‹ Leçons sur les maladies nerveuses (volume 3)Chapitre 84 sur 163 · Sully-Prudhomme, La vie intérieure · texte numérisé non relu

Sully-Prudhomme, La vie intérieure

tion fort originale à l'influence de la sensibilité organique sur les troubles trophiques d'origine nerveuse1. Je vous y renvoie; vous y verrez une très heureuse application à la pathologie des notions que j'empruntais antérieurement à Beaunis, touchant la sensibilité organique.

L'ingérence des altérations primitives de la sensibilité dans l'étude des dystrophies tabétiques est une vue pathogénique essentiellement nouvelle. C'est bien pour cela que j'ai tant insisté sur ces formes rares de Tabcs sensitif, dans lesquelles les troubles trophiques et spécialement les Arthropathies semblent avoir une importance et une fréquence beaucoup plus grandes que dans le Tabcs moteur.

Au demeurant, le Tabès n'est pas la seule maladie qui justifie la loi de corrélation dont je vous entretiens.

Ne connaissez-vous pas les hémiatrophies faciales qui font suite à la névralgie du trijumeau, les atrophies musculaires qui résultent des arthrites douloureuses, les éruptions vésiculeuses ou huileuses à cicatrices indélébiles qui succèdent à la névralgie intercostale du zona? Dans la lèpre nerveuse, les plaques, tantôt anesthésîques, tantôt hyperesthésiques, ont d'abord une localisation indécise. Le trouble de la sensibilité change de place. Puis, lorsqu'il se fixe, la peau s'amincit, se flétrit, se momifie — Je pourrais multiplier les exemples. Laissez-moi vous en rappeler encore un.

Dernièrement, je vous montrais une femme hémiplégique chez laquelle les deux membres paralysés et, plus spécialement le bras gauche étaient le siège d'une vive douleur. Or ces deux membres et surtout le membre supérieur étaient frappés d'atrophie; ce dernier, aujourd'hui réduit de volume dans sa totalité, n'a presque plus de relief musculaire ; la peau elle-même est comme parcheminée, et les extrémités digitales ont subi un amincissement qu'on peut qualifier de sclérodermique. Chez cette femme également, nous avons assisté plusieurs fois à des troubles vaso-moteurs caractérisés par des œdèmes transitoires.

A cette occasion, je vous faisais remarquer combien sont fréquentes les douleurs spontanées et continues des membres paralysés

1. Veber Veraenderungen der Nerven und des Rûckenmarks nach Amputationen; ein Beitrag sur Nervenlrophik. Neurol- Centralb., L892; el Sur un cas de lésion traumatique du trijumeau et du facial arec troubles trophiques consécutifs, in Arcli. de physiol., 1S94 juillet, p. 464.

dans l'hémiplégie d'origine cérébrale. Je vous en reparlerai dans une occasion prochaine1, mais, dès maintenant, sachez qu'elles n'ont rien à voir avec celles qui résultent de la contracture permanente.

Je crois qu'elles sont plus communes dans les cas de localisation corticale que dans ceux de localisation sous-corticale, et il me semble, malgré rinsuf'iisance d'une statistique personnelle déjà importante, que les douleurs des hémiplégiques appartiennent principalement aux (ormes atrophiantes. Si ce que j'avance doit trouver une confirmation dans l'avenir — et je m'étonnerais qu'il en fût autrement — vous conviendrez que les faits cliniques s'accordent avec une presque absolue unanimité, pour donner à la loi dont je vous parlais tout à l'heure une valeur tout à l'ait générale.

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