‹ Leçons sur les prisons présentées en forme de cours au public de Berlin, en l'année 1827Chapitre 1 sur 119 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

Histoire de r«rchitocture des prisons. Il faut jr distinguer trois périodes. Dans le principe , la sûreté est le seul point de rue dominant. Pins taid ^ on a ^ard a Tintroduction du travail , i la santé , à Tinstruction morale et religieuse. Enfin , a la classification et a la surveillance. Origine de cet art en Hollande. Maison de force de G and. Angleterre. Forme de earré fermé } de carré ourert. Forme poljgonale. Forme circulaire. Séparation des bltimens destinés aux prisonnlm d'aiec celui du directeur. Ce dernier bâtiment placé an centre. Forme de segment circulaire. Howard. L'architecte Black bnm. Bcntham et son Panoptiqne. Forme de moulin à vent on forme rajonnante. L'architecte Aiusli^. L'architecte Duller. Description de la prison. Modèles proposés par la société des prisons.

Ll.iNS U première moUié de mon cours, j'ai exposé en détail lliistoire des prisons et de leur administration , et les six conditions fondamentales sans lesquelles ime bonne prison ne saurait exister : la sûreté , la santé , la surveillance , la classification « le travail , et Tinstruction morale et religieuse. Au* joard'liui je passe aux différens plans qui ont été proposés ou adoptés pour la consiruciion des pri-

sons. Telle est rimporiance de cet objet, que ses progrès et ses vicissitudes peuvent donner une mesure des progrès de tout le système des prisons. Les plans que je vous soumettrai. Messieurs, vous montreront clairement que, dans le principe, une seule des conditions énoncées , celle de la sûreté^ fut reconnue et appliquée; que, plus tard, dans la dernière moitié du 18.* siècle, lorsque les écrits de Beccaria et de Hovrard eurent attiré sur les- prisons l'attention publique , deux autres conditions furent prises en considération , celles de la santé et du travail; qu'à une époque plus reculée encore, on eut égard à la classification ; et enfin de nos jours , â la surveillances à \ instruction morale et religieuse. La surveillance surtout a exercé sur la construction et la distribution des prisons l'influence la plus in\portant« et la plus féconde en résultats.

Mais ces progrès et ces améliorations ne furent que trop souvent accompagnés de pas rétrogrades et de retours au système que l'on venait de quitter, parce qu'il n'existait pas de principes certains qui, ne perdant de vue aucune des six conditions fondamentales, combinassent entre elles toutes les innovations dont l'expérience avait déjà cens ta lé l'utilité. On n'adopta cette méthode qu'il y a dix ans , et ce fut la société anglaise des prisons qui eut le mérite in^ appréciable de prendre en considération et de rassembler avec soin tous les plans et les travaux exé-

cotes dans le passé comme dans le présent, pour «D^iorer la oonsiracUon des prisons : ce fut elle qui, après ^pelques méprises bientôt reconnues, ft^arrèta enfin au plim rayonnant y en proclama FexcelleDce, le recommanda , - Fappuya et en obtînt Tipplication dans un grand nombre de lieux.

Ce système, qui a été pour l'Angleterre une source (f avantages immenses, cest à vous. Messieurs, (|u*est réservé Thonneur de l'appliquer aux prisons de la monarchie prussienne et du continent euro* péen en général ; car de toutes les prisons qui f^y trouTeni, celle de Genève est la seule qui soit cons* trmie d'après les théories perfectionnées de Tépoque nouvelle. La grande importance des plans destinés à êin^|^ la construction des prisons , plans qui survivent de plusieurs générations a leurs auteurs, m*engage à dérouler devant vos yeux Thistoire de cette science , en m'élevant successivement du blâmable au défectueux, de la à un état d*imperfection, ensmce à un état meilleur, et enfin à celui qui me parait con<*ilier tous les avantages. J'entreprends f:etie tâche d autant plus volontiers , que mes recherches laborieuses s appuient sur les archives du ministère anglais , dont ) ai obtenu la commimication par b bienveillance de M. Peel , secréuire d État au département de llntérieur, et que sous ce rapport wrtout, comme ) éprouve un rare plaisir à le dire^ mes efforts ont été couronnés du succès. Us me

donnent les moyens d'exposer k vos yeux le tableaa de Tétai actuel des choses ^ , que jusqu'ici on ne pouvait, même en Angleterre, se procurer qu'à l'aide de voyages, de recherches, etc., et de prémunir ceux d'entre mes compatriotes qui vont se hasarder sur ce terrain nouveau pour eux , contre des méprises qui , sans parler du temps , de l'argent et des travaux qu'elles coûtent, pourraient étouffer à son berceau la cause encore si jeune et si facile à compromettre , de l'amélioration des prisons.

Il serait inutile de remonter à l'époque où un petit nombre de prisonniers , dont l'exécution ne se faisait ordinairement pas attendre, étaient renfermés par les princes ou les chevaliers dans les caveaux souterrains des châteaux -forts, et par les bourgeois dans les fortifications ou dans les hôtels-de-ville : époque qui cependant a légué à plusieurs petites villes de l'Europe actuelle des vestiges

1. Il n*y a que peu de mois encore (en Noyembre iSaG), que la société anglaise des prisons a fait publier, diaprés les plans déposes au ministère de Vintérieur, une description, par ordre chronologique, des prisons de l'Angleterre, accompagnée de plans et d'additions nombreuses {Remarkt on the form and construction of prisons with appropriate designs. Illustratèd by 0ngravingt, London, i8a6.}- Cet ouvrage, sUl eût paru quelque tbmps plus tôt, m'eût épargné des recherches difficiles et dls^ pendieuses : on y trouve tous les détails qu'on peut désirer sur les grandes prisons de VyingUterre ^ qui seules sont soumises aux nouvelles lois snr les prisons.

^e celte tnste inslitution. Je passe donc aux amélio^ niions mlrodaites dans la construction des prisons. Leur histoire commence à Tépoque où rattention puUique se dirige sur la législation criminelle et •ar les prisons: elle peut se diviser en trois périodes. Im première, qui remonte au milieu du 18.^ siècle, est surtoal remplie par les travaux de Hovrard ; elle se termine a Tannée 1791 : alors apparaît Bentham; alors aussi les décisions du parlement anglais donnent naussance aux maisons pénitentiaires. la deaxièote période s'étend de 1791 à 1820, époque k laqndle b Société anglaise des prisons, fondée trois ans auparavant, admet pour la construction des pnsoDs la forme dite rayonnante, ou étoiliey ou dé^eniail^ ou de moulin à venL EnGn , dans la troisième période, de i8ao jusqu'à nos jours, ce dernier système se propage et se réalise partout où peut s*exeroer l'influence de la Société. Jusqu'ici il a été couronné par les plus beaux succ^ès en Angleterre et en Irlande; j'ai pu moi -même lapprécier et le compart^r aux autres , et j'espère , Messieurs , daos celte Leçon et la suivante , lui gagner en vous cous autant de partisans qui contribueront à le faire introduire dans notre Allemagne.

Le pays de l*Euro[)e qui cessa le premier de fuirc dominer exclusivement, dans la construction des pcisons, le point de me de la sûreté, et qui le preniier, peut- être par esprit d'cconouiie, pai-ait

toutes les tentatives d'amélioration des philanthropes anglais. ^

Howard lui-même n'élevait pas dans le principe au-dessus du carré fermé ses espérances les plus audacieuses. Son ouvrage en donne une preuve par le plan qu'il propose (pag. ^i ti suiv.) pour la construction d'une prison de comté : on y trouve cependant déjà quelque rapprochement avec le carré ouvert^ qui commença à être mis en vigueur à la fin de la première période. Les principales améliorations de cette époque sont l'introduction de cellules séparées pour le jour et la nuit, l'établissement

1. La forme du carré fermé poar les prisons présente tant d^inconvcnîens de tout genre , qu^on a peine à en croire ses yeux, en voyant que Pécrit de Danjou, où se trouvent d^ailleurs beaucoup de choses louables, a été couronné en iSai parla Société française des prisons. Ij^antear propose de construire une .prison composée de trois bâtimens de forme carrée» emboîtés les uns dans les autres. Le carré extérieur contient les bâtimens de Fadministration \ celui du milieu est destiné aux prisonniers , ainsi que la cour qui le sépare du carré extérieur. Le carré intérieur et la cour qui le sépare du carré du milieu sont réservés aux mala'des. Ce système, semblable à une py* ramide qu^on voudrait faire reposer sur son sommet, loge dans Tenceinte extérieure le directeur cbargé de la surveillance, tandis que le centre est occupé par Tinfirmerie , qui est ellemême encore environnée de deax autres bâtimens, afin de la garantir bien soigneusement contre le danger du renouvellement de Tatr. (E. Danjou, des prisons, de leur régime et des moyens de Taméliorer; ouvrage couronné par la Société royala des prisons; Paris, 1821.)

de cours desdnées à aérer, et d'une division particuiière pour les malades, la fondaiion des chapelles dans les prisons, et quelques coinmencemens de dassificalion.

Ce ne fut qu en 1 788, dans la construction de la prison d'Exeter ^ , qu on vit appliquer pour la pre- Blière fois b transition , indiquée dans l'ouvrage de Howard, entre le carré fermé et le carré ouvert La nouvelle forme eut non - seulement lavantage <f améliorer d'une manière notable lair des cours et des batimens, en lui laissant désormais une circulation plus libre; mais encore, en multipliant considérablement le nombre des cours, autrefois étroites ci environnées de hautes murailles, et souvent réduites à ime seule, dïe amena la possibilité d une classificaiioa plus complète, et exposa les cours à rinfluence salutaire du vent et des rayons du soleil. En iaic de bâtimens de ce genre, Londres possède dans la prison de Coldbathfields un modèle qui, pour Tépoqne où elle a été construite , est loin de mériter des reproches^; d autant plus qu alors il était situé hors de portée des bàliitiens les plus voisins, dans une position très-favorable à la salubrité» tandis qu aujourd'hui il est environné de touie part par la ville, dont Tenceinte s'étend de jour en jour.

s. Bwmmrk* , p. i3. Yvj, «omî U pl«a d« Gloace&Ur, p. lo.

Une pensée qui prévalut vers la fin de cette période , et qui semble former la transition entre elle et celle qui la suit^ consiste à construire, au Ueu d'un bâtiment imîque, plusieurs batimens isolés, destinés chacun à une classe différente de prisonniers, et renfermés tous dans l'enceinte de la même muraille. Dans la prison fondée en 1788 à ShreWsburyS on avait déjà éuibli un bâtiment à part pour les femmes criminelles; mais aussitôt après l'architecte Blackbum conçut, en fidsant le plan dé la prison de Dorchester, la pensée féconde de placer la maison du directeur au centre^, et de disposer, vis-à-vis de ses quatre angles , quatre batimens destinés aux prisonniers, qui désormais, dans leurs huit cours , seraient tous exposés à une inspection unique^ bien qu'encore imparfaite, et partant du point centrnl.

La deuxième période de Tarchitecture des prisons nous présente un grand nombre de fluctuations, de méprises et de pas rétrogrades : c est pour cette raison qu'elle embrasse le long espace de trente ans. Elle commence, comme nous l'avons déjà indiqué, avec la première loi sur les maisons pénitentiaires. Cette loi, rendue en 1785, mais mise en vigueur seulement en 1791 9 provoqua un grand nombre de

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