‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 68 sur 258 · DES ILLUSIONS · texte numérisé non relu

DES ILLUSIONS

mais faussement interprétée. Elle peut exister non seulement chez des malades, mais encore chez des individus dans un état parfaitement normal de santé. Vue de loin, une tour carrée paraît ronde. La perspective modifie les formes apparentes des objets, et les illusions du mirage sont un exemple familier de ces erreurs des sens, qui s'expliquent par les lois de la physique.

Mais, chez nos malades, il s'agit d'illusions pathologiques. Un objet réel donne lieu à une interprétation absolument erronée Aux yeux d'un maniaque, des linges accrochés h une fenêtre deviendront des cadavres suspendus au gibet. Des images qui flottent dans l'air deviendront des ballons dirigés par des aéronautes, et la figure du premier venu retracera à l'imagination les traits de l'ami le plus intime. Avec une élégante concision, M. Lasègue exprime cette idée dans les termes suivants : « L'illusion est à l'hallucination ce que la médisance est à la calomnie. L'illusion s'appuie sur la réalité, mais elle la brode; l'hallucination invente de toutes pièces, elle ne dit pas un mot de vrai. »

Tous les sens peuvent être le point de départ d'illusions, mais celles de la vue sont beaucoup plus fréquentes que celles de l'ouïe; le contraire a lieu pour les hallucinations, comme nous le verrons bientôt.

Nous ne croyons pas devoir insister plus longuement sur les phénomènes de cet ordre, qui se confondent, dans la plupart des cas, iivec ceux dont on cherche à les séparer. Il n'existe point ici de limites bien précises, et la frontière n'est pas bien nettement tracée. Le point de départ matériel d'une illusion est souvent si léger, qu'il ne peut guère être considéré que comme le choc qui fait jaillir l'étincelle. M. Maury, qui, comme on le sait, est extrêmement sujet aux hallucinations de la vue, est frappé un jour par

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le reflet d'une glace qui brillait au soleil : il voit aussitôt se dresser devant lui un cuirassier à cheval, dont il croit distinguer tout le costume, le casque, le plumet, la cuirasse et l'habit (1). Lorsqu'il suffit d'une impression si fugitive pour évoquer un tableau si complet, n'a-t-on pas le droit de penser que l'image fantastique a été créée de toutes pièces? D'ailleurs, il est parfois impossible de dire où finit l'illusion, oîi commence l'hallucination. Un aliéné regarde attentivement nn portrait; tout à coup il le voit sortir de son cadre et prendre les allures d'un personnage vivant. Est-ce d'une illusion ou d'une hallucination qu'il s'agit? La difficulté de répondre à cette question suffit pour montrer combien les barrières qu'on élève entre ces deux ordres de faits sont artificielles et combien sont intimes les rapports qui les unissent. Nés dans des conditions presque complètement identiques, ces phénomènes se rattachent évidemment aux mêmes causes et se rencontrent simultanément chez la plupart de nos malades.

Les hallucinations, dont nous allons maintenant nous occuper, nous offrent le type le plus complet du délire sensoriel. En effet, dans toute sensation pervertie ou transformée, il existe au moins un point de départ, qui nous vient du monde extérieur ; mais, chez les hallucinés, c'est la pensée elle-même qui prend un corps : c'est une impression purement subjective qui se piojette au dehors, et va se mêler aux objets réels, dont l'existence nous est révélée par le témoignage de nos sens.

Un phénomène aussi bizarre devait naturellement s'im-

(1) Maury, le Sommeil d les Rêves, 2"^ édit,, Paris, Didier, 1862, p. 58.

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