DES ÉLÉMENTS MORBIDES DE LA FOLIE DES ILLUSIONS ET DES HALLUCINATIONS
Sommaire. — Principaux éléments qui constituent l'aliénation mentale. — Troubles de la santé physique. — Délire. — Troubles de l'intelligence.
— Troubles partiels. — Altération de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté. — Illusions. — Hallucinations, — Ilallucinalions de l'ouïe. — Bourdonnements, bruits, voix. — Dialogues. — Hallucinations de l'ouïe chez les sourds. — Hallucinations dédoublées ou unilatérales. — Hallucinations de la vue. — Leur fréquence relative. — ■ Lumières, flammes, points nébuleux. — Apparitions. — Hallucinations de la vue chez les aveugles. — Rapports entre les hallucinations de la vue et certains phénomènes physiologiques. — Hallucinations du goût, de l'odorat et du toucher. — Hallucinations réunies de plusieurs sens.
— Hallucinations psychiques.
Messieurs,
Nous avons étudié la folie, dans la leçon précédente, au point de vue le plus général. Nous allons aujourd'hui passer de la synthèse à l'analyse et nous occuper des principaux éléments qui constituent l'aliénation mentale.
Pour rester fidèle à notre programme, nous aurons à considérer la question sous deux faces différentes : le côté physique et le côté moral. S'il est indispensable, en effet, de connaître à fond les phénomènes psychologiques qui caractérisent la folie, il est en même temps de la plus haute importance de bien apprécier les troubles que présente la santé du corps chez les aliénés, ainsi que les modifications que leur état général imprime à tous les processus morbides. Cette partie du sujet sera traitée dans une de nos prochaines leçons ; mais, pour le moment, c'est à l'étude
du délire que nous allons consacrer toute notre attention.
Les troubles psychiques sont les uns généraux, les autres partiels. On peut réduire à trois termes les lésions générales de Tentendement : l'excitation, la dépression, l'affaiblissement des facultés intellectuelles. Certains aliénés, en effet, vivent dans un état d'agitation permanente; ils vont et viennent, parlent avec une intarissable abondance, et présentent la mobilité la plus incroyable dans les idées. D'autres, au contraire, sont plongés dans une tor[)eur profonde, qui semble ralentir à la fois les fonctions de l'esprit et celles du corps ; enfin, l'abolition presque complète de la vie intellectuelle semble caractériser non seulement l'état de démence, dans lequel s'affaissent graduellement la plupart des vieux aliénés, mais aussi l'engourdissement cérébral qui frappe subitement certains malades, et qui peut se dissiper de même.
Ces vues d'ensemble, il faut bien le reconnaître, n'offrent pas par elles-mêmes une grande utilité pratique : pour bien en saisir la portée, il faut aborder l'étude de la manie, de la mélancolie et de la démence. Nous nous réservons donc d'entrer plus lard, à ce sujet, dans de plus amples développements.
Un intérêt plus direct se rattache aux troubles partiels des facultés de l'esprit. Ils peuvent affecter la sensibilité (1), l'intelligence ou la volonté. Les impulsions irrésistibles, la perversion des instincts et l'inertie morale paraissent résulter des perturbations de la volonté ; les conceptions délirantes appartiennent aux lésions de l'intelligence, ainsi que le manque d'attention, auquel Esquirol faisait jouer un si grand rôle dans les maladies mentales;
(1) 11 est bien entendu que nous employons ce mot dans le sens psychologique.