‹ Leçons sur les modifications du sang sous l'influence des agents médicamenteux et des pratiques thérapeutiquesChapitre 48 sur 126 · RÉSISTANCE AUX HEMORRAGIES MULTIPLES · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE AUX HEMORRAGIES MULTIPLES

MM. Vulpian et Dechambre. Nous avons eu l’occasion d’en observer du même genre ; mais en relevant nos résultats, nous y constatons les plus grandes irrégularités. Cependant nous y voyons :

1° Que les animaux ne résistent guère mieux à des saignées coup sur coup abondantes qu’à une saignée unique. Ainsi, chez un chien vigoureux en apparence, de20k,400, une première saignée de 450 grammes ayant été bien supportée, une nouvelle saignée, 24 heures après, détermina la mort au moment où l’on avait obtenu 610 grammes de sang. Les deux saignées représentent —■ du poids du corps, c’est-à-dire la quantité habituellement mortelle par saignée unique ;

2° Que la résistance à une perte de sang unique reste amoindrie, lorsque les saignées sont espacées de plusieurs jours (2 à 15 jours suivant l’importance de la perte).

Quant à indiquer la proportion de sang qu’un animal peut ainsi perdre dans un espace de temps plus ou moins long, nous ne croyons pas pouvoir le faire ; d’ailleurs les données expérimentales ne peuvent être, sur ce point, rigoureusement appliquées à l’homme.

Que dire maintenant de certains récits des médecins ? Chez un jeune homme, d’après Haller, on aurait fait, en 10 jours, des saignées s’élevant au total à 75 "livres, c’està-dire 7 fois environ la masse du sang! Mais le fait est -il exact ? On pourrait encore en citer d’autres analogues, mais qui ne paraissent pas plus dignes de foi.

Sans donc poser de règles absolues, on peut conclure, à la fois des données thérapeutiques et des résultats de l’expérimentation, que l’organisme offre une résistance assez considérable aux hémorragies répétées relativement petites. Pour rester sur le terrain de la thérapeutique, il est permis d’affirmer que des saignées de 200 à 400 grammes peuvent être renouvelées à d’assezcourts intervalles, chez des individus non affaiblis, sans péril réel.

EMISSIONS SANGUINES

Après cette description des effets apparents des pertes de sang, uniques ou multiples, je dois maintenant, pour compléter cette étude physiologique, passer successivement en revue les grandes fonctions et déterminer l’influence qu’exercent sur elles les hémorragies.

Ce sont les phénomènes circulatoires qui sont au premier plan. Déjà Haies 1 avait montré que les pertes de sang retentissent sur la pression artérielle et sur l’amplitude des pulsations ; cette question a été reprise et complétée par des recherchescontemporainesqui nous ont fait connaître les modifications de la pression sanguine, delà, fréquence et delà forme des pulsations, enfin de la vitesse du sang, causées par les hémorragies.

Parmi les travaux relatifs à la pression sanguine, à la suite des pertes de sang, il me faut citer d’abord celui de Volkmann2, en lui empruntant le tableau suivant où la pression en millimètres de mercure est mise en regard de l’hémorragie.

Saignées successives chez un chien pesant 9100 gram.

Pertes de sang.

0,50 0/0 du poids du corps, 1,16 —

Pression.

Ce tableau met en lumière un fait déjà connu, l’abaissement de la pression sous l’influence des hémorragies.

Nawrotzky3, Gatzuck '* (1871) ont vu qu’à la suite de petites saignées la pression n’est pas modifiée, ou même qu’elle est passagèrement augmentée ; dans ces conditions la pression revient rapidement à son chiffre normal.

On doit à Worm Müller 5 des recherches plus précises et plus importantes (1873). Il a montré qu’on peut tirer

1 lxv. — 2 LXVI.

3 LXV1I. — * LXYIII. — 5 LXIX.

à des chiens bien portants une quantité de sang égale à 1, 6, à 2,82 0/0 du poids du corps sans diminution notable de la pression carotidienne. Celle-ci commence à baisser quand l’hémorragie atteint 3, 70 pour 100 du poids du corps; lorsque les pertes ne sont pas trop considérables, la pression se relève rapidement après chaque saignée. Il serait permis d’en conclure qu’une saignée de 350 à 450 C1', chez l’homme, ne doit amener aucune modification sensible de la pression, et que pour produire une chute assez accusée, il faut pratiquer des saignées larges et répétées (1).

MM. Vinay et Arloing nous ont fourni d’intéressantes données sur la pression artérielle pendant la saignée veineuse. Voici d’ailleurs les résultats de leurs recherches. Chaque saignée amène un abaissement de la pression ; quand on ferme la veine, la pression se relève lentement, tout en restant inférieure à ce qu’elle était avant l’opération. Lorsqu’on évacue plus du quart de la quantité de sang qu’un animal peut perdre avant de mourir, il se produit des oscillations profondes et de plus en plus accentuées.

Les diminutions de pression par saignées successives ne sont pas exactement proportionnelles à la quantité de sang extraite; les premières saignées causent une dépression moins considérable que les saignées ultérieures. Pour avoir une chute égale au cinquième ou au sixième de la pression normale, il faut évacuer environ le tiers de la masse totale du sang.1

Les lois formulées par Worm Müller et récemment par MM. Vinay et Arloing ne peuvent être considérées

(i) Il est bon de faire remarquer que si l’on voulait appliquer rigoureusement à l’homme la loi formulée par Worm Müller, il faudrait en conclure que toute saignée n’atteignant pas, chez un homme de üOkilo.

grammes, 2 kil. 230 du poids du corps), resterait sans influence notable sur la pression.

1 IX. p. 21

HAYEM. — SANG

ÉMISSIONS SANGUINES

comme rigoureuses. On observe clans les effets des hémorragies sur la pression d’assez grandes variations individuelles.

Ces expériences montrent seulement que le système vasculaire peut s’adapter dans une certaine mesure, impossible à déterminer avec une précision absolue, à un contenu variable.

Nous allons d’ailleurs reproduire devant vous les fluctuations qu’on peut remarquer dans la pression sanguine pendant la saignée, et tandis qu’on exécute cette expérience, je vais vous relater quelques-unes de celles qui ont été exécutées au laboratoire et dont les résultats sont inscrits sur les tracés que je vous soumets.

Exp. IV. Griffon ayant déjà subi plusieurs saignées antérieures, mais paraissant bien remis.

Poids 8 kil. 500 gr. Saignée par la fémorale droite.

Tracés sphygmoscopiques et dynamométriques pris dans la carotide.

Le sang s’écoule d’abord rapidement sans que l’animal manifeste la moindre inquiétude. Après une perte de 300 cc, agitation; vers 400cc, respiration saccadée, avec expiration profonde; puis quelques mouvements convulsifs des membres. Le sang coule goutte à goutte. On arrête la saignée après une perte de 473 grammes. Le chien reste affaissé, il respire encore de temps en temps, en faisant de grands efforts d’inspiration et a quelques mouvements convulsifs. Il meurt environ 2 heures 1/2 après la saignée, qui représente une perte deprjj du poids du corps.

Sur les tracés qui passent sous vos yeux (fig. 11) vous pourrez remarquer les particularités suivantes :

Avant la saignée, la pression est en moyenne de 15 à 16 “ de mercure (tracé l).Dès le début, elledescend progressivement et après une perte de 100 cc (-4 du poids du corps),

164 ÉMISSIONS SANGUINES

Fi?. 11. (Suite.)

elle n est plusqu à 13'° de mercure (II). Après une perle double, elle n’est plus qu’à 6 ou 7 (III) ; puis après une perte de 300,,;, elle varie de 4 à 5 et se fixe à 4 jusqu’à la fin de la saignée (IV, V, VI).

Au fur et à mesure que la pression diminue, le tracé devient moins onduleux, l’influence de la respiration étant de moins en moins sensible, et les pulsations s’aflaiblissent. C’est là, comme vous le verrez, un fait constant.

Voici encore une expérience relative à une saignée mortelle.

hæp. V. Cbien terrier croisé, n’ayant encore servi à aucune expérience.

Poids 12 kilogrammes.

La saignée est faite par la fémorale gauche et la pression est prise dans la fémorale droite.

La pression oscille avant la saignée entre 13 et 14“'.

Le chien meurt environ 20 minutes après avoir perdu 520 grammes de sang, soit le ^ du poids du corps.

On voit sur les tracés (1) que dès le début de la saignée la pression commence à descendre.

Au moment où l’on obtient 100“ de sang ( -p^du poids du corps), elle mesure comme maximum 10“ 1/2; elle tombe à 5 centimètres après une perte de 200“ ( ^ du poids du corps) ; puis elle arrive à 3“ à la fin de la saignée.

Pendant l’agonie, elle a une légère tendance à sc relever et atteint, 9 minutes après la saignée, 4“ pour redescendre progressivement à 2, où elle reste jusqu au moment de la mort, qui détermine la chute à 0.

Nos autres expériences sur la saignée unique et mortelle ont donné des résultats analogues.

On en peut conclure que dès le début de la saignée la pression descend. Cet abaissement est progressif, mais non régulier. Pielativement peu prononcé pendant le premier quart ou le premier cinquième de la perte mortelle, c’est entre le premier et le deuxième quart ou le premier cinquième et le deuxième qu’il marche avec le plus de rapidité. Enfin, pendant le dernier tiers ou le dernier quart de la saignée, il n’est presque plus sensible.

D’autre part, lorsqu’on arrête l'hémorragie avant la mort, la pression remonte légèrement, au moins pendant quelques instants, alors même que l’animal a perdu assez de sang pour ne survivre que quelques minutes.

Les rapports entre les quantités de sang perdu et les

(1) Il me paraît inutile de faire reproduire ici tous les tracés relatifs à ces expériences. Nous croyons suffisant d’ajouter à notre texte ceux des expériences IV et VIII. Malheureusement nous ne pouvons en faire représenter que des fragments.

ÉMISSIONS SANGUINES

modifications de la pression sont difficiles à préciser à cause de la variabilité de la masse totale du sang et par suite de la résistance aux hémorragies. Vous en avez une preuve dans les deux expériences précédentes.

Le premier de ces chiens, en effet, n’est mort qu après avoir perdu une quantité de sang représentant le ^ du

poids du corps. Aussi après une perte représentant le — , du poids du corps la pression n’avait-elle baissé que d’un peu plus de la moitié. Le second chien, au contraire, a succombé, et cela plus rapidement, après une perte relative-

ment faible, ne s’élevant qu’au -, du poids du corps, et déjà après une perle représentant le i de cepoids, la pression était descendue bien au-dessous de la moitié de la pression initiale.

Nous avions donc raison de dire qu’il ne faut pas chercher dans l’expression de ces lois des formules trop rigoureuses.

Nous devons maintenant nous demander quels sont les effets des saignées multiples. L’étude complète de ces saignées réclamerait de très nombreuses expériences. Nous avons dû nous limiter à l’examen de quelques points spéciaux.

A l’aide de l’expérience suivante, nous avons voulu faire l’étude des modifications de pression dans les cas de saignées pratiquées à intervalles rapprochés.

Exp. VI. Chien griffon vigoureux du poids de 12 kil. Saignée faite par la fémorale gauche ; tracé pris dans la fémorale droite.

Première saignée de 350 grammes du poids du corps),

ce qui représente une très forte hémorragie. La saignée dure 46 secondes. — Avant la saignée, grandes oscillations entre 14cc et 11 de mercure. Dès le début, la pression descend à 12, puis à 11 , tombe tout à coup à 8, puis à 7 et à 6. Dès que la saignée est arrêtée, la pression

remonte un peu ; elle oscille entre 8 et 6, et 5 minutes après entre 6 et 7. Puis après avoir remonté jusqu’à 8 pendant la sixième minute, elle redescend à 6 et reste fixée presque constamment à 9, jusqu’au moment où l’on cesse l’expérience, soit 25 minutes environ après la saignée.

On remarque que les modifications des tracés en ce qui touche l’amplitude des pulsations et l’intluence de la respiration sont plus sensibles après la saignée que pendant son cours.

Le lendemain, le chien est encore vigoureux, mais abattu, moins vif.

On le saigne de nouveau par la fémorale gauche, tandis qu’on prend la pression dans la fémorale droite. Au début, l’écoulement du sang est assez rapide, mais bientôt il se ralentit. Le chien ne présente pas de symptômes alarmants tant que la saignée ne dépasse pas 250 grammes, puis les battements du cœur deviennent irréguliers, les convulsions surviennent ainsi que le relâchement des sphincters, et l’animal succombe après avoir perdu 300 grammes de sang, soit le du poids du

corps.

Les tracés indiquent que la pression initiale était de llcc 1/2 à 10. Pendant l’écoulement des 100 premiers cc. elle ne baisse que lcc 1/2 environ; de 100ccà200cc, elle oscille de 6 à 7 1/2; puis pendant les derniers 100°''. elle varie de 5 à 3 1 /2.

Après la saignée, elle se relève très légèrement jusqu’à 4 1/2, reste assez longtemps à 4, puis tombe progressivement. La mort survient 10 minutes environ après la saignée.

Cette expérience montre d’abord que, même après une très forte saignée ( ^ du poids du corps), l’abaissement maximum de pression qui se produit à la fin de la saignée ne tarde pas à s’affaiblir. Il diminue déjà immédia-

ÉMISSIONS SANGUINES

tement après la saignée, de sorte qu’au bout de 20 à 25 minutes il ne représente que le tiers environ de la pression initiale.

Au bout de 24 heures, la pression est encore moins élevée, mais dans une très faible proportion; elle est descendue environ de 13cc à 11. L’expérience fait voir, en outre, que la diminution de pression a été relativement plus difficile à obtenir dans le cours de la deuxième saignée que pendant la première.

Quant à la faible résistance du chien, lors de la deuxième saignée, elle ne nous apprend rien de nouveau. L’animal n’a perdu dans les deux saignées que le du poids du corps, ce qui permet de supposer que le relèvement de la pression est plutôt dû à une adaptation de l’aire vasculaire à son contenu qu’à une reproduction rapide de la masse du sang.

A l’autopsie de ce chien, on a trouvé, comme dans d’autres faits analogues, les mêmes lésions de l’anémie aiguë qu’on trouve chez les animaux succombant à une hémorragie unique et abondante.

Nous rappellerons plus tard que ces expériences doivent mettre en garde contre la prétendue rapidité extrême avec laquelle se reformerait la masse totale du sang.

Les résultats sont un peu différents lorsque les saignées sont assez espacées pour que la masse totale du sang ait eu le temps de se reproduire presque complètement.

Voici une expérience de ce genre.

Exp. VII. Chien braque bàtardé, n’ayant subi encore aucune opération. Poids 48 kil. , saignée faite par la fémorale droite, pression prise dans la carotide droite.

Avant la saignée la pression oscille entre 16cc et 14. Dès le début de la saignée, elle diminue rapidement et présente de très grandes oscillations, de 10 à 12, puis de 7 à 11 1/2;

elle reste bientôt fixée pendant quelques secondes à 5. Le chien ayant perdu 670 grammes de sang, soit — du poids du corps, on arrête l’hémorragie. La pression remonte aussitôt un peu, atteint 7; oscille entre 5 et 6, puis atteint 7 de nouveau 1/4 d’heure après la saignée, et reste à peu près stationnaire jusqu’à la lin de l’expérience, soit 20 minutes environ après la saignée.

L’animal étant détaché, parait peu affaibli malgré cette grande perte de sang. Il se remet bien pendant les jours suivants, lorsque, 8 jours après la saignée, survient une hémorragie par la plaie fémorale encore incomplètement cicatrisée. Il suffit de l’application d’un peu d’amadou perchloruré pour arrêter le sang. Cette perle qu’on peut évaluer à environ 200 grammes produit un grand affaiblissement.

Néanmoins l’animal se rétablit assez rapidement, mais il reste amaigri bien que les plaies soient presque cicatrisées et que l’appétit soit bon.

Treize jours après l’accident et vingt-cinq après la première saignée, nouvelle saignée par la fémorale droite pendant que la pression est prise dans la carotide gauche. Poids 16 kil. , 700 gr.

La mort survient doucement après une perte de 725 gr., Ijj du poids du corps, sans convulsions.

Avant la saignée, la pression oscille de 12cc à 14. Dès le début elle descend, et pendant l’écoulement des premiers 100cc, elle présente de très grandes oscillations de 8 à 11 1/2, de 7 à 11, puis 10; pendant l’écoulement des seconds 100cc, les oscillations sont moins fortes et se font à peu près entre 8 et 9 1/2 ; puis après 300cc de perte, la pression est à 6CC 1/2 ; elle reste environ à 6 jusqu’à 500cc, età600cc, elle n’atteint plus que 2, et tombe peu à peu à 0.

Au moment où l’animal meurt, c’est-à-dire 6 à 7 mi-

ÉMISSIONS SANGUINES

nutes après le début de la saignée on voit que, malgré l’intervalle assez considérable laissé entre les deux perles de sang, la pression initiale était encore plus faible lors de la seconde que de la première. Mais la masse totale du sang s’étant réparée probablement en grande partie, la seconde saignée a atteint, pour être mortelle, du poids du corps et les modifications de pression ont été à peu prés les mêmes dans les deux saignées.

On remarquera que le chien a éprouvé dans ces deux

saignées une perte qui s’élève à ^-r- du poids du corps,

et qu ’en comptant l’hémorragie accidentelle, la perte

totale monte à plus de de ce poids. Les grandes oscillations de pression signalées pendant les deux hémorragies paraissent dues à la rapidité très grande de l’écoulement du sang.

Une autre expérience du même genre, dans laquelle la première saignée s’est élevée à ^ du poids du corps et

la seconde faite 15 jours après à ^ du poids du corps, a donné les mêmes résultats.

Ces grandes pertes de sang, utiles au point de vue de l’étude physiologique des hémorragies, s’éloignent beaucoup des pratiques thérapeutiques.

Aussi avons-nous cru intéressant de compléter ces recherches en essayant de déterminer la plus faible proportion de sang qu’un chien doit perdre pour que l’émission sanguine ait encore une influence sensible et non passagère sur la pression. Voici une expérience faite dans ce but.

Exp. VIII. Chien de chasse croisé, jeune et vigoureux du poids de 21 kilogrammes.

On le saigne par la fémorale droite, tandis que la pression est prise dans la fémorale gauche. (Voir les tracés, fig. 12.) La pression initiale oscille entre 15cc. et 14cc, elle monte parfois à 16(1). Dès qu'on laisse couler le sang, la

pression s’abaisse ; on arrête la saignée au moment où elle est mesurée par 9CC (II). La perte de sang effectuée en

Exp. VIII,

Fig. iâ.

ÉMISSIONS SANGUINES

Fig. 12. (Suite.)

40 secondes environ est de 400 gr., c’est-à-dire de — du poids du corps

Après la saignée, elle oscille entre 8 et 9 (III, minute qui suit la saignée) et remonte aussitôt à 10. Au bout d’une demi-heure, bien que le chien reste attaché, elle oscille entre 11 et 12 (IV). Le soir même de l’expérience, l’animal se porte bien et mange avec appétit.

Le lendemain, soit 24 heures après, on reprend la pression dans la fémorale gauche ainsi qu'un tracé sphygmoscopique et l’on pratique une nouvelle saignée par la fémorale droite. (Voir les tracés, fuj. 13.)

La pression initiale oscille entre 13cc et 14, monte parfois à 15 (I). Bientôt, sous l’influence de l’écoulement du

sang, lapression descend entre 8et9 (II). On arrête la sai-

gnée, la perte étant de. 248 grammes, c’est-à-dire de ^ du

Exp. VIII.

Fig. 13

EMISSIONS SANGUINES

poids du corps. A ce moment le chien avait perdu par le fait des 2 saignées — du poids du corps.

Dès que l’écoulement sanguin cesse, la pression remonte:

et oscille entre 10 et 11 ; puis trois minutes après entre 1 1 et 1^2 (III). Une heure après, la pression est sensiblement la même, mais elle présente d’assez grandes oscillations et passe d’un instant à l’autre de 9 à 121/2 ou 13 (IV). On fait alors une dernière saignée de 253 grammes, soit de — du poids du corps (V, minute avant la dernière saignée). Le chien a perdu ainsi en 24 heures une quantité de sang s’élevant à du poids du corps. La pression, descendue à la fin de cette saignée à 6CC (VI), remonte un peu immédiatement après la ligature du vaisseau et oscille pendant longtemps entre 7 et 8 (VII). Elle s’élève plus tard progressivement à 10, 10 1/2, et 35 minutes après la fin de la saignée, quand on termine l’expérience, elle oscille entre 10 et 10 1/2 (VIII).

Le lendemain le chien va bien; il mange et est encore vif.

Cette expérience complète utilement les précédentes. Elle montre qu’une première saignée assez forte (de jTj-r du poids du corps) (1) fait descendre sensiblement la pression (de plus du tiers), mais que cet abaissement est passager. Presque immédiatement après la pression se relève sensiblement, et 24 heures après la saignée elle est presque égale à la pression initiale.

Une seconde saignée est suivie encore des mêmes effets, soit d’un abaissement relativement peu marqué, suivi immédiatement d’une nouvelle élévation. Enfin une troisième saignée donne un résultat analogue, de sorte qu’une perte énorme s’élevant au du poids du corps ne fait éprouver à l’animal qu’un abaissement de moins des deux tiers, et encore cet abaissement est-il momentané; au bout d’une demi-heure, il est déjà tel-

(1) Elle représente, pour un homme de 60 kilos, une perte de 1 kil., 142; hiais nous savons qu'il est probablement impossible de conclure rigoureusement du chien à l’homme.

ÉMISSIONS SANGUINES

lemcnt réduit qu’il n’équivaut plus qu’à un tiers environ de la pression initiale.

Il est bon de noter en terminant que l’animal a survécu et a bien supporté en apparence ces pertes succes-

sives.

I Ie LEÇON

Sommaire : Influence des perles de sang sur le pouls. — Fréquence. — Force. — Forme du pouls. — Influence des pertes de sang sur la inspiration.

Messieurs,

Si les modifications de la pression sanguine à la suite des hémorragies ne peuvent guère être étudiées que par la voie expérimentale, l’observation clinique au contraire nous fournit des renseignements précieux sur l’état du pouls dans les mêmes conditions. Il est acquis aujourd’hui que les pertes sanguines influencent le pouls dans sa fréquence, dans sa force et dans sa forme. C’est à ces trois points de vue que nous devons l’étudier ici.

Les modifications dans la fréquence du pouls sont d’une constatation facile. La plupart des médecinset des expérimentateurs ont observé d’une manière générale une accélération des pulsations artérielles à la suite des hémorragies; mais Lorain1, dans ses intéressantes recherches sur les hommes sains et surtout sur les malades, a fait voir que celte accélération n’est pas constante.

Se produit-elle au moment de l’hémorragie, ou plus tard ? quelle est sa marche ? dans quel rapport est-elle avec l’abondance de l’hémorragie? Voilà autant de questions qu’il importe de discuter.

Au moment de la perle sanguine, la fréquence du pouls n’est quelquefois pas modifiée; rarement elle diminue; le plus souvent elle est accélérée.

D’après M. Vinay2 il faut tenir compte avant tout de l’abondance de la perte sanguine. « Le pouls, dit-il, s’ac*-

‘ LXXI et LXXII. — * IX, p.24.

HAYEM. — SANG

178 ÉMISSIONS SANGUINES

célère quand la pression ne dépasse pas le tiers de la pression normale ; il revient à son chiffre normal quand la pression est comprise entre le tiers et le cinquième de la pression normale; il s’accélère de nouveau quand elle s’abaisse encore. Aussi, après des saignées copieuses, le pouls est-il très fréquent ; après des hémorragies graves, il est tantôt très lent, tantôt au contraire très fréquent. Enfin, quand la pression est très abaissée, il se produit du côté du pouls des oscillations en rapport avec celles de la pression. »

Voici maintenant le résumé de nos propres observations ; nous avons tenu compte de la quantité de sang écoulée de 100cc en 100cc et de la rapidité de la perte sanguine.

Étudions successivement ce qui se passe dans les trois cas suivants : saignée unique non mortelle, saignée unique mortelle, saignées multiples.

Saignée unique non mortelle. Dès que le sang coule et pendant que la pression s’abaisse, le nombre des pulsations augmente. Cette augmentation est en moyenne de 25 à 30 0/0; mais elle n’atteint son maximum qu’après l’arrêt de l’hémorragie pendant les premières minutes qui suivent la saignée et souvent dès la première minute. Elle est encore sensible, mais beaucoup moins, une demi-heure après la saignée, alors même que les chiens restent attachés sur la table d’expérience.

Toutefois les résultats ne paraissent réguliers qu’à la condition que les saignées ne dépassent pas une certaine proportion. Quand l’hémorragie est très abondante, après l’accélération du pouls qui suit l’ouverture du vaisseau, au moment où la pression est réduite de plus de moitié, le nombre des pulsations diminue et tombe au-dessous de la normale.

En même temps il peut y avoir des arrêts fréquents du cœur, sorte d’état lipothymique qui annonce, pour ainsi

MODIFICATIONS DU POULS

dire (mais dans quelques cas seulement), l’imminence du danger. Arrête-t-on l’hémorragie, tantôt le cœur s’accélère immédiatement, et au bout de 3 ou 4 minutes le nombre des pulsations est de 25 à 30 0/0 au-dessus du chiffre initial ; tantôt l’accélération du cœur, qui a lieu dans la première minute seulement, est peu accentuée et suivie d’un état de faiblesse pendant lequel on constate de fréquentes intermittences, et par suite un nombre de pulsations moins élevé qu’avant la saignée.

Voici un exemple de ce genre qui s’est produit à pro-

pos d’une saignée de 5^- du poids du corps, alors que

chez un autre chien une saignée de jpj du poids du corps avait été suivie d’une réaction franche.

Nombre des pulsations.

Avant la saignée

Pendant la lre minute de la saignée

La saignée dure au total 1 m. 33” ; ; pendant ce temps, oncompte 229 p. ;

| Arrêts fréquents.

Après la saignée : lre minute

104 (intermittences).

On voit l’intérêt qu’il peut y avoir à tenir le pouls pendant le cours d’une saignée et surtout à le consulter dans le cas d’une abondante perte de sang.

Saignée unique mortelle. Lorsqu’on laisse couler le sang jusqu’à ce que surviennent les phénomènes agoniques, les variations de fréquence du pouls suivent toujours à peu près la même loi. Après avoir augmenté de 20, 30 à 40 0/0 au maximum, le nombre des pulsations diminue tout à coup assez brusquement pendant que s’écoule le dernier quart ou le dernier cinquième de la quantité de sang qui doit rendre la saignée mortelle. C’est déjà ce que nous avions vu tout à l’heure. Le

ÉMISSIONS SANGUINES

danger de mort est imminent quand le nombre des pulsations se trouve réduit d’environ moitié.

Si la mort n’a pas lieu immédiatement, il survient pendant l’agonie de nouvelles modifications, mais cellesci sont très irrégulières. Le plus souvent le nombre des pulsations augmente de nouveau, tout en restant encore inférieur de 10, 20, 30 et jusqu’à GO 0/0 au chiffre initial.

D’autres fois, il survient des arrêts fréquents et jusqu’à la fin de l’agonie le nombre des pulsations reste à peu près aussi réduit qu’au moment où cesse l’hémorragie.

Dans un cas nous avons vu à la fin de la saignée se produire un arrêt complet des pulsations pendant environ 401', en même temps que la pression tombait à 0, puis après cette syncope la saignée étant arrêtée, le nombre des pulsations est arrivé malgré de fréquentes intermittences pendant la lre minute à 135 (chiffre initial 148); six minutes après à 112, et un quart d’heure après la syncope, au moment de la mort, à 142.

Cette syncope avait été précédée d’une diminution considérable et subite dans le nombre des pulsations.

En rapprochant ces données de celles qui sont fournies par les saignées non mortelles, on peut dire qu’une diminution brusque dans le nombre des pulsations pendant le cours d’une hémorragie est l’indice le plus important d’une mort imminente, danger qui est d’autant plus grand et plus prochain que le nombre des pulsations est plus faible.

Saignées multiples. Pendant le cours des saignées multipliées les variations de la fréquence du pouls sont les mêmes, d’une manière générale, que dans le cours d’une saignée unique. Mais comme à la suite d’hémorragies non excessives, il y a une accélération du cœur, le nombre des pulsations est plus grand avant la 2e saignée qu’avant la première, plus grand avant la 3e qu’avant la seconde, de

MODIFICATIONS DU POULS

sorte que l’augmentation de fréquence produite par l’écoulement du sang donne également des chiffres de plus en plus élevés. C’est ce qui a lieu dans les saignées coup sur coup du traitement antiphlogistique.

On sait, d’ailleurs, depuis Marshall Hall, que la période de réaction, faible dans les saignées uniques même abondantes, devient très forte et parfois même excessive dans les saignées multipliées.

Voici le tableau des résultats que nous avons obtenus dans une des expériences, relatée dans la dernière leçon et dans laquelle le pouls a pu être compté très exactement à l'aide du tracé sphygmoscopique. (Voir Exp. VIII, p. 172.)

Saignée.

2=, 24 heures plus tard.

3e, 3 heures plus tard.

Avant

Pendant

( Immédiatement . .

li-0

Aine» | jjne ciemi-heure. .

Cette accélération du cœur de la période réactionnelle n’est pas uniquement notable dans les saignées faites coup sur coup ou à un court intervalle ; on la retrouve dans les saignées espacées.

Ainsi pour les saignées faites à 15 jours d’intervalle nous trouvons avant la saignée, pour la lr9, 150 pulsations; pour la 2°, 170.

Dans un autre cas où les saignées ont été séparées par un intervalle de 21 jours, nous trouvons, avant la lrc saignée, 166; avant la 2e, 178. Il faut ajouter que, dans l’une et l’autre expérience, la première saignée avait été très abondante et que, d’ailleurs, on peut noter sans cause appréciable, chez le chien, des différences de 15 à20pulsations. Si l’on voulait déterminer avec précision la durée de l’influence d’une première saignée sur la fréquence des pulsations, il faudrait multiplier les expériences et tenir compte des facteurs multiples qui impressionnent

ÉMISSIONS SANGUINES

les fonctions circulatoires, par exemple, du traumatisme. C’est ce qui rend cette étude si complexe et ne permet pas de poser des règles absolues.

On connaît encore moins l’influence des hémorragies plus ou moins copieuses, mais très multipliées, qui conduisent à l’anémie chronique. Chez l’homme le pouls reste élevé avec des oscillations très marquées, sans qu’une nouvelle perte de sang agisse d’une manière appréciable.

Un grand nombre d’expérimentateurs ont essayé de déterminer l’action des hémorragies sur la force du pouls. Haies avait déjà constaté qu’elles le relèvent. M. Marey 1 a fait voir que dans la plupart des cas l’augmentation de l’amplitude est produite par l’abaissement de la pression.

Mais, à cause de l’intervention du système nerveux, le phénomène est complexe, dans les conditions physiologiques; il en est ainsi à plus forte raison quand on l’étudie comme Lorain 2, chez des malades. En prenant, parmi les observations de cet auteur, les cas les plus simples, hémorragies puerpérales, métrorragies, saignées dans l’éclampsie, on voit que le pouls se relève , même après une forte hémorragie, qu’il s’abaisse au contraire quand la perle est très abondante et qu’il s’affaiblit progressivement, jusqu’à devenir imperceptible, quand elle doit entraîner la mort.

Ces modifications du pouls, enregistrées par le sphygmographe, sont moins nettes chez les fébricitants, vu les conditions complexes ressortissant à l’état des malades. Toutefois, d’une manière générale, on constate, ainsi que l’avaient fait les anciens, que les saignées augmentent l’amplitude des pulsations.

Sur ce point encore, nous trouvons dans la thèse de 3M. Vinay d’utiles renseignements. En étudiant sur un âne l’amplitude des pulsations au moyen de l’hémodyna- ' lxxiii. — ! lxxii. — 3 IX, n. 25.

MODIFICATIONS DU POULS

momètre inscripteur et du sphygmoscope, cet auteur a constaté que pendant la saignée, l’amplitude des pulsations est en rapport avec la fréquence du pouls. Elle diminue quand le cœur s’accélère, c’est-à-dire dans les saignées petites ou moyennes. Elle augmente quand le cœur se ralentit, ce qui constitue une exception toujours passagère dans le cours d’une expérience.

Dans les tracés sphygmoscopiques que nous avons recueillis sur les chiens, les pulsations ayant moins d’amplitude que lorsqu’on opère sur les grands animaux, il est plus difficile de suivre les modifications qui surviennent pendant la saignée.

Les tracés de l’expérience IV (p. 163), montrent seulement que l’amplitude diminue au moment où l’hémorragie devient très abondante et met en danger la vie de l’animal. Sur les tracés de l’expérience VIII (p. 172), on voit au contraire après une saignée modérément forte que l’amplitude a notablement augmenté. Cette modification est surtout appréciable une heure après l’hémorragie.

Enfin, les hémorragies modifient le pouls dans sa forme, comme l’ont montré MM. Chauveau, Marey, Buisson et Lorain. Le petit soulèvement qui interrompt la ligne de descente du tracé sphygmographique, dicrotisme normal, devient beaucoup plus net. De son côté, sur ses tracés sphygmoscopiques, M. Vinay a noté que le sommet de la pulsation tend à s’aplatir quand l’hémorragie est assez abondante, et il en a conclu que, dans ces cas, le sang s’engage brusquement dans l’artère, mais circule lentement dans l’intervalle dos systoles.

Nous arrivons à une question fort intéressante au point de vue des effets physiologiques des émissions sanguines sur le mode d’irrigation des tissus et par suite sur la nutrition générale : l’étude de la vitesse du courant sanguin sous l’inlluence des hémorragies.

ÉMISSIONS SANGUINES

Volkmann » fut le premier, je crois, à démontrer qu'elle est beaucoup moins grande qu’à l’état normal. Les deux tableaux que je reproduis ici sont fort instructifs; le premier est relatif à une expérience que je vous ai citée à propos de la pression sanguine.

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