‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 62 sur 258 · ACTIONS RÉFLEXES · texte numérisé non relu

ACTIONS RÉFLEXES

consciente? et le travail cérébral peut-il être latent pour le sujet lui-même, comme il l'est si souvent pour ceux qui l'entourent? Nous n'hésitons pas à répondre par l'affirmative ; mais il est indispensable d'entrer ici dans quelques développements.

Descartes, dont le puissant génie a si souvent pressenti des vérités qui ne devaient être démontrées que longtemps après lui, Descartes avait formulé dans toute sa rigueur la théorie de l'automatisme telle que nous la concevons aujourd'hui. Pour ce grand philosophe, les animaux inférieurs, séparés de l'homme par un abîme profond, ne sont en définitive que de simples machines obéissant aux impulsions qu'elles reçoivent, et traduisant par des mouvements réguliers, parfaitement adaptés à la conservation de l'individ u , les impressions sensorielles qui leur arrivent de l'extérieur (I).

(1) Nous ne pouvons résister au plaisir de citer ici un passage de Descartes, dans lequel la théorie dos actions réflexes est exposée de la façon la plus claire et en même temps la plus iiittoresque ; il est tiré du Traité de rhomme, au paragraphe intitulé « Comment se meut la machine de son corps» :

« Ainsi que vous pouvez avoir vu dans les grottes et les fontaines qui sont aux jardins de nos Rois, que la seule force dont Teau se ment en sortant de sa source est suffisante pour y faire mouvoir divers instruments, ou prononcer quelques paroles, selon la diverse disposition des tuyaux qui la conduisent .. Et véritablement, Ton peut fort bien comparer les nerfs de la machine que je vous décris, aux tuyaux des machines de ces fontaines... Les objets extérieurs qui, par leur seule présence, agissent contre les organes de ses sens, et qui, parce moyen, la déterminent à se mouvoir en plusieurs diverses façons, selon comme les parties de son cerveau sont disposées, sont comme les étrangers, qui, entrant dans quelques-unes des grottes de ces fontaines, causent eux-mêmes sans y penser les mouvements qui s'y font en leur présence : car ils n'y peuvent entrer qu'en marchant sur certains quarreaux tellement disposés, que par exemple, s'ils approchent d'une Diane qui se baigne, ils la feront cacher dans les roseaux ; et s'ils passent plus outre pour la poursuivre, ils feront venir

44 Dli LA FOLIE m GÉNÉRAL.

Nous savons aujourd'hui, avec toute la certitude que donne l'expérimentation scientifique, combien est grande la part de vérité que renferme cette idée hardie. L'automatisme, auquel Descartes faisait jouer un si grand rôle, apparaît comme la loi générale qui domine la plupart des manifestations extérieures de la vie ; et loin d'en restreindre l'application aux degrés inférieurs de l'animalité, nous savons aujourd'hui que l'homme lui-même ne fait point exception à la règle.

Depuis que la découverte des actions réflexes nous a livré le mécanisme de ces phénomènes si singuliers en apparence, fei simples en réalité, nous sa\ons que, si la vue d'un objet menaçant nous fait involontairement reculer, si les bruits inattendus nous font tressaillir, si la marche elle-même n'est qu'une action purement automatique, dans laquelle la volonté n'intervient que pour commencer le mouvement ou le suspendre, nous savons, dis-je, que tous ces phénomènes s'expliquent par la structure des centres nerveux et par les propriétés de certains groupes spéciaux de cellules qui jouissent du privilège de transformer les sensations en mouvements.

Ainsi donc, la pensée a toujours sous la main, et pour ainsi dire dans son voisinage immédiat, un serviteur Odèle, prêt à exécuter ses ordres, et au besoin à la remplacer ; et, loin de nuire à sa dignité, ce dualisme organique sert à la dégager des entraves personnelles et à lui laisser toute la liberté nécessaire pour accomplir ses opérations les plus élevées.

vers eux un Neptune qui les menacera de son trident ; ou s'ils vont de quelque autre costé, ils en feront sortir un monstre marin, qui leur vomira de l'eau contre la face... » Descartes, Traité de l'homme, Paris, Th. Girard, 1664, p. 12,

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