VOIX
peuvent vibrer. Ces modifications expliquent la différenco qui existe entre la voix d'homme et celle de femme. C'est également à l'existence de grandes cavités résonnantes en communication avec le larynx que l'on doit attribuer la faculté qu'ont plusieurs espèces de singes de pousser des cris très-aigus et assourdissants.
En réfléchissant à ce que nous venons de dire en étudiant la voix de l'homme, on ne peut se soustraire au sentiment d'admiration qu'inspire l'art infini avec lequel est construit l'organe qui la produit : aucun des instruments de musique que nous possédons n'approche de sa perfection. Quelques-uns des instruments à vent ne peuvent qu'octavier et passent sans gradation d'un son à un autre : dans ceux à corde , il est impossible de soutenir le son. L'orgue à deux registres , qui est formé à la fois aux tuyaux à anche et à vent , donne des sons qui ressemblent un peu à ceux de la voix humaine , mais ces avantages ne sont obtenus qu'au moyen d'un très-grand nombre de tubes, et de beaucoup de complications. Dans l'organe vocal, au contraire, cette variété infinie de sons est obtenue au moyen d'un appareil très-simple.
J'ai vu dans le cabinet de physique du collège royal de Londres un larynx en caoutchouc , modelé sur un larynx humain , aux diverses parties duquel on avait attaché des fils pour pouvoir, à volonté , tendre plus ou moins ses parois et faire varier la capacité du tuyau ; en y faisant passer un courant d'air dont on modifiait la force , on obtenait un certain nombre de sons qui , pour leur timbre et leur pureté, ressemblaient beaucoup à ceux de la voix de l'homme.
De lïiême qu'une excitation quelconque de la rétine ou du nerf optique se traduit constamment par une sensation lumineuse, le nerf acoustique réveille toujours celle qui lui est propre , quelle que soit la manière dont il a été excité; ainsi, en vous parlant de l'électricité, je vous ai dit que l'on percevait un bruit particulier quand un des pôles d'une pile était appliqué à une oreille, le circuit étant fermé. Quelques corps introduits dans l'organisme, les narcotiques principalement, donnent aussi des sensations sonores. Le son est, dans le plus grand nombre des cas , produit par des mouvements vibratoires imprimés aux corps élastiques et propagés au moyen de l'air ou d'autres milieux jusqu'au nerf acoustique : c'est ainsi que s'exerce généralement la fonction de l'audition. Dans les traités spéciaux d'acoustique, on décrit les expériences tendant à démontrer que la cause du son , la différence entre les tons graves et les tons aigus, son intensité, son timbre, dépendent de la rapidité et de l'amplitude de ces mouvements vibratoires. C'est également dans l'acoustique que l'on pose les lois de la propagation des vibrations dans l'air, les liquides et les solides. Nous devons supposer que ces connaissances vous sont acquises, et l'objet que nous nous proposons dans cette
leçon est l'étude de l'ouïe et plus exactement de la propagation de vibrations sonores à travers les différentes parties de l'oreille.
Nous ne pouvons complètement passer sous silence la structure de l'oreille, qui est extrêmement variable dans les animaux ; dans quelques cas elle est réduite à l'appareil le plus simple possible, c'est-à-dire qu'elle consiste dans un nerf particulier dont l'extrémité périphérique s'épanouit au milieu d'un liquide contenu dans une cavité de forme variable située tantôt dans la paroi de la boîte osseuse du crâne , tantôt ayant des enveloppes membraniformes. Nous ferons la description particulière de l'oreille de l'homme, d'autant plus que c'est de celle-ci que nous devons spécialement nous occuper à cause de sa complication et de la perfection qui en est la suite.
La partie extérieure de cet organe , nommée pavillon de l'oreille , est un feuillet de nature fibro- cartilagineuse assez souple et élastique , et libre dans la plus grande partie de sa surface : c'est en quelque sorte une expansion du tube ou conduit auditif. La forme du pavillon varie beaucoup dans les animaux supérieurs; ainsi, dans l'homme, bien qu'il présente plusieurs replis, on peut le regarder comme implanté normalement par rapport au conduit auditif; chez le cheval, l'âne, etc., il consiste en une espèce de cône qui prend naissance sur ce conduit. Dans ces animaux, le pavillon est généralement mobile; tandis que chez l'homme les mouvements qu'il peut exécuter sont très-bornés. Le conduit auditif, creusé dans le temporal , se termine à une petite profondeur où il est coupé obliquement à son axe. Une mem-
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brane mince et très-élastique, nommée membrane du tympan, ferme ce conduit. La caisse du tympan est une cavité en grande partie osseuse qui a quatre ouvertures : une d'elles est formée par l'extrémité du conduit auditif externe et est fermée par la membrane du tympan ; en face de celle-ci il en existe deux autres appelées , Y mwq fenêtre ovale, située en haut, l'autre /ene^re ronde ; chacune de ces ouvertures est munie d'une membrane qui est tendue au-devant d'elles. Enfin, dans la partie inférieure de la caisse du tympan , il en existe une quatrième à laquelle vient aboutir la trompe d'Eustache qui communique avec la partie supérieure du pharynx. Dans l'intérieur de la caisse du tympan , et en travers de celle-ci , est fixée une chaîne de petits os qui, par l'analogie de leurs formes, sont nommés le marteau, Y enclume , le lenticulaire et Yéirier. Le marteau s'attache parallèlement à la membrane du tympan , à la façon d'un rayon solide allant de la circonférence au centre de celle-ci. Par une extrémité il touche à l'enclume, celle-ci au lenticulaire; ce dernier à l'étrier, et l'étrier aboutit à la fenêtre ovale. Plusieurs muscles peuvent imprimer de petits mouvements à la chaîne, la raccourcir et l'allonger par conséquent, et faire ainsi varier le degré de tension des membranes sur lesquelles elle presse. Au delà de la caisse du tympan, dans l'épaisseur du rocher, est situé ce que nous appelons Y oreille interne , qui est formée de diverses cavités communiquant entre elles et distinguées par les noms de vestibule , de canaux demi-circulaires et de limaçon. Le vestibule occupe la partie centrale et communique avec la caisse par la fenêtre ovale et avec les trois canaux
demi-circulaires qui sont renflés à leur extrémité en forme d'ampoules. Le limaçon, ainsi nommé parce qu'il est courbé en spirale , aboutit dans l'intérieur du vestibule et est séparé de la caisse par la fenêtre ronde. Le vestibule et le limaçon contiennent un liquide dit de Cotugno au milieu duquel flottent les filets du nerf acoustique. Telle est l'énumération succincte des principales parties de l'oreille de l'homme et des animaux supérieurs. Nous étudierons la propagation des ondes sonores à travers ces parties, afin d'en déduire la théorie physique de l'audition.
Plusieurs membranes, des parties osseuses, de l'air, un liquide , tels sont les corps qui entrent dans la composition de l'oreille : les vibrations se propagent à travers tous ces corps , tous peuvent transmettre le son par suite de l'état vibratoire excité en eux par celui du corps sonore. Chaque partie de l'oreille peut donc prendre part à la fonction que celle-ci est appelée à remplir. Mais, de quelle manière chacune de ces parties intervient-elle? L'Acoustique ne peut répondre d'une façon complètement satisfaisante à cette question. En ayant recours à l'anatomie comparée , à la physiologie expérimentale , à la pathologie, nous arrivons à déterminer les divers degrés d'importance attribués à chacune des parties de l'oreille . dans l'accomplissement de la fonction de l'audition ; par là nous parvenons à juger dans quel degré elles concourent à la perfection, à la délicatesse de cet organe. Les parties externes et moyennes de l'oreille manquent dans un grand nombre d'animaux que cependant nous regardons comme doués d'une ouïe assez parfaite ; ainsi , dans les oiseaux ,
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il n'existe pas de vestiges de pavillon ; dans les reptiles , le conduit auditif externe manque, et, dans les poissons, l'oreille se réduit à la partie interne seule. Mais la disposition qui se vérifie constamment dans tous les cas où l'audition peut s'effectuer, est celle du vestibule, c'est-à-dire d'une poctie membraneuse pleine d'un liquide dans lequel sont baignées les extrémités ou ramifications du nerf auditif. Certainement , toute autre manière de terminaison de ce nerf eût été moins avantageuse à l'exercice de cette faculté. Le nerf étant réduit à de très-petits filaments répandus dans un liquide , les points de contact sont le plus multipliés possible. La structure du nerf se rapproche ainsi davantage de celle du liquide oii il se trouve. Ces ramifications , éparses au milieu de la masse fluide , s'épanouissent dans tous les sens , se dirigent ainsi normalement avec leurs extrémités vers les mouvements vibratoires, qui, à travers celui-ci, lui arrivent par les parois de la cavité sphérique, au centre de laquelle il se trouve. Nous savons bien que les vibrations se propagent dans les liquides comme dans les membranes et dans tous les corps élastiques , se divisant en parties vibrantes séparées par des lignes nodales; dans le sein des liquides , de nombreux mouvements vibratoires peuvent également se. propager, et coexister simultanément sans se troubler les uns les autres. Il semble aussi démontré , par quelques expériences de Cagnard-Latour, que les vibrations se propagent plus facilement des parois solides d'une cavité au liquide qui y est contenu , si de petits corps solides sont épars dans celui-ci, soit flottants , soit même fixés aux parois. De
cette façon, les points de contact entre le solide et le liquide sont plus nombreux, il y a une multiplication des directions dans lesquelles les vibrations peuvent se propager en ligne droite de l'un à l'autre de ces milieux, suivant les inégalités présentées par ces surfaces. Ces petits corps solides se trouvent dans le liquide qui remplit le labyrinthe de l'oreille de certains poissons. Concluons donc que le vestibule, ou plus particulièrement le mode de terminaison du nerf acoustique, tel qu'il existe dans tous les animaux , a une grande importance dans la fonction de l'ouïe, et que cela est expliqué par les lois de l'Acoustique.
Les ondulations de l'air, produites par un corps sonore , peuvent parvenir à exciter le nerf auditif en se transmettant soit par les parties osseuses du crâne dans lesquelles l'oreille est encaissée, soit par la colonne d'air du conduit auriculaire. On perçoit encore assez bien les battements d'une montre serrée entre les dents ou appliquée sur un point quelconque de la tête , en ayant soin d'abord de fermer exactement les conduits auditifs. Quelques personnes affectées de dureté de l'ouïe parviennent à entendre distinctement en ajustant contre ce conduit , ou en serrant entre les dents , une baguette de bois fixée au centre d'un réservoir d'air en face duquel on produit le son. Le stéthoscope, que les médecins emploient, sert principalement comme cylindre solide à l'aide duquel un grand nombre de points de contact sont établis entre le corps sonore et l'oreille appuyée contre lui.
La colonne d'air du conduit auditif vibre également à cause des ondulations sonores excitées dans l'air. L'ex-
36/l DIX-]\EUV1ÈME LEÇON.
périence prouve qu'un son produit dans un corps solide, toutes les autres conditions restant égales , est beaucoup plus distinct à notre oreille s'il y est transmis au moyen d'un solide immédiatement en contact avec l'oreille ou par l'intermédiaire d'un autre corps semblable interposé. Si, au contraire, le son est produit dans l'air, d'abord mis en vibration , comme dans tous les instruments à vent, il est d'autant plus distinct que la quantité de celui-ci , qui communique avec le conduit auditif est , dans certaines limites, plus considérable; c'est ce qu'on fait avec le cornet acoustique. Lorsque ces deux modes de propagation existent réunis dans un seul organe , on ne saurait douter qu'ils ne concourent puissamment au perfectionnement de la fonction de cet organe même. Ces principes peuvent s'appliquer à l'intelligence de l'usage du pavillon et du conduit auditif. Nous commencerons par voir dans ces parties un instrument analogue au cornet acoustique, qui, par sa forme particulière, recueille et réfléchit vers l'axe du canal un plus grand nombre d'ondes sonores , et qui, en même temps , comme réservoir d'air, renforce le son ; il n'existe pas d'instruments de musique à corde ou à vent qui ne rende un son plus intense par l'eflet de la présence de ce réservoir. Le timbre de Savart, que l'on met en présence d'un récipient d'air après l'avoir fait vibrer , le diapason monstre de Marloye, monté sur une grande caisse d'air, mettent hors de doute les effets produits par la résonnance des masses d'air qui entourent le corps sonore. Une expérience analogue peut encore se faire en approchant le diapason de l'oreille ou en l'introduisant dans la bouche ;
dans le dernier cas, le son acquiert une grande intensité. Dans tous ces cas, le son est renforcé par les ondes sonores qui sont réfléchies parles parois des récipients, et en même temps par les vibrations imprimées à la masse d'air et aux parois de ce réservoir; toujours est-il que pour le renforcement des sons tout doit vibrer à l'unisson du son primitif.
Chez les animaux dans lesquels le pavillon est mobile , l'analogie de cette partie de l'oreille avec le cornet acoustique ne saurait être plus évidente. Ainsi nous voyons l'animal poursuivi diriger l'ouverture du pavillon en arrière ; au contraire , celui qui poursuit une proie la tourne en avant. Chez l'homme, ces mouvements manquent, et la forme de son oreille externe est également très-différente de celle des autres animaux. Il est ainsi difficile pour nous de comprendre l'usage de ce pavillon, et on pourrait citer un certain nombre d'exemples d'auditions peu altérées malgré l'absence de pavillon. Voici toutefois ce que l'on peut avancer de moins improbable pour expliquer l'usage de l'oreille externe de l'homme: eu égard à sa station habituelle , à la mobilité de sa tête , et à l'élé-
- gance de celle-ci , on ne pouvait douer le pavillon de mouvements sans lui donner la forme d'un cornet acoustique : il n'y a personne de vous qui ne se révolte à l'idée de se voir ainsi tranformé à la manière des monstres
. delà mythologie. Ajoutons que, par les mêmes raisons, le pavillon ne pouvait pas être mobile. Bien loin de là, il est formé d'un cartilage élastique dont le plan est pour la plus grande partie parallèle à celui de la membrane du tympan , et conséquemment normal à l'axe du conduit
auditif. D'après les lois de la propagation des mouvements vibratoires , c'est là la meilleure disposition qu'il pût recevoir, car les ondulations sonores qui viennent frapper perpendiculairement cette membrane se propagent plus facilement dans l'intérieur de l'oreille, soit par les parois solides du conduit auditif, soit par la colonne d'air qu'il contient. Il n'est pas douteux que lorsque nous voulons entendre distinctement , nous disposons la tête de manière à ce que lepavillon reçoive normalement les ondes sonores. Que ce soit parles vibrations excitées par le son dans la membrane externe de l'oreille ou par celles de la colonne d'air du conduit auditif , le mouvement vibratoire arrive à la membrane du tympan , qui est tendue sur l'orifice interne de ce conduit. Nous pouvons nous faire ces questions : pourquoi ajouter la caisse du tympan? pourquoi ne pas disposer l'^^ppareil de manière à ce que le vestibule ou le sac dans lequel plonge le nerf acoustique soit en contact avec la membrane du tympan? Nous n'hésitons pas à répondre que sans cette caisse , l'audition pourrait s'effectuer, ainsi que cela arrive chez plusieurs animaux, et comme on le raconte de quelques hommes chez lesquels, par maladie ou naturellement, manquait l'oreille moyenne. Hâtons-nous cependant d'ajouter que l'on peut comprendre facilement, et à l'aide de faits physiques, que la disposition affectée par la partie moyenne de l'oreille humaine rend cet organe plus parfait et moins exposé à subir des altérations.
Parlons d'abord de la manière dont vibrent les membranes. Savart a montré que lorsqu'elles sont convenablement tendues , mises à proximité d'un tuyau d'orgue ou
d'un instrument à corde quelconque , qui rendent un son , elles vibrent comme si elles étaient en contact avec les corps sonores, et si on lesa recouvertes de sable, on obtient la division de ces membranes en parties vibrantes , séparées par les lignes nodales ordinaires . A chaque variation du son , de nouvelles dispositions apparaissent sur la membrane et ces divisions se produisent plus facilement et plus promptement sur les membranes -que sur des plaques de métal ou de verre. Savart a également démontré que les membranes seules offraient cette particularité de se diviser de différentes façons sous l'influence du même son, tout en ayant toujours la même forme, dimension et tension. Disons enfin qu'en variant le degré de tension d'une, même membrane , sa manière de se diviser et de vibrer pour un même son, est changée. De l'ensemble de ces faits dus à Savart , on peut déduire que pour propager le son dans l'intérieur de l'oreille et pour modifier à volonté l'intensité des mouvements vibratoires , il était utile de fermer le conduit auditif avec une membrane tendue et d'ajouter dans l'intérieur de l'organe un appareil qui fût apte à propager les vibrations jusqu'aux parties qui se trouvent en contact avec le nerf acoustique et qui, dans le même temps, pût , sous l'empire de la volonté, faire varier la tension de la membrane du tympan. Voici un cornet acoustique ordinaire sur l'ouverture duquel est fixée une membrane : sur cette membrane est collée, ainsi que l'on fait Savart et Miiller dans leurs expériences , une petite baguette de bois , à l'aide de laquelle on peut facilement changer sa tension. Si j'écoute un son en appliquant le rornet à mon oreille, je
ne tarde paê à m'apercevoir de sa grande différence d'intensité, suivant que la membrane est plus ou moins tendue : quand elle l'est beaucoup, le son me semble remarquablement moins intense que celui que j'obtiens en la rendant plus lâche. Peut-être que dans le premier cas la membrane se divise plus facilement en rendant des sons , qui , quoique à l'unisson du primitif , sont moins forts. Dans l'oreille humaine on pouvait faire varier la tension de la membrane du tympan de deux manières différentes : on pouvait faire exécuter à la chaîne des osselets l'effet produit par la baguette de bois de notre expérience précédente, ou bien il était possible également de modifier la densité et l'élasticité de l'air contenu dans la caisse. Ce second procédé , qui n'est pas naturel , ne saurait être employé qu'avec une certaine habileté et en faisant un violent effort. Il importait ensuite de laisser dans l'oreille moyenne une communication libre et constante entre l'air extérieur : c'est là l'office rempli par la trompe d'Eustache, qui s'ouvre d'une part dans la caisse du tympan et débouche de l'autre dans l' arrière-gorge. De cette façon l'air de la caisse est à un degré constant d'humidité et son élasticité ne diffère pas de celle de l'air atmosphérique. De cette manière sont conservées les propriétés physiques de la membrane du tympan et de celles tendues sur les fenêtres ronde et ovale.
Il suffit de se boucher le nez et de fermer la bouche, puis ensuite de dilater la cavité thoracique 1 3 )lus possible pour contracter une surdité passagère ; le même effet est produit au moyen d'une expiration forte et sou-
tenue. Cette surdité dure pendant quelques instants, et un naouvement de déglutition est le moyen le plus efficace pour la faire cesser. Dans ces deux circonstances l'air de la caisse du tympan devient tantôt moins, tantôt plus dense que l'air extérieur, et sa membrane subit une tension différente , se repliant tantôt en dedans , tantôt en dehors de l'oreille. Wollaston, qui observa le premier ces faits , remarqua que dans ces circonstances la surdité persistait surtout pour les sons graves et que le contraire avait lieu pour les sons aigus. Ainsi il dit qu'il n'entendait plus distinctement le bruit fort d'une voiture à une certaine distance , et que cependant , en frappant avec le bout de l'ongle sur une table, il percevait facilement le léger son ainsi produit. Je crois vous avoir donné une raison suffisamment plausible de cette différence ; une expérience analogue aux précédentes peut être faite au moyen du cornet préparé avec la membrane fixée sur son ouverture. En tendant beaucoup celle-ci, on perçoit tout bruit fort, mais peu distinct, tandis qu'au contraire , le mouvement. d'une montre est renforcé. On cite des individus qui n'entendaient pas la voix ordinaire et qui ne pouvaient tenir une conversation qu'au milieu d'un grand bruit. Il faudrait admettre dans ces cas que la sensibilité peut persister pour les sons graves et forts, ce qui peut se comprendre jusqu'à un certain point , en admettant que la membrane est privée de la faculté de varier de tension dans les diverses circonstances.
Le muscle interne du marteau et celui de l'étrier peuvent servir à modifier l'état de tension de la mem-
brane du tympan, en obéissant à la volonté. Millier admet que ces muscles se contractent par l'effet d'un niouvement réfléchi , à la manière des fibres musculaires de l'iris sous l'impression d'une vive lumière. Sous l'impression d'un bruit violent et prolongé, l'étrier et le marteau , par la contraction de leurs muscles , viennent tendre la membrane sur laquelle ils sont fixés , et il se produit ainsi une surdité passagère et utile dans cette circonstance.
Quelle est la fonction de la chaîne entière des osselets .f* pourquoi quatre os réunis ensemble plutôt qu'un seul? pourquoi ne pas supprimer la fenêtre ronde ou la fenêtre ovale , ou même toutes deux , en appliquant le vestibule sur la membrane du tympan? Il est impossible, avec les connaissances que nous possédons aujourd'hui en Acoustique, de répondre d'une manière satisfaisante à ces questions. La chaîne des osselets, outre la faculté de faire varier les degrés de tension des membranes sur lesquelles elle est fixée par ses extrémités , remplit certainement encore dans l'oreille le même office que le chevalet dans les instruments à cordes et la caisse dans le tambour. En couvrant de sable une des membranes du tambour, on voit le sable vibrer, et se former des divisions sur celle-ci , quand on fait résonner l'autre , et cette propagation varie suivant les dispositions de la caisse. La chaîne des osselets est une espèce de chevalet suspendu dans la caisse du tympan , qui non-seulement propage les vibrations d'une de ses parois à l'autre , mais reçoit encore les chocs de l'air , même sur les divers points de sa surface. La membrane de la fenêtre ovale qui com-
munique avec le vestibule , où se trouve le nerf , a certainement son élasticité et sa tension mieux protégées par sa disposition dans une caisse d'air renfermée dans l'intérieur de l'oreille qu'elle ne le serait, si elle était directement en contact avec l'atmosphère. C'est indubitablement dans le but de donner à l'oreille un mode d'action plus varié et plus étendu, qu elle a été pourvue de deux ouvertures munies de membranes tendues dans la partie interne de l'oreille et à la proximité du nerf acoustique ; l'une de celles-ci étant libre et l'autre en contact avec la membrane du tympan par l'intermédiaire de la chaîne , et susceptibles par là de divers degrés de tension. On doit obtenir par là une plus grande étendue dans la fonction de l'oreille. Ces réponses aux questions que nous nous étions adressées ne sont sans doute pas les seules que l'on parviendra peut-être un jour à y donner : mais puisque l'organe peut exister et fonctionner sans chaîne des osselets , sans membrane ni caisse du tympan, nous devons admettre qu'ils ne constituent pas la partie essentielle de l'oreille et qu'ils ne servent qu'à son perfectionnement et à sa conservation.
Je ne dirai que peu de mots des canaux demi-circulaires et du limaçon; on suppose généralement que les vibrations excitées et transmises par les parois solides dans lesquelles l'oreille est enchâssée, sont transmises par ces parties jusqu'au nerf acoustique.
Je passerai rapidement sur les caractères physiques du son , sur la comparaison des différents sons entre eux, sur les limites de sons qui sont perceptibles. Un choc ou une excitation quelconque communiquée au nerf acou-
stique , ainsi que nous l'avons dit au commencenaent de cette leçon, produit une sensation sonore. Par le mot son, on entend plus exactement une sensation conservée uniforme pendant un certain temps et susceptible d'être mesurée et comparée. Le son diffère donc du bruit en ce que celui-ci est l'effet d'un choc seul ou celui d'une série de chocs qui se répètent sans aucune régularité, tandis que la sensation sonore est celle que nous éprouvons lorsque le nerf acoustique reçoit un certain nombre d'ébranlements qui se succèdent l'un à l'autre séparés par un intervalle de temps toujours constant. C'est là ce qui arrive avec la roue de Savart, la sirène de Cagnard-Latour , ou par lesvibrations d'une corde tendue qui engendrent dans l'air des ondulations correspondantes , qui arrivent à l'oreille et frappent le nerf acoustique dans le rapport du nombre de chocs en un temps donné qui appartiennent aux mouvements du corps sonore. L'acuité ou la gravité d'un son est due à la plus ou moins grande rapidité avec laquelle les vibrations se succèdent. L'mtensité dépend de l'étendue des excursions des parties vibrantes.
Wollaston et Savart ont cherché à déterminer les limites dans lesquelles les sons restent perceptibles , ou cessent de l'être pour notre oreille , en contractant une acuité ou une gravité trop grande. Savart a démontré que ces limites étaient beaucoup plus considérables qu'on ne le supposait avant lui, et que pour percevoir des sons ou très-aigus ou très-graves, il suffisait d'en augmenter l'intensité. En faisant passer avec une certaine rapidité une longue barre de fer à travers une fente
longitudinale qu'elle remplit presque complètement, on obtient un son assez intense lorsque cette barre va et vient sept ou huit fois par seconde , et puisqu'à chaque passage de la barre il y a une compression de l'air, à laquelle succède une raréfaction , les ondulations constituant le son ne sont qu'au nombre de quatorze ou seize par seconde. Au contraire, si l'on se sert d'une roue d'un très-grand diamètre et dentée , en tenant une lame élastique eh contact avec les dents lorsque celle-ci tourne, on perçoit un son très-aigu , même lorsqu'il y a vingtquatre mille chocs par seconde, dans lequel cas le son est formé de quarante-huit mille ondulations. Quelle ne doit pas être la complication de l'organe de l'audition , si nous réfléchissons que sa sensibilité se conserve dans des limites aussi éloignées les unes des autres, et que ses parties principales doivent vibrer à l'unisson avec des sons qui varient de quatorze à quarante-huit mille vibrations par seconde.
D'après la définition que nous avons donnée du son , on s'explique sans difficulté comment il arrive que par la coexistence de deux sons, étant entre eux en un rapport simple de vibrations, on entende un son plus grave; quand cet effet a lieu , il y a des instants dans lesquels les ébranlements, produits par ces deux sons, coïncident sur le nerf acoustique , et si ces coïncidences sont suffisamment voisines et régulièrement répétées , nous avons la sensation d'un son plus grave. Dans le cas oii ces coïncidences sont assez rares , ce qui arrive avec les sons qui sont presqu'à l'unisson entre eux, nous n'avons d'autre sensation que celle du phénomène bien connu
des battements , observé pour la première fois par Tartini.
Ne devant pas vous entretenir de tout ce qui regarde l'acte de la conscience , réveillé par l'excitation du nerf acoustique, je ne puis m'arrêter sur les théories musicales. Si les sons que nous écoutons simultanément sont par le nombre relatif de leurs vibrations dans un rapport simple entre eux , nous éprouvons les sensations les plus agréables , que nous nommons harmonies , et l'effet contraire a lieu si ces rapports n'existent pas. L'expérience nous a appris que les sons harmoniques s'obtiennent simultanément en pinçant une grosse corde tendue de manière à lui faire rendre le son fondamental dil à la vibration de toute sa longueur. Nous concluons de là que la corde se divise d'elle-même en un certain nombre de parties qui vibrent séparément et en même temps. Nous savons aussi qu'en ayant plusieurs cordes en présence, si leurs longueurs sont dans des rapports simples, il suffit d'en faire vibrer une pour que toutes les autres rendent le son propre à leur longueur. On peut donc admettre que la membrane du tympan , celle de la fenêtre ovale , et peut-être aussi les extrémités du nerf acoustique , peuvent être le siège des sons harmoniques, et que l'élasticité de ces parties ne s'oppose pas à ces mouvements. Le contraire devrait avoir lieu pour le^ sons que nous appelons discordants.
La fonction de tous les appareils de sensations se compose toujours de deux parties bien distinctes : 1^ les objets extérieurs produisent sur les nerfs sensoriaux une modification particulière et spécifique pour chaque sens ; 2" cette modification est transmise au cerveau, et là l'impression ainsi transmise est transformée en perception de l'objet extérieur.
Il en est de la vision comme de l'audition , par -rapport à nos relations avec les objets extérieurs. Quand le soleil apparaît au dessus de l'horizon, et que, par conséquent, nous le voyons , il faut nécessairement qu'une relation sensible quelconque s'établisse entre le soleil et nos yeux ; il faut que par un moyen physique , que nous appelons lumière, le soleil parvienne à faire une impression sur nos yeux. Nous devons étudier, dans cette leçon, la marche suivie par les rayons lumineux qui, partant des objets extérieurs, arrivent sur la rétine pour l'exciter. Essayez de comprimer ou de heurter un œil dans l'obscurité, et vous aurez une sensation lumineuse vive , mais indistincte. Si l'expérience est faite en pratiquant la preesion au moyen d'un petit corps sur une étendue peu considérable de l'œil , la sensation sera éga-
lement limitée, et vous aurez dans ce cas-là la conscience de cette limite, c'est-à-dire du degré de la pression exercée sur le point comprimé. Si la surface de la rétine se présentait nue à l'objet lumineux , sans autre appareil disposé au-devant d'elle , il est clair que chacun des points de celle-ci serait stimulé à la fois par tous les rayons qui émaneraient de l'objet dans tous les sens , et si mille de ces rayons se présentaient ensemble devant les yeux , avec leurs couleurs diverses , tous feraient naître l'impression de leur lumière à la fois sur la rétine, sans que celle-ci eût jamais une sensation exacte et déterminée d'aucun d'eux.
Le problème à résoudre pour obtenir la vision , consistait à disposer au-devant de la rétine un appareil tel que les rayons partant des diverses parties d'un objet arrivassent sur des points de la rétine distincts , séparés les uns des autres, et dans un ordre déterminé.
La chambre obscure est l'appareil le plus simple que nous possédions pour obtenir ces effets. Supposons un diaphragme tendu au-devant de la rétine et ayant une petite ouverture dans son centre : les rayons partant d'une extrémité de l'objet , après avoir traversé cette ouverture , iront exciter un point déterminé de la rétine , et le même phénomène se reproduisant pour tous les autres points de ce même objet, il en résultera que chacun de ses points en aura excité un nombre correspondant sur la rétine , et qu'ils seront distincts entre eux et disposés dans le même ordre que dans l'objet lumineux. Plus l'ouverture serapetite, plus l'image formée sera distincte, mais sa clarté en sera nécessairement d'autant dimi-
nuée : c'est peut-être pour cette raison que dans la nature il n'existe pas d'appareil de vision analogue à la chambre obscure.
MûUer a décrit la disposition très-curieuse 'que présente l'œil des insectes. Imaginez-vous dressés perpendiculairement à la rétine et au-devant de celle-ci un nombre immense de petits cônes remplis d'une matière transparente et dont les parois sont revêtues d'un pigment noir et opaque , capable d'absorber tous les rayons qui ne traversent pas le cône parallèlement à son axe. Une membrane transparente et convexe forme la face externe qui est aussi la base du cône , dans le sommet duquel est fixée l'extrémité de la fibre nerveuse qui, selon Wagner, s'élève dans l'intérieur* de celui-ci en s'épanouissant sur ses parois. Il est facile de concevoir comment il est possible d'obtenir la vision distincte au moyen de cette disposition : de tous les rayons lumineux qui partent dans tous les sens d'un objet et arrivent sur tous les points de la surface de l'œil, il n'y a que ceux qui, venant d'un point déterminé de l'objet , traversent un des cônes parallèlement à son axe , qui peuvent parvenir sur un point seul de la rétine. La netteté de l'image dépendra donc du nombre de ces cônes implantés sur la surface nerveuse, tandis que l'intensité de l'image devra toujours diminuer avec le nombre de ces cônes. On comprend facilement aussi comment , avec cet appareil , le champ visuel peut être agrandi , en augmentant la convexité du segment sphérique représentant l'œil.
Enfin , pour obtenir un appareil de vision encore plus parfait que celui que nous venons de décrire , il fallait
eh
cr
qu'il fût construit de manière à ce que la netteté de l'image ne fût pas obtenue aux dépens de sa clarté , et tel, en un mot, qu'il fût capable d'obliger les rayons qui tombent sur la surface de l'œil avec une grande obliquité à venir converger sur la rétine : tel est l'œil de l'homme et de tous les animaux supérieurs.
Décrivons la forme de l'œil et celle de toutes les parties qui le composent.
Cet organe est contenu dans une cavité nommée orbite. La forme de l'œil, qui est à peu près sphérique , est conservée par une enveloppe extérieure formée d'une membrane de nature fibreuse et solide qui est opaque à sa partie postérieure appelée cornée opaque ou sclérotique , et douée de transparence à sa partie antérieure. En ce point sa courbure augmente et elle prend le nom de cornée transparente .JJne membrane est tendue et fixée dans ce cercle où les cornées transparente et opaque se réunissent; c'est ïiris, qui donne la couleur à l'œil , qui est opaque et composée de fibres musculaires
' Intérieur de l'œil : — c cornée transparente ; — s sclérotique ; ^ s' portion de la sclérotique renversée en dehors pour montrer les membranes situées dessous ; — ch choroïde ; — r rétine ; — n nerf optique ; — ca chambre antérieure de l'œil placée entre la cornée et l'iris, et remplie par l'humeur aqueuse ; — i iris ; — 2^ pupille ; — cr cristallin, placé derrière la pupille ; — pc procès ciliaires ; — v humeur vitrée ; — bb portion de la conjonctive qui , après avoir recouvert la partie antérieure de l'œil , s'uMi détfiche pour tapisser les paupières.
S r vpc b
Globe de l'œil ouvert^.
dont une portion est disposée circulairement et l'autre en s'irradiant du centre à la circonférence. L'iris est percé dans son centre d'une ouverture circulaire nommée pupille , dont le diamètre est variable suivant l'intensité de la lumière. Derrière l'iris est placé le cristallin, corps solide, lenticulaire, transparent, enveloppé et fixé dans la membrane propre. Sur la partie interne de la sclérotique se trouve une membrane de couleur noire , \di choroïde; celle-ci est tapissée par une autre qui est demi-transparente , mince , formée par l'épanouissement de la partie médullaire du nerf optique , qui vient s'implanter au fond de l'orbite , c'est la rétine. L'œil se trouve partagé par le cristallin en deux cavités distinctes. L'antérieure, dans laquelle flotte l'iris, est remplie d'un liquide à peu près semblable à l'eau , contenant des traces de sel marin et que l'on nomme humeur aqueuse; la postérieure contient un liquide beaucoup plus dense, dit humeur vitrée. En examinant avec attention le cristallin, on voit qu'il est formé de couches superposées dont la consistance et la puissance réfringente vont croissant de la circonférence au centre. Enfin, on appelle axe optique de l'œil la ligne suivant laquelle est dirigé l'axe de figure de l'œil dans l'acte de la vision distincte. Voici les dimensions moyennes des diverses parties de l'œil de l'homme :
Millimètrea.
jR.ayon de courljure de la cognée opaque. .,...,. lOàll
Id. de la cornée transparente 7 à 8
Diamètre de Firis. . . 11 à 12
Id. de la pupille ». 3à 7
Millitnètvps. •
Epaisseur de la cornée transparente 1
Distance de la pupille à la cornée 2
Rayon antérieur du cristallin ' 7 à 8
Id. postérieur du cristallin 5 k 6
Diamètre du cristallin 10
Epaisseur du cristallin 5
Longueur de l'axe optique 22 à 24
Je rapporterai encore ici les nombres qui donnent l'indice de réfraction des milieux de l'œil : celui de l'humeur aqueuse diffère peu de celui de l'eau; ce dernier, étant exprimé par 1,336, celui de l'humeur aqueuse est de 1,337; pour l'humeur vitrée, il est de 1,359; pour la partie périphérique du cristallin , ce nombre est 1,377; pour la moyenne, ],379; pour la centrale, de 1,399.
Quelques différences se font remarquer dans l'œil des animaux par rapport à celui de l'homme dont nous venons de faire la description. Dans quelques oiseaux, le cristallin a une forme à peu près sphérique, et dans tous la cornée transparente est très-convexe. Dans les poissons, au contraire, la cornée est presque plane. La choroïde aussi présente des couleurs très-différentes dans les différents animaux. ,
Après la description de l'œil que je viens de vous donner, quoique la plus résumée possible , j'espère qu'il vous sera facile de comprendre d'une manière générale quelle est la marche suivie par les rayons lumineux dans l'œil, en considérant cet organe comme constitué par un système de lentilles sphériques convergentes.
Les rayons des cônes lumineux qui partent des points A et B de l'objet, traversent en grande partie la cornée transparente CC , et pénètrent dans l'humeur aqueuse qui est comprise entre la cornée et la surface du cristallin; ils subissent ainsi une première réfraction , en se rapprochant des rayons qui pénètrent parallèlement à l'axe de l'œil. Il serait facile de calculer la convergence de ces rayons si l'on connaissait la convexité de la cornée et le pouvoir de réfraction de l'humeur aqueuse. Ces rayons, parvenus au cristallin O, qui est une véritable lentille biconvexe , sont encore déviés davantage et inclinés vers l'axe de l'œil; enfin, ils éprouvent une troisième réfraction dans le même sens à leur sortie du cristallin , au moment de leur entrée dans l'humeur vitrée. La route parcourue par les rayons partant de A et B est indiquée dans la figure : en a et /; est leur foyer ; et, si F est la rétine , ae,ib sont les points qui correspondent aux points A et B de l'objet. Si l'on suppose la rétine en H ou en G, les points c et/, ainsi que e et o seront des cercles dans lesquels l'image de A et B sera diffuse. La vision est donc distincte lorsque la rétine se trouve exactement à une distance telle du
cristallin que le foyer des rayons vient se former sur elle. Mais, pour arriver à ce résultat, il était nécessaire d'intercepter tous les rayons qui tombent près du bord du cristallin , et qui ont certainement leur foyer sur un point différent de celui des rayons qui en traversent la partie centrale ; c'est là le rôle le plus important de l'iris et de la pupille , qui font l'effet d'un diaphragme muni d'une ouverture pouvant éprouver de grandes variations dans son diamètre. C'est dans ce même but que la forme et la structure du cristallin doit avoir d'autant plus de convexité et de densité que le milieu dans lequel doit s'effectuer la vision est plus dense. C'est là le cas dans lequel se trouvent les poissons.
Enfin , toute la partie interne de l'œil , et particulièrement la face postérieure de la rétine, est recouverte d'un pigment noir qui absorbe tous les rayons, qui, sans cela , seraient de nouveau réfléchis en dedans , et troubleraient ainsi la netteté de l'image. Tous les instruments d'optique présentent cette disposition ; les tubes de télescopes, de miscroscopes , sont noircis à l'intérieur.
Une expérience assez simple démontre que la formation des images se fait au fond de l'œil, c'est-à-dire sur la rétine. Elle consiste à placer dans une chambre obscure l'œil d'un lapin albmos devant la flamme d'une bougie à une distance convenable ; comme la sclérotique , dans ces yeux , est demi-transparente , on voit distinctement l'image renversée de la flamme sur cette membrane. Voici l'œjl d'un bœuf dont la cornée opaque a été beaucoup amincie et rendue presque transparente : cha-
cun de vous voit l'image renversée de la flamme que je tiens au-devant de lui sur cette membrane. Si l'on calcule, au moyen de la formule des lentilles convergentes, en tenant compte des dimensions et des pouvoirs réfringents des diverses parties de l'œil, on trouve que si un objet est placé à environ 30 centimètres de l'œil, ses rayons à cette distance tombent sur l'œil avec la divergence nécessaire pour aller converger sur la rétine. Il est donc naturel , d'après tout cela , de conclure que la vision, c'est-à-dire la sensation d'un corps qui envoie des rayons lumineux à notre œil , est due à la modification apportée dans la rétine par les rayons lummeux réunis sur tous les points de cette membrane oii l'image du corps vient se former, et à la transmission de cette modification à la conscience par le moyen du nerf optique. De quelque façon que la rétine soit excitée, c'est toujours une sensation de lumière qu'elle éprouve ; le passage de l'électricité, un choc, une compression quelconque sur l'œil, et par conséquent sur la rétine , y déterminent des impressions lumineuses ; c'est là le caractère des nerfs sensoriaux que toute excitation à laquelle ils sont soumis ne donne jamais qu'une sensation unique et déterminée appartenant exclusivement à ce sens. La rétine, sur laquelle a lieu la formation des images des ubjets lumineux , est affectée avec moins d'énergie par les points où la lumière a moins d'intensité , elle l'est davantage par ceux qui sont plus éclairés , et elle ne l'est pas du tout par ceux restés obscurs. Si les images ne se formaient pas sur la rétine , si l'œil était composé de cette membrane seule , sans appareil lenticulaire, la vision, ne saurait être distincte : tout
38Zi VINGTIÈME LEÇON.
se réduirait à distinguer les alternatives de jour et de nuit, de clarté et d'obscurité. A l'aide de cet appareil, l'action de la lumière se borne à une certaine portion de la rétine , portion qui représente exactement , dans sa forme , celle de l'objet lumineux. C'est donc une condition essentielle de la vision que l'image se forme sur la rétine , que le foyer des rayons lumineux se trouve sur cette membrane. J'ajouterai encore qu'il a été démontré, par une expérience curieuse que nous devons à Mariotte, que la vision ne se fait pas avec la même netteté lorsque l'image se forme sur les divers points de la rétine. Si l'on dispose sur un plan noir horizontal , et sur la même ligne , trois petits disques blancs à la distance de 5 ou 6 centimètres l'un de l'autre , qu'on les regarde verticalement en se plaçant de manière à ce que l'œil soit distant de 12 à 15 centimètres de ceux-ci , et que la verticale du nez de l'observateur tombe sur le disque du milieu; alors, en fermant un œil et en regardant avec l'autre un des disques latéraux, on n'apercevra plus le disque placé sous l'œil ouvert. Ce disque redeviendra visible en variant la distance à laquelle on s'est placé d'abord, et quand cela a eu lieu, si l'on ferme l'œil précédemment ouvert, en ouvrant celui qui était fermé, et qu'on fixe le disque du milieu, on ne verra plus celui qui est sur la verticale. Le point de la rétine où se forme l'image du disque qui devient invisible se trouve, dans ces différentes dispositions , correspondre à la base du nerf optique.
Il est donc bien démontré que, pour que la vision soit parfaitement distincte , notre œil doit être placé de telle
manière que l'image se forme sm' les points sensibles de la rétine dans les dimensions les plus petites possible et avec une suffisante intensité.
Cela posé , voyons maintenant comment ces conditions peuvent constamment se vérifier, la distance à laquelle nous pouvons voir les objets étant très-variable. On aperçoit aussi distinctement une étoile qu'un objet placé seulement à quelques centimètres ; il suffit que l'étendue de l'objet et que par conséquent l'intensité de sa lumière croissent en proportion de la distance, pour qu'il soit vu nettement. L'image d'un corps lumineux tantôt s'éloigne, tantôt se rapproche d'une lentille , suivant que le corps se rapproche ou s'éloigne de la partie opposée de cette même lentille. Il est donc certain que l'œil, par un acte de notre volonté , se modifie pour voir à des distances différentes; en effet, si l'on regarde un corps, une tache noire, par exemple, faite sur un verre, en la plaçant à des distances variables par rapport à l'œil , on aura une image confuse des objets plus ou moins éloignés de la tache, tandis que celle-ci sera très-distinctement vue, et il en sera de même pour toutes les positions , et quel que soit l'éloignement de celle-ci. Il est également vrai que, tandis que, pour un œil sain, la vision s'effectue sans effort ni fatigue à la distance d'environ 30 centimètres, il n'en est plus ainsi pour des distances plus grandes ou plus petites. C'est pour cette raison que la vision n'est plus nette si, pendant plusieurs heures, on a habitué l'œil à voir des objets très-rapprochés. Pour expliquer la propriété que possède cet organe de voir des objets placés à des distances variables , il est nécessaire d'avoir recours
à l'une de ces deux hypothèses : ou il faut admettre que la rétine communique au cerveau la sensation distincte d'un objet lumineux, non-seulement quand ses rayons se réunissent en un seul de ses points , comme lorsqu'ils lui parviennent émanant d'une distance d'environ 30 centimètres , mais encore lorsqu'ils se réunissent sur un petit espace circulaire très-limité; ou bien il faut supposer que la courbure de la cornée transparente et du cristallin peut varier pour s'adapter à des éloignements variables, et que le cristallin peut se déplacer, c'est-à-dire s'allonger ou se raccourcir dans les différents cas. En s'en rapportant aux calculs d'Olbers, il faudrait, pour que la vision fût également distincte à des distances très-différentes , de 4 pouces jusqu'à un nombre immensément plus grand, que l'intervalle du cristallin à Ja rétine pilt varier au moins de ^ de pouce , la convexité delà cornée et du cristallin demeurant constante. Le même résultat serait obtenu, si on suppose que c'est le cristallin et la cornée dont la convexité varie , la distance du cristallin à la rétine restant la même. Olbers a également trouvé que la vision serait distincte dans les limites que nous venons de dire , si le rayon de la cornée pouvait changer d'environ fô de pouce.
Une expérience de Scheiner démontre qu'il est des cas dans lesquels l'image d'un objet paraît double au même œil et d'autres fois simple. En faisant dans un papier avec une aiguille deux trous séparés l'un de l'autre par un espace plus petit que le diamètre de la pupille et en regardant à travers avec un œil seulement , il y aura une certaine distance déterminée à laquelle l'objet paraî-
tra unique, tandis qu'à une autre plus ou moins considérable que la première , on le verra double ; en fermant un des trous, l'une des deux images disparaît. Evidemment, dans le premier cas , les deux faisceaux lumineux se rencontrent sur la rétine ; dans les deux autres , la rétine se trouve plus ou moins éloignée de leur point d'intersection. En regardant directement l'objet, la vision serait distincte à ces diverses distances : l'œil se modifie donc pour que ce résultat arrive.
Nous devons donc trouver dans la constitution intime de l'œil quelques particularités propres à nous rendre compte de la faculté que nous avons de voir distinctement à toute distance. Longtemps on a comparé les divers milieux de l'œil à un appareil composé de lentilles terminées par des surfaces régulières et ayant toutes leurs axes sur une même ligne représentée par l'axe lui-même de l'œil. Dans cette hypothèse, tous les rayons lumineux partis d'un point quelconque d'un objet devaient être concentrés à un point unique appelé foyer, et pour que la vision fût distincte , il fallait nécessairement que la rétine fût placée de manière à ce que les divers foyers correspondants aux divers points d'un objet extérieur se formassent à sa surface. Mais comme le lieu de formation d'une image par réfraction se rapproche et s'éloigne de l'appareil réfringent en même temps que l'objet lui-môme s'éloigne ou se rapproche de cet appareil, il fallait trouver dans la constitution de Tœil une circonstance capable de remédier à ce déplacement de l'image afin de maintenir la netteté de l'impression produite sur la rétine elle-même. Dans ce but, plusieurs hypothèses furent proposées.
l*' On pensa que la cornée transparente pouvait varier dans sa courbure de manière à remédier à ce déplacement de l'image. Mais l'observation a démontré que cette courbure était invariable.
2° Quelques physiologistes pensèrent que le cristallin avait la propriété de se contracter, et que les courbures de ses deux faces pouvaient changer de manière à ramener constamment l'image sur la rétine. Tout démontre que c'est là une pure hypothèse.
3" Partant de ce fait, que la pupille se dilate quand l'objet s'éloigne, et se rétrécit à mesure que l'objet se rapproche, des physiciens pensèrent que la vision des objets éloignés s'opérait au moyen des rayons traversant les bords moins réfringents du cristallin, tandis que la vision à petite distance s'opérait exclusivement au moyen des rayons passant par les couches plus réfringentes du centre du cristallin. De cette manière, l'image était toujours formée distincte à la surface de la rétine. Il est inutile de montrer ici combien cette explication est au moins bien loin d'être complète.
4° Q.uelques physiologistes crurent encore pouvoir recourir à un déplacement du cristallin dans l'intérieur du globe de l'œil pour expliquer la vision à toute distance. Mais rien ne démontre qu'un pareil mouvement du cristallin s'effectue en réalité, et il serait difficile d'en concevoir la possibilité.
5" Enfin, on a pensé que la contraction des muscles de l'œil et la pression qui en résulte sur cet organe suffisaient pour allonger ou raccourcir son axe à volonté , par suite déplacer la rétine et la ramener sans cesse dans une po-
sition convenable pour recevoir l'image distincte de l'objet extérieur. C'est encore là une pure hypothèse, et que rien ne vient justifier.
Le fait de la vision distincte à toute distance restait donc inexplicable et semblait devoir échapper à toutes les recherches des physiologistes et des physiciens , lorsque Sturm est venu placer la question sur son véritable terrain, et mettre au grand jour la raison par laquelle tous les efforts tentés jusqu'ici étaient restés impuissants.
D'après les mesures prises par Chossat sur un œil de bœuf, la face antérieure de la cornée est un segment d'ellipsoïde de révolution autour du grand axe de l'ellipse que représente la section horizontale de cette cornée ; les faces du cristallin sont .des segments de deux ellipsoïdes dont chacun est de révolution autour du petit axe de son ellipse génératrice, ces deux ellipses n'ayant pas la même longueur d'axe. De plus, les axes ds ces trois ellipses génératrices des surfaces des milieux réfringents de l'œil ne coïncident ni avec l'axe de l'œil ni entre eux.
Il suit de là qu'au lieu d'assimiler l'appareil optique qui représente l'œil à un système de lentilles sphériques dont les axes se confondent , il faut , avec Sturm , considérer cet organe comme « composé de plusieurs milieux réfringents séparés par des surfaces qui ne sont pas exactement sphériques, ni même de révolution ou symétriques autour d'un axe commun. »
Sturm , étudiant le problème dans toute sa généralité , a montré qu'avec une semblable composition de l'œil le faisceau de rayons lumineux envoyé sur la cornée par un point situé sur le prolongement de l'axe de l'œil , ne pou-
vait pas être réfracté de manière à ce que tous les rayons pussent converger en un foyer unique ; mais voici ce qui se passe :
Le cercle ABA'B', représentant l'ouverture de la pupille, et OX l'axe de l'œil, supposons un faisceau de rayons parallèles à l'axe tombant sur la cornée.
Il y aura deux plans AOA', BOB^ perpendiculaires l'un à l'autre , tels que tous les rayons lumineux contenus dans le plan AOA', iront converger sur l'axe en un foyer unique F, et tous les rayons contenus dans le plan BOB' se concentrent sur l'axe en un point/. Appelons intervalle focal la distance ¥f.
Au point F menons une perpendiculaire CC à l'axe jusqu'à la rencontre des rayons B/et B/ prolongés. Au pointy élevons aussi une perpendiculaire ce' à l'axe jusqu'à la rencontre des rayons réfractés extrêmes AF, A'F.
Si maintenant nous considérons un rayon lumineux traversant la pupille en un point quelconque M , situé en dehors des plans AOA', BOB', ce rayon ne rencontrera plus l'axe de l'œil, mais sera réfracté de manière à s'appuyer à la fois sur la ligne cfc' et sur la ligne CFC. Il suit de là que :
Le faisceau lumineux, qui est tombé à la surface de la
cornée parallèlement à l'axe sera réfracté de manière à ce que dans toute l'étendue de l'intervalle focal /F il forme un faisceau très-rétréci , très-concentré , entourant l'axe de toutes parts et terminé par une surface gauche , elle-même très-rapprochée de l'axe.
C'est dans l'étendue de l'intervalle focal, entre les points / et F au point R , par exemple , que se trouve placée la rétine. Dès lors le faisceau réfracté dessine à la surface de la rétine une surface elliptique très-rétrécie autour de l'axe et sur laquelle se réunissent tous les rayons qui ont traversé l'ouverture de la pupille.
Il suit de là qu'un point lumineux , placé en avant de l'œil , ne vient pas se joindre sur la rétine en un point unique , mais sur une surface très-petite , provenant de la rencontre de la rétine et du faisceau concentré autour de l'axe dans l'intervalle focal /F.
Supposons maintenant que le point extérieur vienne à s'éloigner ou à se rapprocher de l'œil , l'intervalle focal tout entier /F se déplacera en même temps , de manière à ce que la rétine qui d'abord était en R se trouve en R" ou en R' , restant toujours contenue entre les points/ et F. Il en résultera que cette rétine sera toujours rencontrée par le faisceau concentré autour de l'axe dans l'intervalle focal, et que la surface d'intersection de ce faisceau et de la membrane nerveuse sera assez peu modifiée pour que l'impression ne soit pas sensiblement altérée et que la perception conserve toute sa netteté.
Ce que nous venons de dire d'un point lumineux isolé s'applique à chacun des points de l'objet éclairé, situé audevant de l'œil , et il est facile de co'uprendre comment
cette nouvelle théorie de la marche des rayons lumineux à travers les milieux réfringents de cet organe, rend compte du fait si important et qui semblait difficile à expliquer de la netteté de la vision à toute distance.
l^e^ presbytes , qui possèdent une vue très -longue, sont capables de voir distinctement les objets à deux ou trois pieds de distance; dans leurs yeux, la cornée est moins convexe qne celle qui se trouve dans l'œil sain; et en effet ce défaut de la vue accompagne la vieillesse et suit la diminution générale des sécrétions de tous les tis^ sus. Par cet aplatissement de la cornée, l'intervalle focal des rayons qui partent du point de la vision distincte de l'œil sain se trouverait rejeté derrière la rétine, aussi les presbytes sont dans la nécessité d'éloigner l'objet afin de faire arriver l'image sur cette membrane. Les personnes atteintes de ce vice de l'œil ont habituellement la pupille peu dilatée , comme si elles faisaient un continuel effort pour se servir seulement du centre du cristallin , c'est-àdire de la partie la plus réfringente. Pour corriger ce défaut , on est obligé de faire usage de lentilles convexes qui diminuent la divergence des rayons avant qu'ils pénètrent dans l'œil. De cette manière les rayons émanant d'un objet placé au point de la vision ordinaire, sont déviés par ces lentilles et ramenés à la direction qu'ils auraient , si l'objet était situé à la distance à laquelle un presbyte voit distinctement.
L'autre défaut de la vue, le myopisme, a une cause opposée , étant dû à une courbure trop considérable de la cornée transparente : dans ce cas , les rayons provenant du point où s'effectue la vision ordinaire, forment leur
intervalle focal en deçà de la rétine , aussi les myopes se servent-ils de lunettes divergentes ou concaves. Ces lentilles augmentent la divergence des rayons avant leur introduction dans l'œil , et il en résulte qu'un objet placé à la distance de la vue normale , se voit sous la divergence qu'il aurait pour un myope s'il était très-rapproché de l'œil. Les ménisques convergents et divergents ouïes lentilles jt?é?'zscopz^Me5 de Wollaston , corrigent plus efficacement ces défauts que les lentilles ordinaires. L'épaisseur de ces ménisques étant nécessairement plus petite que celle des verres de lunettes dont on fait habituellement usage , ils absorbent une moindre quantité de lumière et les objets conservent plus de clarté.
L'achromatisme de l'œil , qui est parfait pour des objets situés à la distance de la vision distincte , est dû à ce que le faisceau contracté autour de l'axe qui rencontre la rétine dans l'étendue de l'intervalle focal, contient des rayons de toute couleur dans un espace trop rétréci pour que les bandes colorées puissent se former distinctement.
On sait en effet que si les espaces qui séparent sur la rétine des images de diverses couleurs ou de différente intensité , sont très-petits , ces images ne peuvent être perçues séparément. La sensation que l'on en éprouve résulte de l'impression simultanée des images voisines.
Ensuite, si l'on ne peut préciser exactement la cause de l'achromatisme de l'œil, d'un autre côté on ne peut se refuser à reconnaître dans la structure de son appareil lenticulaire cette variété de courbures , de pouvoir réfringent et dispersif des milieux , qui sont les conditions
394 YINCxTlÈME LEÇON.
générales observées dans la construction des appareils optiques achromatiques.
Comment apprécions-nous la position , la distance, la grandeur, en un mot la manière d'être d'un objet, et ses rapports avec ceux qui l'entourent? Quel est l'office des deux yeux ? ^
Tout ce que nous avons dit jusqu'à présent avait pour but d'établir que c'est sur la rétine que se forme l'image d'un objet, que celle-ci est distincte mais renversée par rapport à l'ojet regardé , et que ce double effet se produit quelle que soit la distance qui le sépare de l'œil . Cependant cette image n'est pas encore la sensation , celle-ci n'ayant lieu que lorsque la modification éprouvée par la rétine aura été transmise à la conscience par l'intermédiaire du nerf optique. Mais comment la vision résulte-t-elle pour nous de cette modification faite sur la rétine parles rayons qu'y envoient les objets extérieurs? La première question qui se présente à notre examen , sans nous préoccuper de la partie métaphysique de ce sujet, est celle de la position des objets. On a beaucoup dit, pour expliquer comment les images se forment renversées jtar rapport aux objets qu'elles représentent: nous les voyons à l'inverse des images produites. Voir les objets à l'inverse de leurs images est ce que nous appelons voir les objets redressés. Dans l'appréciation de la position des corps , de leur redressement , nous ne faisons que comparer la position de leurs diverses parties avec celle des corps environnants. Sans cela , les mots renversé et redressé s 'appliquant à un objet, n'auraient plus de signification. Pour nous, un homme est droit quand ses pieds sont voisins de la terre
A'ISION. 395
et que sa tête en est la partie la plus éloignée: et l'image renversée qu'il forme sur la rétine ne dérange en rien la position respective des diverses parties de l'homme par rapport à la terre. Dans l'image, les pieds sont également plus voisins de celle-ci que la tête. Si un objet se présente à nous réellement renversé relativement à la position dans laquelle nous sommes habitués à le voir, nous estimons qu'il a contracté la position renversée parce que son image sur la rétine l'est également par rapport à celle que nous occupons nous-mêmes et à celle dans laquelle nous le voyons ordinairement. Nous savons qu'un homme , que chacun de nous a les pieds sur la terre : quand nous voyons que dans l'image formée sur la rétine par un danseur , sa tête touche la terre , nous le voyons dans une position renversée.
Nous parvenons à juger de la distance et de la grandeur des objets de plusieurs manières ; s'ils étaient placés à une distance constante et toujours également éclairés , nous pourrions mesurer leur grandeur par celle de l'image peinte sur la rétine; on peut dire que la dimension de cette image est , en général , proportionnelle à l'angle visuel que font les deux lignes droites tirées des extrémités de l'objet au centre de la rétine : nous l'appelons grandeur ajoparente. Pour juger de la distance des objets , nous avons la conscience : 1° des mouvements que fait l'œil pour que le cône lumineux que l'objet envoie à la pupille, et qui est plus ou moins divergent suivant la distance , forme son foyer sur la rétine ; 2" des mouvements par lesquels nous rapprochons plus ou moins l'un de l'autre les axes optiques des deux yeux
pour les faire converger sur un objet placé à différentes distances. Mais ce dernier moyen d'apprécier les distances ne peut plus nous servir , si les corps sont à de grandes distances, car alors les deux axes devenant presque parallèles , nous sommes sujets à des illusions d'optique ; ainsi les deux rangées d'arbres d'une longue allée paraissent se rapprocher l'une de l'autre à mesure qu'on s'en éloigne; les parois latérales d'une longue galerie nous présentent également cette apparence.
L'intensité de la lumière que nous recevons d'un objet et que nous savons diminuer avecla distance, nous sert aussi pour juger de la distance : un tel jugement devient incertain par les variations atmosphériques qui modifient incessamment la quantité de lumière qu'il reçoit. Enfin, dans la détermination de la grandeur réelle des objets plus ou moins distants de nous , nous nous servons à la fois et de l'appréciation que nous faisons de la distance, et de celle de la grandeur dite apparente , qui est mesurée par la grandeur de l'image produite sur la rétine. Les erreurs que nous commettons fréquemment dans l'évaluation de l'éloignement, sont une source d'illusions pour celle de la grandeur réelle; celles-ci sont surtout fréquentes dans l'obscurité , et la fantasmagorie en est un exemple.
Quel est le rôle des deux yeux dans l'acte de la vision.^* Tant que l'objet est situé très-loin de nous, les images formées dans les deux yeux sont identiques, et la vision s'opère comme avec un œil seul, les axes optiques étant alors sensiblement parallèles. L'impression unique produite par un corps vu avec deux yeux est , dans ce cas ,
la conséquence d'un acte intellectuel que, par habitude, nous exécutons avec une rapidité inconcevable. Nous ne percevons pas deux objets , quoique l'image soit double , parce que l'expérience nous a appris que cet objet est unique dans tous les cas oii deux représentations identiques en sont produites sur deux parties de la rétine, qui sont nécessairement correspondantes pour que la vision soit distincte. Il en est de même pour l'organe du tact : en touchant une balle avec tous les doigts d'une main , on n'éprouve pas la sensation de cinq balles, mais d'une seule. Si vous regardez un corps avec les deux yeux, que vous comprimiez un de ceux-ci, de façon que les points de sa rétine où l'image est formée se déplacent l'un par rapport à l'autre , et que vous déviiez l'axe de l'un des deux yeux, le corps vous paraît double à l'instant même. C'est là la cause du st?^ab{sme. TJn -phénomène analogue se produit également pour le tact ; eh effet, disposez l'un au-dessus de l'autre l'index et le médius d'une main , et touchez alors une balle avec l'extrémité de ces doigts ; vous éprouverez une illusion qui consistera en ce qu'il vous semblera toucher deux balles différentes au lieu d'une.
WoUaston a pensé qu'une cause anatomique contribuait à l'unité de la vision. Ce physicien croyait que les deux nerfs optiques, dans le point où ils se réunissent à leur sortie du cerveau pour se séparer ensuite et se diriger vers les yeux, se divisaient de telle façon que la moitié de chacun d'eux allait former la moitié des deux rétines ; de cette demi-décussation des nerfs optiques il résulterait que la portion de droite de chacune des deux rétines
serait formée des ramifications d'un même nerf, et celle de gauche par les ramifications de l'autre nerf. Par conséquent, toutes les images formées en dehors de l'axe optique sont perçues par un seul nerf pour les deux yeux, et les deux nerfs excités fournissent , par conséquent , une image unique et complète.
Par cette disposition anatomique serait expliqué le phénomène que Wollaston et Arago ont observé sur euxmêmes après une longue application , phénomène consistant en ce qu'ils ne voyaient plus que la moitié des objets. Il faut cependant avouer que d'abord les observations anatomiques ne confirment pas cette opinion, et qu'on peut aussi y opposer le fait de la sensation unique du son par les deux oreilles, au moyen de deux nerfs acoustiques qui , certainement, sont parfaitement isolés l'un de l'autre dans la route qu'ils font pour se rendre au cerveau.
Les images identiques peintes sur la rétine des deux yeux par un objet éloigné sont telles qu'il n'y a aucune différence entre la perception produite par le corps solide en sculpture ou en relief, et le dessin tracé sur un plan en suivant les règles de la perspective. Un tableau représentant des objets que nous sommes habitués à voir à une certaine distance , s'il est convenablement éclairé dans ses diverses parties , nous représente l'image parfaite de l'original , de sorte que l'illusion est complète ; on en a un exemple dans le diorama. Mais il n'en est plus ainsi si l'objet est à une très-petite distance de l'œil. Nous devons à Wheatstone une série d'expériences très-ingénieuses sur ce sujet. Lorsqu'un corps solide, un cube, par exemple, est très-rapproché des yeux, la projection
de ce cube sur la retine de chacun d'eux y forme deux images différentes l'une de l'autre; elles se ressemblent si peu, que si on les supposait dessinées, on pourrait à peine, en les regardant, reconnaître qu'elles appartiennent au même corps. Malgré cette différence, nous voyons l'objet unique : il faut donc conclure de ces faits que la perception en relief peut être produite par l'impression simultanée des deux images formées dans chacun des yeux ; en un mot, voir les objets tels qu'ils sont devient une illusion . Malgré les observations de Wheatstone on doit cependant admettre qu'un œil seul est capable d'apprécier la solidité des corps , comme cela se voit chaque jour chez les personnes qui en ont perdu un. L'expérience, l'habitude , les autres sens viennent en aide et corrigent le défaut. Wheatstone est parvenu, en regardant dans le même temps les images des deux dessins obtenus en copiant les deux projections du corps solide sur la rétine des deux yeux , à éprouver la sensation même qui aurait été produite par le corps solide. Quand l'observation est faite de telle façon que les images des deux dessins se forment de la même manière et sur les mêmes points de la rétine qu'occupaient les deux projections du solide, Tillusion est complète, et il est impossible de croire que l'on a seulement devant les yeux des peintures faites sur un plan. Wheatstone a donné le nom de stéréosco2:)e à l'instrument à l'aide duquel on parvient à éprouver cette illusion ; il consiste en deux miroirs inclinés , sur lesquels se forment par réflexion les images des deux peintures représentant les projections d'un corps solide dans les deux yeux. Les deux images sont observées en appliquant les
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yeux à deux ouvertures qui laissent apercevoir les images formées sur les miroirs.
Au nombre des plus curieux phénomènes de la vision est celui de la persistance des impressions reçues par la rétine. Observez un morceau de charbon ardent que l'on fait tourner : si le mouvement de rotation est suffisamment rapide, vous croirez voir un cercle lumineux. Il est évident que cette illusion ne peut être comprise sans admettre que la sensation produite par ce corps lumineux dure un certain temps , qui peut être évalué par l'intervalle nécessaire pour que le charbon , en tournant , revienne à une position donnée : de cette façon , on le voit simultanément dans tous les points qu'il parcourt successivement. L'augmentation de volume qu'éprouve une corde en vibration, la disparition des rais d'une roue qui tourne avec une grande rapidité, la traînée lumineuse des étoiles filantes , la couleur blanche que présente un disque recouvert des sept couleurs du spectre auquel on imprime un mouvement de rotation , sont des phénomènes dépendant d'une même cause, la persistance des impressions surla rétine. Si la lumière est instantanée, tous ces phénomènes cessent. Regardez fixement pendant quelques instants un corps très -éclairé, fermez les yeux, vous le verrez encore. Pour arriver à déterminer la durée de cette persistance, Aimé a imaginé de faire tourner en sens inverse deux disques fixés sur un axe unique, et dont l'un porte un grand nombre de trous en forme de secteurs égaux entre eux et symétriquement distribués ; l'autre, à une seule ouverture semblable. Si l'on fait tomber un faisceau de lumière sur cet appareil mis en
mouvement dans un endroit obscur, l'œil qui regarde le long de l'axe commun des deux disques, aperçoit tantôt un secteur éclairé dont la position est variable et dépendante de la coïncidence de l'ouverture unique du second disque, avec chacune de celles du premier, tantôt deux, tantôt trois, puis davantage encore, et enfin un disque de lumière. Ces diverses impressions dépendent de la rapidité de la rotation. Il n'y a qu'un seul secteur si la vitesse du mouvement est telle que la seconde coïncidence ait lieu quand l'impression faite sur la rétine de la première a cessé. Il y a deux secteurs si l'impression persiste quand la deuxième coïncidence a lieu, et ainsi de suite. Il devient donc facile, au moyen de cet appareil, de déterminer la durée des impressions sur la rétine. Des appareils très-ingénieux, qui servent également de jouets aux enfants, ont été construits d'après ce même principe de celui d'Aimé, que je viens de vous décrire : on dispose en rond, sur un cercle, un certain nombre de marionnettes parfaitement semblables par leur habillement et leurs formes , mais ayant chacune un mouvement particulier à exécuter ; elles sont rangées les unes à la suite des autres, représentant chacune la position d'un exercice donné, comme par exemple de faire mouvoir une scie, déjouer du violon, de danser, etc.; le premier cercle est aperçu à travers les fentes d'un second. En les faisant tourner tous les deux sur un même axe, l'œil reçoit l'impression de chacune des positions occupées par chaque marionnette , au moment du passage de l'ouverture qui lui correspond, et conserve l'impression de la précédente jusqu'à la suivante. De Ciiiie persistance résulte un effet semblable à
celui qui serait produit par l'objet représenté en mouvement.
Plateau, qui a fait de longues études sur ce sujet, a découvert que, pour produire une impression complète, la lumière doit avoir agi pendant un certain temps ; que la durée totale de l'impression est la même pour toutes les couleurs et peut être approximativement évaluée à 0",34; que l'intervalle de temps pendant lequell' impression conserve la même intensité est d'autant plus considérable que la lumière a été plus modérée ; qu'il est différent pour divers rayons de différentes couleurs; par exemple , il est plus long pour le bleu que pour le rouge et la lumière blanche , et qu'enfin la durée totale des impressions est d'autant plus persistante que la lumière a été plus intense et son action moins prolongée. Le boulet d'un canon ne donne pas l'impression de son chemin comme le fait une étoile filante , à cause du peu d'intensité de sa lumière.
Outre cette persistance des impressions reçues par la rétine , il se passe en nous d'autres phénomènes non moins curieux , qui arrivent lorsque nous avons fixé un objet pendant un certain temps. Regardez un disque d'une couleur quelconque, placé au milieu d'un carton noir, et, après l'avoir fixé pendant un certain temps , portez rapidement les yeux sur un fond blanc , ou couvrez-les au moyen d'une toile , il vous semblera voir alors un disque semblable par sa forme au premier, mais ayant une couleur compUmentaire de celui-ci. Ainsi , si le disque est rouge , l'image sera verte; s'il est jaune, elle paraîtra violette ; s'il est blanc , elle vous semblera grise.
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Ces sensations apparentes ont reçu le nom de couleurs accidentelles. Plateau semble avoir démontré que ces images cessent , après avoir présenté une série singulière des phénomènes : ainsi il paraît qu'après un certain temps elles s'évanouissent pour faire place à une image qui a réellement la couleur de l'objet; cette seconde disparaît, et celle de la couleur complémentaire se montre de nouveau. Ces images iraient ainsi en s' affaiblissant , après avoir éprouvé cette série d'alternatives.
Les couleurs accidentelles forment entre elles des combinaisons comme celles qui sont réelles ; voici le fait qui met hors de doute la réalité de cette curieuse observation : placez sur un fond noir deux petits carrés de papier, l'un de couleur, par exemple, violette, l'autre orangée , et dont les centres sont occupés par des points noirs. Portez alternativement les yeux de l'un à l'autre de ces points, et, après chaque passage, fermez les yeux, et vous croirez alors voir trois carrés : un jaune, qui est complémentaire du violet ; un bleu , complémentaire de l'orangé, et un troisième, au milieu des deux autres , de couleur verte , qui a précisément la nuance formée par le jaune et le bleu. Dans cette expérience, les impressions primitives produites sur la rétine ne sont que la superposition des deux impressions partielles qui se manifesteraient, sil'on n'observait qu'un seul des pointsnoirs ; mais comme les axes optiques n'ont pas la môme direction, suivant que l'on regarde l'un ou l'autre de ceux-ci, il eh résulte que ce ne sont pas des points symétriques de la rétine qui reçoivent les deux impressions partielles. De la juxtaposition des deux carrés résulte que l'image acci-
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dentelle de l'orangé, pour la première impression partielle , se superpose à celle du violet pour la seconde. Le carré intermédiaire que l'on aperçoit en fermant les yeux est dû à cette superposition ; par conséquent , il faut conclure que le jaune et le bleu accidentels forment le vert, comme le bleu et le jaune réels. On arriverait à cette même conclusion, quelles que fussent les couleurs des deux carrés. Cependant on observe une différence quand ils sont teints de couleurs complémentaires ; dans ce cas , le carré intermédiaire, provenant de la superposition des images accidentelles, est noir et non pas blanc, comme cela a lieu dans le mélange des deux couleurs réelles.
Les couleurs accidentelles se combinent avec les réelles , exactement comme le font ces dernières entre elles. Il suffit, pour s'en convaincre, d'observer une image accidentelle colorée , non pas sur un carton blanc , mais sur un carton coloré : l'image n'a plus la couleur complémentaire, mais bien celle qui résulte du mélange de cette couleur avec celle du carton que l'on fixe.
Enfin, je veux vous dire quelques mots des couleurs accidentelles qui se forment autour des objets dans le moment même où on les fixe. Si l'on regarde pendant un certain temps un objet coloré, qui est placé au milieu d'un carton blanc , on voit apparaître sur ses bords une auréole revêtue de la couleur complémentaire. Observez une bande de papier blanc collée sur une feuille colorée , et mettez-la près d'une fenêtre pour qu'elle reçoive le plus de lumière possible; bientôt la bande vous paraîtra avoir contracté la couleur complémentaire de celle de la feuille.
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Tous les corps blancs fortement éclairés paraissent avoir une étendue plus considérable que les objets noirs quoiqu'en réalité ils aient des dimensions égales. Cette expérience réussit assez bien en se servant de deux disques égaux, l'un noir, placé sur un fond blanc, l'autre blanc mis sur un fond noir ; ce dernier semble être plus grand que l'autre. Tous ces faits prouvent évidemment que chaque impression produite sur la rétine est accompagnée d'une auréole accidentelle, de sorte que l'excitation s'étend au delà des points de la rétine où l'image se forme.
On sait faire des applications importantes de ces principes dans tous les arts où l'on emploie des objets colorés. Si les couleurs qui sont voisines et qui s'influencent mutuellement sont complémentaires l'une de l'autre, il résulte pour elles , de leur action réciproque , un éclat plus vif : le blanc et le noir deviennent l'un plus brillant , l'autre plus foncé. Au contraire, toutes celles qui sont voisines dans la série des sept couleurs , si elles viennent à être placées les unes à côté des autres, s'affaiblissent, se dénaturent les unes les autres. Les tableaux , les tapis , les papiers peints , les décorations , en général , présentent quelquefois des effets faux , si dans leur composition on n'a pas observé les influences réciproques des couleurs voisines. Nous devons à M. Chevreul un ouvrage remarquable et complet sur ce sujet.
Je ne puis entièrement passer sous silence l'ingénieuse théorie au moyen de laquelle Plateau a essayé d'expliquer tous les phénomènes dont nous venons de vous entretenir. D'après Plateau, quand la rétine a été impressionnée et ébranlée par la lumière émanant d'un objet , et que la
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cause de l'excitation a cessé , la rétine revient à sa position normale, après une série d'oscillations décroissantes. Les états par lesquels elle passe successivement pendant la durée de ces oscillations , produisent des sensations opposées. Il y a opposition entre le noir et le blanc , et , en général , entre les effets produits par deux couleurs complémentaires. En eflfet, deux couleurs accidentelles complémentaires produisent , par leur superposition , du noir, c'est-à-dire un effet nul. Pendant la durée de l'excitation de la rétine , les points de celle-ci , qui sont voisins de ceux sur lesquels l'image se forme , éprouvent également des oscillations qui , étant identiques à celles qui se produisent sur une membrane tendue , doivent être en direction opposée de la première, de même que nous savons être, en sens contraire, les vibrations de deux concamérations Y oisines d'une plaque vibrante. Il y adone une auréole voisine qui produit Feifet d'une couleur complémentaire, ou celui d'un état opposé.
En un mot, une portion de la rétine étant dérangée de son état normal , et la cause du dérangement ayant cessé, elle revient au repos par une série d'oscillations qui varient de sens et d'intensité avec le temps. Le mouvement qui lui est imprimé se propage dans les parties voisines, s'y étend par une série d'oscillations qui varient aussi d'intensité et de sens , selon leur distance du lieu de l'impression directe.