‹ Leçons sur les maladies nerveuses (volume 3)Chapitre 82 sur 163 · Ncurolog. Centralbl., 1er juillet 1893, p · texte numérisé non relu

Ncurolog. Centralbl., 1er juillet 1893, p

horizontalement pendant vingt-cinq minutes sans que la moindre fatigue résulte de cette attitude prolongée. Que les plus vigoureu d'entre vous tentent l'expérience, et ils verront que ce tour de force. leur est interdit. C'est là, jusqu'ici, un fait isolé, mais les méde cins n'en ont pas encore recherché systématiquement l'existence, e< si, par hasard, on en constatait la fréquence chez les ataxiques, il acquerrait une grande importance au double point de vue de la séméiologie et de la pathogénie de certains symptômes du Tabès.

D'ailleurs, la Fatigue, en soi, est un sujet dont on s'occupe trop activement depuis quelques années, pour que je ne cède pas à la tentation de vous en parler en cette occasion. Vous jugerez bientôt que cette nouvelle digression a son utilité.

Les physiologistes ne se sont guère occupés de la fatigue avant Helmholtz et Dubois-Reymond. Des travaux ultérieurs de Ranke .Mosso, Richet, Abelous et Langlois, Albanese et Siipino ont singulièrement éclairci le problème.

Qu'est-ce donc d'abord que la fatigue? — J'avoue que la définition est difficile et je ne m'y risquerai pas.

Impuissance musculaire, gène pénible, faiblesse douloureuse, dira-t-on? — En fait, la fatigue est une sensation, et, en tant que sensation, elle est indéfinissable. On ne peut pas plus la définir qu'on ne peut définir un parfum ou une couleur. Cela se voit, cela se sent, cela s'éprouve, en vertu d'un acte de conscience dont nous sommes tous également bons juges. — Et rien de plus.

Si les physiologistes, à cet égard, n'en savent ni plus ni moins que nous tous, ils ont eu, du moins, le grand mérite de pousser l'analyse du phénomène bien au delà de la sensation perçue. La fatigue ne consiste pas seulement en une sensation , elle n'est pas seulement subjective; elle est objectivement caractérisée par un état spécial des muscles, que la méthode graphique permet d'apprécier de visu. La sensation et le fait matériel sont naturellement solidaires l'un de l'autre; mais le fait matériel, au point de vue expérimental, n'est pas toujours objectivement constata hic, alors que, selon toute probabilité, la sensation est déjà subjectivement perçue. La clinique (où tout nous ramène) vous fera comprendre qu'il eu puisse être ainsi.

Les Neurasthéniques dont je viens de vous parler, ne sont-ils pas dès le matin brisés, fourbus, anéantis par une fatigue insur-

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montable, sans que leurs muscles aient fourni la veille un travail exagéré? Vous savez même qu'ils sont en général bien plus fatigués le matin que le soir. Dans un instant, vous vous expliquerez mieux eette aberration morbide de la sensibilité musculaire. Retenez seulement que la fatigué est une sensation de provenance musculaire. Du reste, Mosso l'a dit en excellents termes : « La fatigue est indépendante de l'influence psychique; c'est un phénomène périphérique ».

Comment et pourquoi se produit-elle? — Tout démontre qu'elle résulte d'un effort, d'une lutte plus ou moins douloureuse, plus ou moins prolongée, contre une résistance que nous ne pouvons vaincre. Et cette incapacité de vaincre n'est autre chose qu'une sorte de paralysie passagère. Le muscle fatigué ne se contracte plus. Si le muscle ne se contracte plus, c'est parce qu'il a, au cours de ses contractions réitérées, fabriqué des produits toxiques, exerçant sur lui-même une action vraiment curarisante. La paralysie en question n'est donc pas d'origine centrale; elle ne tient pas non plus à une modification matérielle ou dynamique de la fibre striée; l'intoxication limite ses effets aux plaques terminales des nerfs moteurs. A ce titre, on pourrait la comparer à l'intoxication par le •marc.

11 me serait difficile d'insister sur la nature du poison. Longtemps on a accusé l'acide lactique. On croyait que les muscles surmenés en produisaient en abondance. Vous savez tous que Ch. Hichet a fait justice de cette opinion. Je me bornerai donc à vous rappeler l'ingénieuse expérience par laquelle Abelous a démontré la curarisation spontanée des muscles fatigués.

La grenouille est l'animal choisi. On lie l'artère du membre postérieur droit (Fig. 117). On fait passer un courant induit de l'anus à la bouche de façon à obtenir, dans un temps donné, une tétanisation complète. On laisse alors la grenouille en repos, puis, de nouveau, on ouvre le circuit. Les muscles épuisés après la première excitation ne sont plus capables d'une nouvelle tétanisation. Si l'on excite alors le nerf de la patte gauche, la contraction est insignifiante ou nulle. Au contraire, l'excitation du neii de la patte droite, — celle dont l'artère a été liée — provoque de fortes contractions dans cette patte.

La conclusion à tirer de cette expérience est la suivante : les

muscles de la grenouille, en se contractant jusqu'à la tétanisation, ont produit des substances toxiques dont l'action est paralysante. Ces substances ne parvenant pas à la patte postérieure droite (puisque l'artère est liée), les muscles de cette patte peuvent encore se contracter sous l'influence d'une excitation nouvelle.

L'expérience montre encore autre chose : le poison n'a pas d'effet nocif sur les conducteurs nerveux eux-mêmes. S'il en avait un, les muscles de la patte droite ne se contracteraient pas, attendu que les nerfs de celte patte sont imprégés par la substance toxique fabriquée sur place, aussi bien que ceux de la patte gauche. D'autre part, l'excitation électrique directe des muscles de la patte gauche détermine encore des contractions, alors que l'excitation du nerf n'en produit plus. La conclusion qu'il est permis de tirer de tous ces faits est donc que la substance toxique (qui ne lèse pas le muscle et qui ne lèse pas le nerf) exerce son pouvoir paralysant sur une partie au système neuro-musculaire intermédiaire du nerf et au muscle. Cette partie intermédiaire, <• est la plaque terminale.

Telle est, Messieurs, la fatigue expérimentale.

x. 1 17. — Expérience d'Abeloussur la grenouille pour montrer la curarisation spontanée des muscles fatigués. Les contractions musculaires persistent après épuisement de l'animal dans te membre (Iniii l'artère esl liée I. .

IV. — il nous faut maintenant nous demander si la fatigue physiologique lui est comparable, et si l'état des muscles d'un homme qui se fatigue peut être assimilé à celui des muscles tétanisés d'une grenouille.

D'abord, tout porte à croire que la railleur des jambes après une marche excessive — phénomène bien connu de tous — est une sorte de tétanisation commençante. Et quant à la sensation même, nous avons le droit de la considérer comme l'expression subjective de V intoxication à ses débuts. C'est favertissemenl qui nous engage

à ne pas aller plus loin, à nous reposer, c'est-à-dire à prendre notre temps, pour éliminer le poison fraîchement élaboré. Prévenus de l'imminence du danger, nous sommes rarement exposés à en subir les extrêmes conséquences.

Un fait clinique qui prouve suffisamment qu'il en est ainsi, nous est fourni par la Maladie d'Addison. Ce qu'on appelle 1" « asthénie addisonienne » n'est autre chose qu'une sensation de fatigue générale. Vous savez que les sujets atteints de Maladie bronzée ne quittent guère le lit. A quelque heure de la journée que vous entriez dans les salles, vous les trouvez toujours couchés. Ils se disent toujours « courbaturés, éreintés ». comme s'ils s'étaient livrés au travail le plus pénible. Ni les toniques, ni l'hydrothérapie, ni le massage, ni, à plus forte raison, les encouragements, ne peuvent les tirer de leur torpeur.

Vous n'ignorez pas non plus que les capsules surrénales, dont la tuberculisation est la lésion sine qua non de la Maladie d'Addison, umt destinées à détruire les substances toxiques d'origine muscuaire.

Or les expériences d'Alhanese1 ont bien mis eu évidence ce rôle protecteur des capsules. Lorsqu'on produit artificiellement la fatigue chez des grenouilles acapsulées, on voit survenir une parésie de tous points comparable à celle qui insulte de l'injection des substances toxiques élaborées par des muscles fatigués. Sur une grenouille dont les capsules surrénales sont respectées, l'injection de ces produits « de désassimilation » n'entraîne qu'une fatigue temporaire. Sur une grenouille acapsulée, la même injection détermine une fatigue persistante.

« l>e même, chez l'Addisonien — je cite Albanese — les substances toxiques qui s'accumulent dans l'organisme après la suppression de la fonction surrénale, sont de même nature que les

poisons élaborés au cours d'un travail musculaire exagéré \insi

s'expliquent cette asthénie, cette fatigue invincible qui accablent l'Addisonien ».

Ne vous arrêtez pas. Messieurs, aux cas de cancer surrénal dont la symptomatologie ne comporte guère l'asthénie addisonienne, pas plus qu'elle ne comporte la pigmentation cutanée. Si la tuberculose

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