

J'ai vu, dans le service de mon ami le docteur Mesnet, un alcoolique héréditaire, âgé d'environ cinquante an?, chez qui les hallucinations étaient exclusivement auditives; jamais il n'avait présenté d'hallucinations de la vue ni des autres sens ; il appréciait parfaitement la nature de ces fausses perceptions, il ne croyait point à leur réalité ; elles exerçaient cependant un empire irrésistible sur lui. Lorsqu'au milieu de la rue, il s'entendait appeler par son nom, il se retournait presque toujours; lorsque les voix lui intimaient un commandement, il obéissait presque invariablement. Un jour, passant sur les quais, il entend une voix qui lui commande de jeter dans la Seine les deux pièces de cinqfrancsqu'il avait dans sa poche; il obéit machinalement, et à peine l'avait-il fait qu'il aurait voulu se jeter lui-môrae à l'eau; car, disait-il, nous n'avions pas, en ce moment, vingt francs à la maison.

Mais parmi les hallucinations diverses dont il était la victime, la plus curieuse était celle qui se rapportait à ses habitudes bachiques. Lorsque, en se rendant à son travail, il approchait d'un cabaret, il entendait distinctement deux voix différentes : la première, celle du mauvais ange, lui criait : il entrera, il entrera; la seconde, au contraire, lui criait : il n'entrera pas. A mesure qu'il approchait du cabaret, la voix du mauvais ange devenait de plus en plus forte et impérieuse, elle étouffait toute opposition ; il finissait par entrer, et à peine avait-il bu que les hallucinations cessaient complètement.

Aux hallucinations de l'ouïe, il faut joindre celles du

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tact et des autres sens. La plupart des alcooliques présentent de l'anesthésie sur certains points et de Thypéresthésie sur d'autres; ils éprouvent quelquefois des sensations de chaleur, de brûlure ou de froid. Enfin, il leur arrive quelquefois de se sentir piqués ou piucés.

En somme, tous les sens peuvent se trouver intéressés dans les hallucinations de l'alcoolisme. 'mF m! inr x-^ri-^

Il n'en est pas moins vrai que les hallucinations visuelles dominent la scène et doivent être considérées comme un des principaux caractères de l'alcoolisme.

Passons maintenant aux caractères vraiment psychologiques du délire chez ces malades. Notons d'abord la possibilité, dans presque tous les cas, de réveiller cet homme qui rêve tout haut, de l'arracher un instant à ses chimères et d'obtenir, en le secouant, des réponses raisonnables à des questions précises. j^srip^ r

Quant au délire en lui-même, il est caractérisé par la mobilité incessante des idées. L'alcoolique saute d'un point h un autre sans se soucier des transitions; ce caractère donne au délire les apparences d'une incohérence complète. Mais ce défaut de suite tient surtout à la surabondance des idées qui se précipitent les unes sur les autres et se remplacent mutuellement. En dehors de celte condition spéciale, les délirants alcooliques conservent la logique habituelle des ivrognes. Un autre caractère de ce délire particulier, c'est le passage très rapide de l'idée à l'action ; à peine l'impulsion a-t-elle été conçue, qu'elle est exécutée. Cette facilité à se déterminer chez les alcooliques tient sans doute à un caractère psychologique des plus curieux et qui se rapproche d'une manière saisissante de l'état d'esprit qu'on observe dans les rêves. Nous voulons parler de l'ab-

642 t)ES fOLiÈS TOXlQDES.

sence d'étonnement, du défaut absolu de critique par rapport aux conceptions étranges dont leur cerveau malade devient le f(jjer.

L'alcoolique ne juge pas, il raconte; ses divagations renferment beaucoup de faits, mais peu d'idées. « Ce qui se passe se passe, voilà tout. » (Lasègue.)

Mais au point de vue de l'action, l'alcoolique ne reste pas tranquille : il discute avec ses persécuteurs, il veut savoir pourquoi on lui en veut, il s'agite sans trêve ni repos; il voyage perpétuellement sans aucun motif plausible, obéissant en cela à un irrésistible besoin do mouvement. Un de nos malades, au milieu d'un accès de ce genre, monte en chemin de fer et part pour Dijon ; une fois arrivé dans cette ville, déjà calmé par le déplacement, il se demande pourquoi il Y était venu et ne trouve aucune réponse à cette question.

Les impulsions insensées de l'alcool peuvent conduire au crime, aux actes obscènes, au vol, à l'assassinat. Mais de toutes les tentations qui peuvent l'assiéger, la plus fréquente et la plus caractéristique, c'est l'impulsion au suicide. Cet acte, chez l'alcoolique, n'est point réfléchi, calculé, prémédité comme chez beaucoup d'autres aliénés; il est brutal, soudain, imprévu et sans prodromes. L'idée de se tuer lui traverse l'esprit, et aussitôt, sans aucune transition, il prend un rasoir ou détache sa cravate pour se pendre. Aussi les alcooliques exigent-ils la surveillance la plus rigoureuse, et ce n'est pas ici le cas d'appliquer le principe de la non-contrainte.

Restent enfin deux grands caractères généraux de celte forme de délire.

L'accès de délire alcoolique peut éclater sans doute à la suite d'une orgie exagérée sous l'influence d'une fatigue

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excessive, des excès sexuels, d'une rixe, d'une dispute, mais surtout, chez les buveurs régidiers, sous l'influence d'un traumatisme moral. Un chagrin profond, une perte d'argent, une arrestation suffisent pour faire éclater le délire chez les sujets déjà prédisposés par une longue imprégnation. Comme l'a très justement fait observer M. Motet, il est des gens qui, parfaitement responsables au moment oîi ils commettent un crime ou un délit, deviennent aliénés après leur arrestation, mais non pas avant. Or, un grand nombre de ces sujets sont des alcooliques.

En second lieu, si l'ivresse peuple l'esprit de visions agréables, le délire alcoolique exerce presque toujours une influence dépressive ; le malade est presque toujours triste, entouré de dangers, tourmenté par des terreurs vagues. Ces frayeurs sans motif sont un des caractères les plus habituels de cette forme de délire, et ce qui n'est pas moins caractéristique, c'est l'attitude du malade en présence de ses impressions. Le plus souvent, il cherche à prendre la fuite, et s'il devient furieux, c'est seulement quand on veut l'arrêter. Nous en avons vu récemment un exemple : un jeune homme en proie à des terreurs alcooliques se précipite dans l'escalier d'une maison et monte jusqu'au troisième étage; là, se croyant toujours poursuivi, il se réfugie dans les cabinets d'aisance et pousse le verrou. Mais on frappe, on veut enfoncer la porte; saisi d'une terreur folle, il passe à travers la lucarne et se précipite la tête la première sur le pavé. Transféré à la suite de cet accident à Sainte-Anne, il nous rendait compte, quelques jours plus tard, des craintes paniques qui l'avaient poussé à cet acte insensé. L'alcoolique est donc essentiellement différent, sous ce rapport, de l'épileptique; l'un et l'autre, au moment de la crise, sont sous l'influence de la peur, mais le premier s'enfuit, le second

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attaque et sa fureur aveugle est l'expression de la terreur qu'il éprouve. L'alcoolique est donc infiniment moins dangereux que répileptique; mais il est bien entendu que celte règle n'est pas absolue, elle comporte de nombreuses exceptions. "«'^5 ^(O'îtè

Parmi les formes diverses de dépression morale que subissent les alcooliques, il faut signaler le délire des persécutions. On trouve, en effet, chez plusieurs de ces malades tous les caractères de cette vésanie : ils ont des hallucinations nombreuses et persistantes de l'ouïe, ils sont entourés d'ennemis, ils redoutent des complots imaginaires et peuvent quelquefois désigner leurs persécuteurs. Mais ce qui caractérise surtout ce délire alcoolique des persécutions, c'est qu'il est essentiellement guérissable ; et si certains aliénistes ont admis qu'une proportion notable de persécutés pouvait revenir à la santé intellectuelle, ce sont probablement les persécutés alcooliques qui ont fait, en totalité ou partie, les frais de cette statistique.

L'alcoolisme subaigu présente une durée variable, mais en général assez courte. Au bout de quelques jours ou de quelques semaines, le malade, privé de son excitant habituel, sort graduellement de son rêve et revient au sentiment de la réalité. C'est le retour du sommeil qui marque le début de la convalescence; et quand le malade a goûté quelques nuits de repos, il rentre en pleine possession de ses facultés.

Mais le retour incessant des mêmes excès conduit le malade h l'alcoolisme chronique. Ici, nous ne voyons plus ces crises qui mettent en relief les perturbations intellectuelles et morales qui résultent de l'empoisonnement. La note dominante^ chez les alcoolisés chroniques, c'est l'abrutissement. Ou pourrait dire que ces sujets présentent une véritable

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anesthésie du sens moral : les affections naturelles sont complètement éteintes, ils n'ont aucune pudeur, ils ont perdu le sentiment de leur dignité; ils vivent dans un cgoïsme absolu, dans une indifférence complète à tout ce qui sort du cercle étroit de leurs habitudes. Boire et toujours boire, voilà leur unique préoccupation. Cependant, à travers celte déchéance intellectuelle et morale, on voit encore s'agiter quelques vagues remords de conscience : ils éprouvent le besoin de se justifier, ils invoquent les nécessités de leur profession, ils accusent des chagrins violents qui les obligent à s'étourdir. Enfin, en dehors des excitations sans cesse renaissantes de l'ivresse, ils sont d'une tristesse profonde. vr^î-tof^H-ji!.-? jiio

Chez la plupart de ces malades, on remarque un affaiblissement profond de la volonté. Rien ne peut mieux en donner la mesure que l'impuissance de leurs efforts pour se débarrasser de leur vice. J'ai connu un homme distingué et possédant une belle fortune, qui, après avoir perdu une femme qu'il affectionnait beaucoup, se mit à boire avec excès des liqueurs fortes. Voulant sortir de la dégradation oii ses habitudes l'avaient plongé, il fit venir chez lui sa cousine, femme respectable et d'un âge mûr, et lui confia la clef de la cave pour mettre un frein à ses propres appétits. Mais, après une courte période de sobriété, on s'aperçut qu'il était presque constamment ivre; on le surveilla et l'on finit par découvrir qu'il s'était fait fabriquer une fausse clef à l'aide de laquelle il pénétrait dans sa cave, déjouant ainsi les sages précautions qu'il avait prises contre lui-même.

Une longue suite d'excès entraîne l'alcoolique vers la démence ; il y parvient à peu près invariablement, lorsque sa carrière n'est point interrompue par une maladie inter-

6i6 DES FOLIES TOXIQUES.

currente, par un accès mortel de delirium tremens ou par la manie grave des ivrognes [mania gravis potatorum), affection presque toujours mortelle, et qu'on observe plus souvent dans les pays du Nord que dans nos climats.

Messieurs, je me proposedecondenser en une seule leçon tous les points qu'il nous reste à traiter au sujet de l'alcoolisme; car je ne voudrais point donner à cette question, malgré l'intérêt considérable qu'elle présente, un développement trop étendu par rapport aux autres parties de mon enseignement.

Je, vous ai retracé les caractères les plus importants de l'état mental des alcooliques, je dois maintenant en discuter le diagnostic, en formuler le pronostic et en montrer les lésions. Enfin, je dois vous ofTrir quelques observations succinctes au sujet du traitement.

Diagnostic. — Les antécédents du sujet sont le point de départ le plus habituel et en même temps le plus sûr des conclusions que peut formuler l'observateur au sujet du diagnostic. C'est presque toujours après une longue odyssée, dont chaque étape est marquée par des excès plus ou moins prolongés, que nos malades viennent échouer à la Préfecture de police et plus tard à Sainte-Anne. C'est, en effet, dans la plupart des cas, par une série d'accès d'abord très courts, puis de plus en plus prolongés, que les buveurs versent dans l'alcoolisme chronique. Au début, quelques jours d'isolement, de tranquillité et de régime suffisent pour rétablir l'équilibre de la raison, et après une très courte arrestation, ils sont remis en liberté. A mesure que le temps s'avance, les accès deviennent plus graves, et lorsqu'enfin le? sujets sont absolument mûrs, suivant l'expression consacrée, on les transfère dans un asile d'aliénés. Dans la pratique civile, les choses se passent à peu près

nii L'ALCOOLISME CHRONIQUE. 647

de même: le médecin assiste à des attaques d'abord légères et transitoires, puis de plus en plus graves et qui aboutissent, en dernière analyse, à l'aliénation mentale.

Ainsi donc, en thèse générale, le diagnostic ne présente aucune difficulté. L'histoire du malade est depuis longtemps connue, il possède un dossier plus ou moins complet, la famille et les amis s'empressent de fournir des renseignements au médecin, et il ne s'agit plus que d'établir la constatation officielle d'un état de choses, depuis longtemps reconnu.

Mais il est des cas oîi la sagacité du médecin et l'expérience du spécialiste doivent suppléer à l'insuffisance absolue des renseignements. Un homme du monde est pris tout à coup d'un délire violent; personne autour de lui ne soupçonne ses habitudes ou ne veut en révéler le secret. Le médecin, qui le voit pour la première fois, doit formuler, en s'appuyant sur les signes immédiats, un diagnostic d'an tant plus difficile h établir qu'il semble en opposition avec la condition sociale du malade. On doit alors ne tenir aucun compte des circonstances extérieures, et ne tenir compte que des symptômes observés.

Je vous ai présenté l'un des cas où votre sagacité aura besoin de s'exercer ; vous me pardonnerez de ne point dresser le catalogue de toutes les circonstances où vous serez obligé de formuler une opinion à cet égard, soit au point de vue médical, soit au point de vue médico-légal.

Je vais donc essayer, messieurs, de vous présenter d'abord le diagnostic de l'alcoolisme chronique, en général ; nous discuterons ensuite le diagnostic des formes principales que peut affecter cet empoisonnement chronique.

En dehors de ses accès d'aliénation mentale, l'alcoolique

présente une physionomie toute spéciale. D'une manière habituelle, il otTre une expression d'hébétude, un regard vague et fuyant; le teint est blafard, le corps est gras, mais de cet embonpoint qui dénote aux yeux de l'observateur une mauvaise santé, et ce jugement est confirmé par le mauvais état des plaies qui se cicatrisent difficilement comme chez les diabétiques.

La face est souvent parsemée des varicosités ; elles surabondent sur le nez, qui s'épaissit, devient charnu et se charge de graisse. Enfin, pour compléter le tableau, les yeux sont chassieux, et le malade transpire abondamment.

Aces symptômes généraux, se joignent des troubles se rattachant à l'état du système nerveux et qui ne laissent subsister aucun doute sur le diagnostic.

D'abord le tremblement ; il est trop connu pour que j'essaye de vous le décrire, mais il est bon de se rappeler que lorsqu'il fait défaut, une émotion, une fatigue, et môme la privation du stimulant habituel suffisent pour le mettre en relief. Souvent un malade qui repose tranquillement dans son lit, se met à trembler violemment quand on l'oblige à se lever et à marchergysjfii)

En second lieu, l'insomnie ; presque tous les sujets lorsqu'ils sont convenablement interrogés accusent une perte complète ou tout au moins un trouble profond du sommeil. Un alcoolique qui dort tranquillement et qui goûte un véritable repos pendant la nuit, est une exception des moins fréquentes, un cas des plus rares en pathologie.

Enfin, sous le rapport de l'état mental, nous rencontrons les caractères, que dans la leçon précédente je vous ai signalés : l'apathie, la dépression morale, l'instabilité du caractère enfin, cette ankylose intellectuelle qui vient

DIAGNOSTIC DK l'aLCOOLISME CHKONlQUt;, G49

immobiliser l'esprit dans la routine et le rendre incapable d'acquérir des idées nouvelles.

Ces données vous suffiront dans les cas ordinaires pour Ikirer l'alcoolisme et vous mettront en éveil ; mais il faut maintenant, serrant la question de plus près, établir le diagnostic différentiel des quatre grandes manifestations de l'alcoolisme chronique. Ce sont : le delirium tremens, l'épilepsie alcoolique, la lypémanie et la démence.

J" Delirium tremens. — On peut le confondre avec l'encé' phalopathie saturnine aiguë, et le diagnostic est d'autant plus difficile que les ouvriers empoisonnés par le plomb le sont presque toujours en même temps par l'alcool. Toutefois, il faut noter que, dans l'encéphalopalhie saturnine, on constate infiniment moins de troubles que dans le delirium tremens. Les malades n'ont pas de titubation ; ils saisissent et retiennent beaucoup mieux les objets qu'on leur présente; ils n'ont pas le tremblement de la langue et des lèvres et n'offrent pas, par conséquent, d'embarras de la parole. Si l'on ajoute à ces signes négatifs les stigmates du plomb sur les gencives, sur la peau et sur les ongles, et si l'on tient compte des antécédents du malade, on pourra presque toujours établir nettement le diagnostic.

La paralysie générale, dans ses périodes initiales, présente quelquefois des cas d'excitation qui ressemblent trait pour trait au delirium tremens, et l'erreur sera d'autant plus facile que souvent des evcès alcooliques ont marqué le début de la crise. Toutefois, le paralytique général présente infiniment moins d'hallucinations que l'alcoolique, et son délire offre moins d'exacerbations nocturnes. D'ailleurs, la marche de la maladie est absolument différente ; l'alcoolique, s'il ne meurt pas, revient à la santé après un traitement régulier ; le paralytique, au contraire, remis de sa crise, pré-

sente le spectacle d'une décadence progressive qui, lorsqu'elle a été soigneusement observée, ne peut laisser aucune place au doute.

Peut-on confondre avec le delirium treraens la méningite aiguë? Nous avons ici, dans le thermomètre, un élément précieux de diagnostic. Sauf le cas du delirium fébrile, la température ne s'élève pas habituellement chez les alcooliques, tandis que dans la méningite l'hypertherraie est incontestablement l'un des éléments morbides les mieux accentués.

Nous laissons de côté, bien entendu, le delirium tremens symptomatique d'une affection aiguë et qui participe alors h l'élévation de température que provoque rafîcction principale.

Le délire de l'urémie qui peut simuler le delirium tremens est accompagné de vomissements; le malade a une tendance à tomber dans le coma et n'éprouve point d'hallucinations. Ce sont là les premiers éléments d'un diagnostic qui sera conhrmé par les commémoratifs, par l'examen des urines.

Dans la manie aiguë, on rencontre en général infiniment moins de tremblement et les hallucinations sont beaucoup moins fréquentes. Par contre, le malade est beaucoup plus .agité, beaucoup plus incohérent dans ses propos, et l'on ne peut pas, par une question fermement posée, couper court à son délire et le rappeler, ne iût-ce que pour un instant, au sentiment de la réalité.

Quant aux empoisonnements par les narcotiques, par l'opium, la belladone ou le datura straraonium, ils se distinguent du delirium tremens par l'état des pupilles et par la tendance au coma. Il est d'ailleurs une expérience thérapeutique qui peut servir à lever les doutes; c'est l'eiTet

DIAGNOSTIC DE l' ALCOOLISME CHRONIQUE. 651

sédatif de l'alcool, si remarquable chez les alcooliques en état de délire.

2" Epilepsie alcoolique. — Chez les alcooliques, l'attaque convulsive est souvent identique à celle des comitiaux et sous le rapport des symptômes, ces deux états se ressemblent au point de se confondre. Mais ils se distinguent surtout par leurs causes occasionnelles.

L'épilepsie alcoolique éclate le plus souvent après une émotion dans le cours de l'ivresse, ou après une orgie. Elle se montre aussi dans le delirium tremens ou pendant l'évolution du délire alcoolique. Rien de semblable pour la véritable épilepsie, dont les accès sont aussi capricieux par leur apparition qu'ils sont réguliers dans leur évolution. En outre, l'épilepsie alcoolique guérit par la suppression de la cause qui lui a donné naissance ; l'épilepsie vraie persiste, et c'est ainsi qu'on peut formuler, avec certitude, sinon le diagnostic immédiat, du moins le diagnostic éloigné.

3° Ltjpémanie alcoolique. — Chez les alcooliques, la lypomanie prend très souvent la forme du délire des persécutions ; elle s'accompagne d'hallucinations très prononcées de la vue et de l'ouïe, mais ce sont surtout les hallucinations de la vue qui prédominent. D'ailleurs, le caractère de ces troubles sensoriels suftit pour les distinguer de ceux qui résultent d'une vésanie proprement dite. L'alcoolique voit des animaux, des figures menaçantes qui le remplissent de terreur ; il rêve aux occupations de son métier et vit au milieu de ses préoccupations journalières. Le persécuté a surtout des hallucinations de l'ouïe et, sousl'empire de ses idées fixes, il s'éloigne de plus en plus des souvenirs de la vie normale. D'autre part, les signes physiquès de l'alcoolisme diffèrent essentiellement de ceux de la mélancolie

652 DES FOLlIiS TOXIQUES.

ordinaire et, dans bien des cas, ils suffiraient à le faire reconnaître.

4° Démence alcoolique. — La démence chez les alcooliques est caractérisée plutôt par la torpeur que par l'abolitiou complète des facultés. L'alcoolique dément est moins complètement nul que le dément véritable. Cependant, il faut en convenir, parvenue à un certain degré, la démence alcoolique ne se distingue plus par aucun caractère des autres formes de la déchéance intellectuelle.

Il me reste à dire quelques mots du diagnostic entre l'alcoolisme et la paralysie générale. Nous avons déjà touché ce sujet à propos du delirium tremens, mais il faut bien le savoir : à tous les degrés et dans toutes les formes de l'alcoolisme chronique, on se heurte à cette difficulté. Rappelons donc, en quelques mots, les différences essentielles qui séparent ces deux maladies.

La faiblesse musculaire est l'un des grands caractères de l'alcoolisme. Chez les paralytiques généraux, au contraire, les forces musculaires sont assez bien conservées au début, quelquefois même elles sont exaltées, et les troubles de la motilité, le tremblement qu'ils présentent sont des phénomènes plutôt spasmodiques que paralytiques. Lorsqu'à une période plus avancée la paralysie s'affirme, les autres phénomènes de la maladie sont trop nettement accentués pour qu'il soit possible de s'y méprendre.

L'alcoolisme s'accompagne presque toujours d'un certain degré de dyspepsie ; l'appétit est nul, la soif est vive, et chez les vieux buveurs il existe une sécrétion exagérée des glandules mucipares de l'estomac qui s'exprime par des vomissements glaireux. Au contraire, chez les paralytiques généraux, les fonctions digesiives sont en général bien conservées et quelquefois même exagérées. Le paralytique dévore,

DiAGNosnc UE l'alcoolisme chronique. 6^3

l'alcoolique ne mange guère, et c'est là, très incontestablement, un élément de diagnostic.

Au point de vue moral, la dépression, la tristesse, lalypémanie, sont l'expression habituelle de l'alcoolisme. La satisfaction, le contentement, l'exaltation du moi sont, au contraire, le type de la paralysie générale. Sans doute, il est des paralytiques tristes et des alcooliques gais ; mais, dans la paralysie générale, la mélancolie prend le plus souvent la tournure hypochondriaque ; on se voit alors en présence de malades très préoccupés de leur santé et craignant sans cesse la mort. Les alcooliques, au contraire, sont extrêmement portés au suicide et l'on ne rencontre pas habituellement, chez eux, ces terreurs hypochondriaques qui caractérisent si nettement la forme dépressive de la paralysie générale.

Les hallucinations, peu communes dans la paralysie générale, sont, au contraire, l'un des traits dominants de l'alcoolisme. Elles s'y présentent avec une telle abondance, une telle netteté et des caractères si spéciaux, qu'il est difticile de les méconnaître.

L'insomnie est bien plus prononcée chez les alcooliques que chez les paralytiques, et ils sont exposés à des crises nocturnes qui, comme l'a si justement fait observer M. Lasègue, constituent la note dominante de leur maladie.

Enfin, l'intelligence est incontestablement mieux conservée chez les alcooliques, qui, dans la majorité des cas, sentent parfaitement leur faiblesse et déplorent eux-mêmes leur affaissement moral.

Ces différences permettront le plus souvent de ne point confondre l'alcoolisme chronique avec la paralysie générale. Toutefois, il est des cas oii les deux maladies présentent les ressemblances les plus intimes et ne peuvent être diCfé--

renciées que par leur mode d'évolution. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet, à propos de la pseudo-paralysie générale alcoolique.

Pronostic. — L'alcoolisme exerce son action nuisible sur tous les organes de l'économie. La plupart des buveurs succombent à une maladie de foie, de l'estomac ou des poumons ; mais ce qui nous préoccupe surtout ici, c'est leur état cérébral.

L'alcoolique peut toujours guérir s'il parvient à secouer le joug de ses habitudes, pourvu toutefois qu'il ne soit point arrivé à ce degré de désorganisation qui rend impossible le rétablissement des fonctions normales et condamne le sujet à une sorte de demi-démence ; mais il est extrêmement difficile à l'alcoolique de se réformer s'il n'est point placé sous une surveillance des plus rigoureuses. Toutefois, on a vu des conversions mémorables, et il n'est aucun médecin qui ne puisse en citer des exemples ; mais si l'alcoolisme est guérissable, la dipsomanie ne l'est point; nous étudierons d'ailleurs ce sujet, avec tous les développements qu'il comporte, dans la leçon prochaine.

Rappelons-nous, d'ailleurs, que si le pronostic est grave pour le coupable lui-même, il ne l'est pas moins pour sa postérité. Par voie de transmission héréditaire, l'alcoolisme conduit à toutes les formes de l'aliénation mentale et surtout à ces dégénérescences qui constituent dans la pathologie mentale un chapitre à part.

Lésions anatomiques . — Si dans les principaux viscères on trouve des preuves non douteuses de l'action de l'alcool sur les tissus, il faut convenir que dans le système nerveux on ne rencontre aucune altération caractéristique. Les lésions de l'alcoolisme sont nombreuses et profondes, mais ne présentent en aucun cas de caractère spécifique,

LÉSIONS DE L*ALC00L1SME CHUONlOt'E. 6^5

On peut diviser en trois grandes classes les lésions cérébrales : elles sont congestives, inflammatoires m dégénératives.

On rencontre souvent des congestions superficielles des hémisphères ; les méninges sont vascularisées, et les couches corticales participent à l'hypéréraie.

Souvent aussi l'on trouve des traces de méningite; il existe chez plusieurs sujets un épaississement opalin de la l>ie-mère et de l'arachnoïde ; mais la lésion la plus importante parmi les altérations de cet ordre, c'est la pachyménitigite, ce sont les néo-membranes de la dure-mère qui deviennent l'une des sources les plus fréquentes de ces hémorrhagies méningées si fréquentes chez les alcooliques.

On trouve enfin des adhérences de la pie-mère aux circonvolutions sous-jacentes, et ces lésions ne se distinguent en rien de celles de la paralysie générale, si ce n'est par leur fréquence infiniment moins grande.

Parmi les lésions dégénératives, nous signalerons surtout les altérations des vaisseaux cérébraux. On rencontre souvent un état athéromateux très prononcé des artères, et des varicosités nombreuses, chez les vieux alcooliques. On comprend dès lors qu'ils doivent être sujets aux hémorrhagies cérébrales qui se rattachent tantôt aux anévrysmes miliaires, tantôt à la dégénérescence des parois artérielles ; mais une conséquence plus directe encore de l'athérome, c'est le ramollissement, soit cérébral, soit spinal, qui se montre parfois dans une grande étendue. Par contre, on trouve chez certains alcooliques des plaques disséminées de sclérose cérébrale.

Un certain degré d'atrophie du cerveau se remarque chez la plupart des vieux alcooliques; lorsque ce processus est

6o6 bliS KOLIËS TOXIyUES.

ti'èo prononcé, le crâne semble offrir une capacité trop grande pour le cerveau qu'il renferme : c'est surtout alors que l'on constate de l'œdème cérébral, des épanchements sous-méningés ou ventriculaires qui viennent, en quelque sorte, combler le vide produit par le retrait de la substance cérébrale.

N'oublions pas enfin que chez certains sujets, loin d'être hypéréraiée, la surface de l'encéphale est pâle, anémique, décolorée; c'est une conséquence naturelle des altérations vasculaires que nous venons de décrire.

On rencontre parfois une infiltration graisseuse des cellules corticales et des dépôts pigmentaires.

Enfin l'analyse chimique a permis de reconnaître la présence de l'alcool dans le cerveau, surtout dans les cas de mort rapide à la suite d'accidents aigus.

Sauf ce dernier caractère, les lésions que nous venons de décrire, prises individuellement, ne sont point spéciales à l'alcoolisme; on les rencontre pour la plupart dans d'autres maladies, mais elles sont la preuve évidente d'un vice profond de nutrition de l'organe. L'alcool détermine d'abord un état congestif auquel succède une subinflammation chronique qui se termine par l'atrophie. On comprend dès lors pourquoi la maladie, qui, dans ses premières phases, paraît facile à guérir, aboutit en dernière analyse à une démence incurable.

Traitement. — Nous avons déjà parlé des moyens thérapeutiques qu'il convient d'opposer au délire tremblant et à la manie grave des buveurs. Nous ne parlerons donc ici que du traitement de l'alcoolisme aigu et chronique.

Presque toujours, nous l'avons dit, quand le malade renonce de gré ou de force à ses habitudes, il guérit complè-

THAIIEMKNr IJE l" A LCOOLJSMlî CHRONIQUE. 657

tement. Le moyen d'action qui se présente naturellement le premier à l'esprit, c'est la séquestration; mais il faut y joindre l'exercice physique et les distractions de tout genre, qui viennent fournir un aliment aux centres nerveux privés de leur stimulant naturel.

On a cherché quelquefois (à l'étranger) à inspirer le dégoût de l'alcool à ces malades par l'abus des préparations alcooliques. On introduit des liqueurs spiritueuses dans tous les mets qui leur sont offerts; le filet au madère, l'omelelte au rhum forment la base de leur régime, et aucun plat ne paraît sur leur table sans être largement alcoolisé. Au bout d'un certain temps, les malades, dit-on, éprouvent un tel dégoût, qu'ils rerhoncent pour toujours aux boissons spiri- ''ueuses; mais^ de l'aveu même des promoteurs de ce système, il est des sujets qui, loin de prendre en horreur un pareil régime, s'en accommodent parfaitement et paraissent y trouver le moyen de satisfaire leurs penchants. En outre, il est évident que chez 'plusieurs de nos malades un pareil régime compromettrait gravement la santé physique.

L'hygiène des alcooliques doit être basée sur une alimentation tonique : on leur donnera une nourriture riche en éléments phosphorés; ils boiront du lait, du vin et du café. Une fois rétablis des conséquences immédiates de leurs abus, ils feront bien, s'ils en ont le courage, de pratiquer l'abstinence totale et de renoncer pour toujours aux boissons fermentées ; c'est le meilleur moyen de ne jamais retomber dans leur péché d'habitude. Leurs efforts, en ce sens, seront facilités par l'usage des amers. Enfin, l'hydrothérapie peut rendre ici de grands services, comme dans tous le cas d'affaiblissement général du système nerveux.

Il nous reste à dire quelques mots des moyens pharmaceutiques.

6o8 DES POLIËS TOXIQUÈS.

Nous ne vonlons point nous occuper du traitement de l'alcoolisnae en général; mais les troubles de l'estomac sont liés d'une manière tellement intime aux accidents nerveux, qu'il est impossible de les négliger.

Contre la paresse digestive, on emploiera les toniques amers et, plus spécialement, les préparations de noix vomique.

Contre les vomissements glaireux, on emploiera le nitrate d'argent sous forme pilulaire à la dose de 1 ou 2 centigrammes par jour.

Contre les douleurs et les vortiissements incoercibles, on fera usage de la glace et des préparations opiacées.

Enfin les révulsifs appliqués au creux épigastrique donneront quelquefois des effets utiles.

Il nous reste à parler du traitement des accidents nerveux;

L'insomnie appelle l'emploi des bromures alcalins, des bains prolongés et des sédatifs en général. Les narcotiques ne paraissent point agir avec avantage chez les malades de ce genre, lorsqu'ils sont parvenus à l'état chronique.

On a préconisé l'oxyde de zinc contre les hallucinations de l'alcoolisme, mais l'efficacité de ce remède ne paraît nullement démontrée. Nous en dirons autant de l'huile em^ pyrcuraatiquede pommes de terre, que certains auteurs ont regardée comme un spécifique contre le tremblement.

Mais il est un autre ordre de médicaments qui, maniés avec prudence, seront nliles dans toutes les fermes et h tous les degrés de l'alcoolisme; ce sont les purgatifs qui agissent à la fois contre les accidents gastriques en balayant le tube digestif, et contre les accidents nerveux en décongestionnant les centres par leur action révulsive sur l'intestin.

TRAITEMENT DE l'aLCOOLISME CHRONlOtJE. 6S9

Ea résumé, il n'existe aucun traitement spéciQque contre l'alcoolisme; mais on peut se flatter d'obtenir d'excellents résultats d'une hygiène sévèrement observée et d'une abstinence sagement réglée. A ces deux grands ordres de moyen, les médicaments pharmaceutiques viendront en aide comme d'utiles auxiliaires, mais sans jamais occuper le rôle principal.

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