‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 70 sur 258 · HALLUCINATIONS !)E LA VUE · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS !)E LA VUE

rieux qui poussent les malades à commettre des crimes. — Toutefois cette règle n'est pas sans exception, et le coO^ traire peut avoir lieu; certains sujets entendent des paroles flatteuses, et M. Baillarger en cite un exemple curieux. Une dame que le soin de sa toilette préoccupait beaucoup, se croyait poursuivie par deux hommes qu'elle ne pouvait apercevoir, mais qu'elle entendait pourtant ; ces personnages ne cessaient de lui adresser des compliments, et pendant qu'elle s'iiabillait, ils vantaient la blancheur de sa peau et tous les agréments de sa personne (d).

Hallucinations de la vue. — Il est généralement admis que les hallucinations de la vue, sous le rapport de la fréquence, viennent immédiatement après celles de l'ouïe. Griesinger va plus loin, il leur accorde la première place; mais il est à peu près seul de son avis. Au reste, il faut tenir compte, avant tout, des conditions dans lesquelles se produisent les perversions sensorielles. S'il s'agit des hallucinations qui précèdent le sommeil, ou qui sont provoquées par des agents toxiques, celles de la vue sont incontestablement les plus fréquentes ; il en est de même pour les hallucinations qui surviennent chez les gens sains d'esprit. Chez les aliénés il en est tout aulrefflent, et ce sont bien certainement les fausses perceptions de l'ouïe qui occupent le premier rang, sauf chez les alcooliques : ces malades, en effet, dès qu'ils tombent dans le déhre, ont des hallucinations visuelles, et ce phénomène se produit chez les sujets qui, sans avoir jamais éprouvé les accidents de l'ivresse, sont habitués depuis longtemps à faire largement usage des boissons fermentées.

Les hallucinations de la vue, comme celles de l'ouïe, peu-

(1) Mémoire cité, p. 281.

72 DKS ÉLÉMENTS WOHBIUES DE LA FOLIE.

vent être simples ou compliquées. Tantôt le malade ne voit qu'une lumière, des flammes, des points nébuleux ; tantôt il aperçoit des ombres, des fantômes indistincts et mal dessinés ; tantôt, enfin, les images se présentent avec les couleurs les plus vives et les contours les plus arrêtés; la perception fausse revêt alors tous les caractères de la réalité.

Souvent le malade n'aperçoit qu'une seule figure, un seul objet, toujours le même pendant un long espace de temps. Un médecin, qui finit par se suicider dans un accès de lypémanie, ne pouvait se retourner sans apercevoir à côté de lui une petite vache noire (1). — Une dame, d'ailleurs parfaitement saine d'esprit, voyait un chat sur l'escalier de sa maison toutes les fois que sa santé était dérangée : un régime tonique faisait bientôt justice de cette apparition (2).

Mais les hallucinations les ])lus complètes de la vue sont celles où plusieurs persoimages se réunissent autour du malade pour jouer un drame plus ou moins compliqué. L'un des faits les plus authentiques, et en même temps les plus curieux de ce genre, est l'observation célèbre du libraire Nicûlaï, qui, à la suite de vives et pénibles émotions, vit sa chambre se remplir d'une multitude de figures, représentant quelquefois des amis, mais le plus ordinairement des personnes inconnues. Ces apparitions se dissipèrent graduellement à la suite d'une application de sangsues.

Les dimensions naturelles des objets sont tantôt agrandies, tantôt rapetissées; d'autres fois, elles grandissent ou diminuent progressivement. Bostock, médecin anglais, qui nous a laissé l'histoire de ses propres hallucinations, voyait, à certains moments, une multitude de petites figures

(1) Baillarger, Mémoire cité, p. 312.

(2) Blandford, op. cit., p. 150.

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