‹ Leçons sur les maladies nerveuses (volume 2)Chapitre 123 sur 153 · Charcot. Leçons du mardi, tome I, p · texte numérisé non relu

Charcot. Leçons du mardi, tome I, p

BRISSAUD, LECOXS. 53

dition de les faire résider dans un état mental tel que le sujet ne peut guère vouloir résister à un certain besoin ou désir d'action, que Fhabitude a rendu irrésistible. Ehrlich a raison de dire que le Tic est une « chorée de Thabitude ». Les Allemands l'appellent aussi Maladie de Thabitude (Gewobnheitskrankheit), et le mot n'est pas mal choisi.

YIIl. Si la difficulté est tellement grande qu'elle parait au premier abord insurmontable lorsqu'il s'agit de Spasmes ou de Tics limités au visage, tout malentendu disparaît, toute méprise devient impossible en présence de certaines localisations.

11 est, par exemple, mie variété de Tics bien commune, et cependant, à mon avis, singulièrement négligée par les classiques, qui consiste dans un Spasme donique des rotateurs de la tête. Il me semble qu'on pourrait appeler ce Tic, le Torticolis mental.

Ici, sans aucun doute, l'état morbide n'est pas dans les muscles ni dans les nerfs, il est dans l'esprit même. Les cas en sont assez nombreux pour que je vous en présente immédiatement plusieurs. Je ne sortirai pas pour cela des limites de mon sujet, car ces malades vous apparaîtront comme des spécimens très frappants de cet état cérébral dont je vous ai marqué la valeur diagnostique.

Yoici, par exemple, une malade qui montre une contraction énergique des muscles abaisseurs de la tète sur l'épaule (Fig. "200

Fis-. 201.

et 201 ). Elle tient sa tête à deux mains pour l'empêcher de s'incliner : notez qu'elle y réussit. Si elle lâche prise, sa tête va s'incliner de

TICS ET SPASMES CLONIQUES DE LA FACE. il5

nouveau. Et cette femme est convaincue que pour redresser l'attitude vicieuse, la force qui doit intervenir n'est pas simplement la volonté de faire agir les muscles du cou, mais la force de ses mains.

Elle fait à son insu un dédoublement de sa personne physique : sa volonté, qui se fait encore obéir de ses mains, ne commande plus à ses muscles du cou. Voilà du moins ce que se figure notre malade, car vous concevez bien qu'en fait, dès l'instant qu'elle est capable de redresser son cou avec les mains, il lui serait beaucoup plus facile de le redresser par une action des muscles cervicaux antagonistes. La contraction dont il s'agit, d'ailleurs, n'est nullement douloureuse. C'est une simple manie, un acte obsédant provoqué par je ne sais quelle minuscule hallucination psycho-motrice.

L'homme que voici (Fig. 202 et 203), ne peut s'empêcher de tourner la tête à gauche si ce n'est en la maintenant, lui aussi, avec sa

Fi-. 202,

Fie-. 205.

main : croyez-vous trouver là comme cause l'irritation du spinal, qui anime les muscles présidant à ce mouvement? Assurément non. S'il y avait une compression quelconque de ce nerf, le sujet ne pourrait pas replacer sa tête lui-même. C'est bien sa seule idée qui le force à exécuter ce mouvement.

Essayez de vous opposer par la force à ce que quelqu'un tourne la tête ou efforcez-vous de la lui tourner contre son gré, vous verrez que c'est la chose la plus difficile. Essayez encore de tirer sur vos deux mains pour voir laquelle des deux est la plus forte :

VOUS ne parviendrez jamais à le savoir. Jamais vous ne ferez abstraction de votre volonté, et l'une de vos mains ne remportera sur l'autre que si toutes les deux y consentent, c'est-à-dire si vous le voulez bien : notre main gauche n'ignore jamais ce que fait notre main droite. // n'ij a pas de volontés partielles, locales; il ne peut, dans notre cas, en exister une pour la tête et une pour le bras. Résignons-nous à ne voir encore dans ce Tic qu'une mauvaise habitude, contre laquelle la volonté pourrait seule agir efficacement.

Ce troisième malade présente toujours le même Spasme du cou (Fig. 204 et 205). Par moments, sa tête se tourne à droite irrésisti-

FiR. 204.

Fie-. 205.

blement. Est-ce l'hyperkinésie du spinal qui en est cause? — Pas davantage, et vous êtes bien vite édifiés, car celui-là n'emploie pas une grande force pour vaincre son Spasme : il se contente d'appliquer deux doigts sur le menton.

Cet homme cependant est ainsi depuis cinq ans. Rien n'a pu le guérir de cette névrose, véritable folie, où deux choses se mêlent, où l'on ne sait laquelle l'emporte sur l'autre : une impulsion motrice inconsciente et impérieuse; une volonté consciente, mais mal renseignée, déraisonnable et impuissante à arrêter le phénomène convulsif par le moyen simple et normal, obligée, pour triompher, de recourir à un détour puéril, à une sorte de supercherie maladive. Car, contre un Spasme du cou si violent, la

seule apposition de deux doigts ne compte pas : si faible pourtant que soit le secours apporté à la résistance, l'imagination du sujet s'en contente.

Enlîn voici un dernier malade. Cette fois ce n'est pas un torticolis, mais un « retrocolis » pour employer un mauvais mot à défaut d'un meilleur. Celui-ci renverse sa tête en arrière à la moindre occasion, pour peu qu'on lui parle ou simplement qu'on le regarde (Fig. 206 et 207).

C'est le type du grand détraqué.

Dans son lit, il ne trouve pas d'appui suffisant sur l'oreiller. Il se j.-„, ^m. dirige alors pour appuyer sa tète

vers la cloison. Avant même qu'il l'ait touchée, dès qu'il a le sentiment qu'elle est derrière lui, sa tête se relève déjà. Appuyée contre la muraille, elle tend à reprendre sa position normale.

Il est certain, messieurs, qu'un fait aussi net et toujours aussi identique à lui-même n'a pu passer inaperçu jusqu'à ce jour. Le défaut de concordance qui le caractérise, et qui consiste surtout dans la faiblesse de l'eflort que le malade oppose à la contraction si énergique des muscles cervicaux, avait été déjà incidemment signalé par quelques auteurs. Je dois dire, cependant, qu'on n'a que très rarement fait allusion à ce qu'il a de paradoxal.

C'est Duchenne (de Boulogne) qui l'a certainement le mieux observé. 11 relate en quelques mots l'histoire d'un malade de Rouen, qui lui avait été adressé par le professeur Andral : « La tête de ce malade tournait à droite par la contraction des muscles rotateurs lorsqu'il lisait, jusqiià ce qu'il eût rejeté son livre^ ».

Duchenne parle également d'une dame dont le sterno-mastoïdien

Fig. 207.

Page 1