‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivants (volume 2)Chapitre 123 sur 159 · VINGT-QUATRIEME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIEME LEÇON

I?IËCAI%lSraE DES SÉCRÉTIOIVS.

25 juin 186i.

SOMMAIRE. — Deux genres d'actions réflexes : les unes produisant la contraction d'un muscle, les autres son relâchement. — Actions paralysantes sur le cœur, sur les mouvements respiratoires, etc. — Composition des glandes. — Expériences de M. Claude Bernard sur la glande sous-maxillaire du chien. — Etat de la glande en repos. — Phénomènes qui se produisent pendant la contraction. — Ces phénomènes s'expliquent par l'action paralysante de la corde du tympan. — Phénomènes qui suivent la suppression complète du système nerveux de la glande. — Sécrétion énergique et continue qui amène la destruction de la glande. — Régénération de la glande et rétahlissement de la sécrétion à l'état normal.

Pai'mi les mouvements réflexes, il en est qui amènent un mouvement mécanique et d'autres la production d'un liquide, c'est-à-dire une sécrétion. On

ACTIONS RÉFLEXES PARALYSANTES. 391

doit se demander par quel mécanisme ce liquide peut se sécréter dans la glande sous l'influence de ces actions nerveuses. C'est ce que nous allons tâcher d'expliquer.

Mais d'abord sis^nalons deux cas bien distincts d'aclions réflexes : les unes, qui produisent la contraction d'un muscle ; les autres, qui amènent son relâchement.

L'exemple de ce dernier cas le plus anciennement connu est celui du cœur, qu'on arrête, non pas en systole (car ce serait alors l'état tétanique), mais bien en diastole, et cela par une irritation convenable des nerfs de sensibihté de la peau. Cette action se produit, comme toutes les autres, par des actions réflexes. Nous avons le nerf de sensibilité partant de la peau, et apportant V irritation^ origine première des phénomènes ; puis la cellule nerveuse à laquelle il aboutit, et qui sert de centre ; enfin le nerf de mouvement (le pneumogastrique ou spinal) arrive à la fibre musculaire du cœur. La seule différence que nous trouvions entre ce cas et les exemples ordinaires d'actions réflexes, c'est que cette influence produit ici un relâchement du muscle cardiaque au heu de le contracter. En rendant les deux espèces d'actions réflexes continues, on aura, d'un côté le tétanos, et, de l'autre, le relâchement complet et permanent du muscle. Remarquons, du reste, que, si l'on peut obtenir la contraction d'un muscle en agissant sur le

nerf de sensibilité, sur l'organe central ou sur le nerf moteur, dans l'exemple du cœur, que nous venons de citer, on peut également agir sur l'un quelconque de ces trois points; et l'effet produit sera le même, qu'on irrite les nerfs de sensibilité de la peau, la substance de la moelle ou le nerf pneumogastrique. 11 y a donc parité aussi complète que possible entre les deux cas.

Les mêmes phénomènes d'interruptions se produisent sur la respiration par suite de certaines influences morales et de phénomènes cérébraux divers. Ces mouvements ont été surtout étudiés dans ces derniers temps par M. Rosenthal. Ce physiologiste a confirmé ce qu'on avait vu déjà du pneumogastrique, mais en précisant davantage ; et il a montré que l'action paralysante, dans ce cas, était due spécialement à certains filets particuliers du pneumogastrique. Ainsi, en excitant le nerf laryngé supérieur, on arrête la respiration. Ces faits bien établis font disparaître toutes les contradictions des expériences précédentes, et ils expliquent des faits que nous avions remarqués bien des fois depuis longtemps déjà.

Quand on serre le cou d'un animal, sa respiration s'arrête aussitôt, et l'on dit qu'il étouffe parce qu'il ne peut plus respirer, l'air n'ayant plus d'accès dans ses poumons. Il n'y a pas que cette seule cause, car plusieurs fois, ayant fait une ouverture dans la trachée au-dessous de l'endroit où était pratiquée la

CONSTITUTION d'uNE GLANDE. o9-'^

pression, nous avons cependant vu l'animal suspendre subitement sa respiration, cpioique Tair pût entrer focilement dans les poumons. Le défaut d'air n'est donc pas ce qui arrête la respiration dans ce cas: l'effet produit tient à ce qu'en pressant le cou, on presse en même temps le nerf laryngé supérieur, qui arrête les mouvements respiratoires par une action réflexe.

On pourrait tronver aussi quelques actions paralysantes du même genre dans les intestins ; mais elles ont été beaucoup moins étudit'es, et sont restées plus obscures en tant qu'actions réflexes. D'ailleurs les deux exemples précédents suffisent amplement pour l'exposition des idées qui vont suivre.

Ces actions réflexes paralysantes, qui jouent un si grand rôle dans l'organisme, peuvent peut-être servir à interpréter certains ])hénomènes rest('*s jusqu'ici fort difficiles à expliquer, entre autres les sécrétions dont nous ne nous faisons pas encore une idée bien exacte, au moins quant à leur mécanisme.

Dans une glande, on trouve d'abord des cellules glandulaires, et des nerfs de toute espèce; puis des éléments contractiles, du tissu conjonclif et des vaisseaux. Mais, on ne conçoit pas l'action d'un nerf moteur sur une autre substance que sur une substance contractile, et, d'un autre coté il est certain maintenant (|ue les sécrétions sont dues à une

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action du système nerveux. Il faut donc admettre que, dans le phénomène des sécrétions, il y a une action du nerf moteur sur une substance contractile ; et, en effet, nous venons de le dire, on en trouve dans les glandes. Mais les actions réflexes du système nerveux qui dominent tous ces phénomènes produisent tantôt une contraction, et tantôt un relâchement du muscle. La sécrétion sera-t--elle due aune action contractile ? Nous pensons qu'elle est due à une action réflexe paralysante, et voici les raisons que nous ont fournies nos récentes expériences à l'appui de cette explication.

Toutes ces expériences ont été faites sur la glande sous-maxillaire du chien. Cette glande (fig. 78) forme une masse sphérique, recevant une artère de la carotide externe, et émettant un rameau veineux qui va rejoindre la veine jugulaire externe. L'action du système nerveux sur cette glande s'exerce au moyen de filets nerveux provenant de la corde du tympan et du ganglion cervical supérieur du grand sympathique; enfin elle est pourvue d'un conduit excréteur qui amène la salive dans la bouche.

La sécrétion se produit là par une action réflexe, et il est facile de le prouver en excitant le nerf lingual d'une manière quelconque. Nous trouvons encore ici les trois organes que suppose toujours une action réflexe. L'irritation produite sur le nerf de sensibilité, le lingual, se transmet par un centre qui est ici lecer-

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