G. MASSON, ÉDITEUR
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AVANT-PROPOS
Depuis que les théories médicales, au lieu de reposer sur des conceptions systématiques, s’appuient uniquement sur les faits cliniques et les faits expérimentaux, l’enseignement du grand amphithéâtre a perdu considérablement de son intérêt et de son importance.
Il tend nécessairement à être remplacé, au moins en grande partie, par un enseignement plus topique, c’est-à-dire par des démonstrations pratiques faites à la salle de dissection ou d’autopsie, par des manipulations exécutées dans les laboratoires, par des leçons professées au lit du malade, en un mot parce qu’on a appelé, dans l’enseignement élémentaire, des leçons de choses. En quelques années , on a fait
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sous ce rapport à la Faculté de médecine d’importantes innovations. L’étudiant, étroitement suivi et dirigé dans ses études anatomiques, pénètre maintenant dans les laboratoires d’histoire naturelle, de chimie, de physiologie, d’histologie normale et pathologique, et il s’y livre à des travaux pratiques. Il aborde la clinique après avoir reçu une instruction scientifique assez forte pour lui permettre de faire l’analyse si délicale, si difficile et compliquée, des phénomènes morbides, à l’aide des procédés les plus précis et les plus sûrs. L’étude de la médecine se trouve ainsi singulièrement rehaussée.
Cette nouvelle tendance a déjà porté ses fruits. D’auditeur crédule, l’étudiant ne tarde pas dans notre Faculté à devenir un observateur avisé. Il n’écoute les savants exposés du grand amphithéâtre que d’un air distrait et indifférent. C’est à peine si ses regards s’attachent un instant aux figures, aux planches qui lui sont soumises, s’il prête une certaine attention aux pièces les plus intéressantes de nos musées. Une nécessité nouvelle a surgi pour lui ; il faut qu’une préparation originale, sortie de ses propres mains, lui démontre l’exactitude des dessins, qu’une pièce fraîche disséquée par lui, lui révèle les mérites d’une pièce plus ou moins habilement conservée. En apprenant à observer des faits de plus en plus com-
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plexes, il se prépare à l’observation la plus difficile de toutes, celle des malades.
Nous devons nous féliciter de ces résultats, mais la réformede l’enseignement médical resterait incomplète si elle ne s’étendait pas à bref délai à toutes les branches qui peuvent tirer profit des démonstrations faites dans les laboratoires ou au lit des malades. La thérapeutique est de ce nombre. Elle doit, elle ne peut même être enseignée qu’à l’hôpital.
Aussi ma première pensée, lorsqu’on me fit l’honneur de me confier la chaire de thérapeutique et matière médicale, fut-elle de demander l’installation de cet enseignement dans un des grands hôpitaux fréquentés par les élèves de la Faculté. Mais bientôt, il me sembla, peut être à tort, que le moment de cette importante modification n’était pas encore venu. Les esprits étaient tournés d’un autre côté, et la création coup sur coup de plusieurs chaires nouvelles de cliniques spéciales paraissait être un obstacle à la transformation immédiate du cours théorique de thérapeutique en un cours clinique. L’avenir est là cependant et il est permis de dire que bientôt on enseignera à l’hôpital, au grand bénéfice des élèves, tout ce qui peut y être enseigné.
On pouvait objecter que la thérapeutique ne repré-
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sente qu'une partie de mon enseignement très complexe, trop complexe même, et que la matière médicale réclamait également mes soins.
Jecommençaidoncpar me préoccuper des moyens d’enseigner la matière médicale ou pharmacologie, et j’émis le désir de faire entrer cet enseignement dans la voie expérimentale. De ce côté encore, tout ou presque tout était à faire.
Mon prédécesseur, malgré sa compétence en matière médicale, ne me laissait même pas une collection de matière médicale. Je n’avais à ma disposition que les échantillons pour la plupart défraîchis qui font le continuel voyage, aller et retour, des vitrines du musée Orfila aux tables d’examens.
Cette collection eût-elle existé, aurais-je pu étudier sur les animaux les propriétés physiologiques des nombreuses substances qui l’eussent composée, et faire au moins de la pharmacologie expérimentale à défaut de pharmacothérapie? Pas davantage. Le laboratoire de thérapeutique et matière médicale, admis en principe, était resté en quelque sorte à l’état de projet. Un modeste local lui était réservé, mais il n’était même pas meublé ; encore moins possédait-il un chenil pour les animaux, et des appareils etips-^ truments de recherches. Cependant, je me hâte de
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le dire, il me suffit de vouloir un laboratoire et de faire appuyer ma demande par notre éminent doyen, M. Vulpian, pour obtenir que la Faculté fût enfin mise en possession d’une installation que je considère comme indispensable.
Dès que cela fut possible, j'entrepris quelques recherches qui m’ont permis de consacrer une partie du cours de 1881 à la thérapeutique expérimentale.
Ce sont les premières leçons faites dans cette direction que je me propose, malgré leurs imperfections, de soumettre au public médical.
M. Dreyfus-Brisac, mon collègue dans les hôpitaux, a bien voulu recueillir ces leçons et les rédiger avec un soin que je ne saurais trop apprécier. Qu’il reçoive ici l’hommage de ma reconnaissance pour son active et obligeante collaboration.
Je dois également l’expression de mes remercîments à mon chef de laboratoire, M. Journiac, à mon préparateur, M. Féry et à deux de mes externes, MM. Cadet etReyne, qui tous m’ont aidé avec zèle et n’ont pas hésité à consacrer un grand nombre d’heures à l’examen long et difficile du sang des animaux soumis à nos études,
En inaugurant un enseignement nouveau je n’ai
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fait qu’obéir à l'impulsion qui m’a été communiquée par mes maîtres durant le cours de mes études. J’ai hautement affirmé cette influence dès ma première leçon, et il m’a semblé que cette leçon d'ouverture devait servir d’introduction ou en quelque sorte de préface à cette première publication de thérapeutique expérimentale. J’ai cru également utile d’ajouter aux leçons de cette année qui concernent les émissions sanguines et la transfusion, celles que j’ai consacrées l’année dernière à l’étude générale du fer. Le lecteur aura ainsi l’occasion de voir que certains problèmes de pharmacothérapie peuvent être résolus à l’aide des procédés que nous utilisons dans les laboratoires.
On remarquera, déplus, que je n’ai pascraint, pour combler quelques lacunes, de relater plusieurs expériences faites depuis la fin du cours et qu’il avait été impossible d’exécuter d’une manière convenable en temps opportun.