‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivants (volume 2)Chapitre 20 sur 159 · DISTINCTION DE DEUX ORDRES D ÉLÉMENTS · texte numérisé non relu

DISTINCTION DE DEUX ORDRES D ÉLÉMENTS

les éléments organiques essentiels à la vie, tels que les fibres musculaires et nerveuses, etc.

Nous avons distingué deux ordres de sécrétions, les sécrétions externes et les sécrétions internes. Les organes de sécrétion interne^ tels que le foie, la rate, les glandes sanguines, apportent dans le sang certains éléments particuliers. Ainsi les cellules glvcogéniques n'ont pas d'autre rôle que de taire du sucre, matière qui entre dans la composition du sang.

Des considérations que nous venons d'exposer, on peut tirer les conclusions suivantes :

1 "" Dans l'étude des propriétés physiologiques des éléments, nous avons à considérer, d'une part, les propriétés spéciales de l'élément, et, d'autre part, les conditions de manifestation de ces propriétés, condiditions qui se trouvent dans le milieu organique tout à fait local et spécial entourant cet élément,

2" Parmi les éléments organiques, il en est qui agissent seulement par leurs produits, et d'autres directement parleurs propriétés intimes. Ainsi, tous les éléments glandulaires ont pour fonction de préparer des produits organiques qui doivent servir à d'autres éléments anatomiques qu'on pourrait ainsi considérer comme supérieurs à eux. Au contraire, les fibres musculaires et nerveuses agissent par leurs propriétés directes, qui entretiennent l'activité des organes préparateurs des milieux organiques, eu

60 l'irritabilité.

même temps qu'ils servent aux manifestations les plus élevées de l'être organisé. C'est donc un circuit continuel d'influences réciproques qui constituent l'harmonie de la vie.

Il nous faudra maintenant entrer dans l'analyse expérimentale des phénomènes élémentaires de la vie , en suivant les deux conditions qui leur donnent naissance, élément histologique et milieu. C'est ce que nous ferons dans la prochaine leçon, en commençant l'étude de l'irritabilité, qui a été considérée comme la propriété fondamentale de tous les éléments ou tissus vivants.

TROISIEME LE(m.

HISTOIRE »£ LA THÉORIE DE LTRRIT.VBILITÉ. PREiVIIÈRE PÉRIODE.

22 mars 18Cà.

SOiMMAIRE. — Tois ordres de matières dans l'être vivant : P malières minérales ; 2" matières organiques mais non organisées ; 3° éléments organitjues.

De l'irritabilité comme propriété fondamentale des tissus vivants.

— Histoire de la théorie de l'irritabilité. — Doctrine de Glissoii (1672). — Pacchioni et Baglivi. — Animisme de Stahl ; objections qu'il soulève. — Retour à la doctrine de l'irritabilité : Gorler(t748), Winter, Lups et Gaub. — Haller (1777).— Deux propriétés vitales : irritabUilé (contractilité), siégeant dans la libre musculaire; sensibilité, siégeant dans la fibre nerveuse.

— Controverses soulevées par les idées de Haller. — Les uervistes. — Le vitalisme et le matérialisme. — Le principe vital est une hypothèse inutile.

Nous avons reconnu dans l'êti'e vivant trois ordres de substances :

1° Des substances minérales se ramenant toutes à

62 LlRRlTABlLirÉ.

quatorze corps simples dont nous avons donné la liste dans ia dernière leçon ; mais ces corps simples ne s'y trouvent pas en général à l'état de liberté, sauf l'oxygène et l'azote dissous dans le sang. Encore beaucoup de physiologistes ont-ils pensé que 1 oxygène se trouvait là à l'état de combinaison, fort instable il est vrai, avec les globules du sang. D'autres admettent qu'il s'y trouve à l'état d'oxygène actif ou d'ozone.

'2" Des composés organiques, mais non organisés (principes immédiats), les uns azotés, les autres qui ne le sont pas, dissous en grande partie dans les liquides de l'organisme.

Ces deux premières espèces de substances constituent le milieu dans lequel vit une troisième espèce de corps que nous avons particulièrement k considérer.

o" Les éléments anatomiques ou organiques, cellules et fibres, présentant en général des formes déterminées, solides par conséquent, sauf peut-être ce qu'on appelle le proto plasma.

Ces trois ordres de substances se retrouvent dans tous les êtres vivants, depuis les plus compliqués jusqu'aux plus simples, soit animaux, soit végétaux.

Mais les matières des deux premiers ordres sont en quelque sorte passives dans l'organisme, et servent simplement à constituer les milieux intérieurs des éléments anatomiques. Seuls ces éléments anatomiques sont actifs, et ils influent sur le milieu qui

CARACTÈRE VITAL ESSENTIHL. 63

les entoure à la façon d'organismes élémentaires. Is possèdent tons la propriété de réagir sous l'influence des excitants en manifestant leur activité spéciale.

Puisqu'il n'y a que les éléments anatomiques qu soient vivants, ce sont eux seuls qui pourront nous donner les caractères de la vie. Or, chaque tissu présente des propriétés différentes, et l'on serait ainsi tenté de dire ([u'il n'y a pas de caractère vital essentiel. Cependant les physiologistes ont essayé de déterminer ce caractère vital essentiel au milieu des variations de propriétés des tissus , et ils l'ont appelé Yirrilahilité^ c'est-à-dire l'aptitude à réagir physiologiquement (par un phénomène spécial) contre l'influence des circonstances extérieures, comme l'indique le mot lui-même. Cette propriété n'appartient ni aux matières minérales, ni aux matières organiques. C'est le privilège exclusif de la matière organisée et vivante, c'est-à-dire des éléments anatomi- (pies vivants, qui sont, par conséquent, les seules parties irritables de l'organisme. Tous les êtres vivants sont donc irritables par les éléments histologiques qu'ils comprennent , et ils perdent cette propriété au moment de la mort. La propriété d'être irritable distinguerait donc la matière organisée de celle qui ne l'est pas; et, de plus, parmi les matières organisées, elle distinguerait celle qui est vivante de celle qui ne vit plus. En un mot, l'irritabilité caractériserait la vie.

64 LlRRlTABILITli.

La matière par elle-même est inerte , môme la matière vivante, en ce sens qu'elle doit être considérée comme dépourvue de toute spontanéité. Mais cette matière vivante est irritable, et elle peut ainsi entrer en activité pour manifester ses propriétés particulières , ce ([ui serait impossible si elle était à la fois dépourvue de spontanéité et d'irritabilité. L'irritabilité est donc la propriété fondamentale de la vie.

La question de l'irritabilité est par suite une question extrêmement importante , et l'on peut dire qu'il n'en est aucune qui le soit davantage; cependant elle a donné lieu à bien des discussions, et elle a été quelquefois obscurcie, oubliée même, pour J reparaître bientôt ensuite sous une autre forme. Il est arrivé plus d'une fois, et il arrive encore souvent que Ion confond l'irritabilité, qui est une propriété générale de la matière vivante, avec certaines propriétés spéciales de tissus ou d'éléments anatomiques déterminés. On applique donc ce mot à des choses souvent très- différentes les unes des autres, et il devient dès lors indispensable d'indiquer le sens qu'il a pris aux époques successives de la science. Pour cela, nous devons faire l'histoire de la théorie de l'irritabilité.

Ce mot apparaît pour la première fois à la fin du XVII* siècle. Avant cette époque, on essayait d'expliquer la vie par l'animisme de Platon et d'Aristote, ou par le naturisme d'Hippocrate , doctrine qui

r.LissoN. 05

admettait une àmc du monde animant et réglant toutes choses, et, par conséquent, la vie comme tout le reste. C'est à la fin du xyh' siècle que la question se localise par le mot et aussi par les faits qui lui correspondent.

Glisson (1672) est le premier physiologiste qui attribua aux animaux une force spéciale déterminant les mouvements organiques. Il appela cette force irritabilité^ parce qu'elle était mise en activité par des influences extérieures diverses, qu'il nommait causes irritantes^ et qui manifestent ainsi les proprit'tés des corps organisés. Glisson attribua à toute matière vivante la faculté d'irritabilité, c'est-à-dire une aptitude particulière à percevoir les causes irri • tantes avec une tendance à réagir contre elles par des mouvements qu'il considérait en général comme des contractions.

Glisson analysa tous ces phénomènes avec soin , et il chercha à séparer nettement la perception de l'irritabilité, de la sensibilité ou de la sensation. Il admit trois manières distinctes de percevoir les causes irritantes , trois sortes d'irritabilités : Y irritabilité naturelle, V irritabilité sensitive, et enfin, celle qui dépend de la volonté. La première appartient à la fibre animale, en général, et môme au sang et aux humeurs. La seconde s'opère sur la fibre irritable par l'intermédiaire des nerfs irrités. Enfin, la troisième appartient à la volonté, c'est-à-dire au cerveau, qui met loi. muscles en mouvement |)ar une

excitation partie de l'intérieur. Ainsi, Glisson admettait non-seulement des excitations extérieures, mais encore des excitations internes, car le cerveau était à ses yeux l'irritant du nerf.

La théorie de Glisson se résumait donc en une force motrice, organique ou vitale, inhérente à l'organisme, V irritabilité, force qui est sollicitée à entrer en action, soit par des irritations extérieures, soit par des irritations intérieures engendrées dans le corps vivant lui-même.

Les contemporains de Glisson le comprirent peu. Entraînés par les doctrines iatromécaniques qui régnaient alors, ils ne saisirent pas ce qu'il y avait d'essentiellement physiologique dans cette idée de l'irritahilité qui enlève à la matière vivante toute spontanéité d'action, et place toujours l'origine des mouvements qui l'animent dans des causes irritantes placées en dehors d'elle. Ils cherchèrent l'explication des phénomènes vitaux dans le mouvement direct et spontané des diverses parties du corps vivant.

A la même époque, Pacchioni et Baglivi développèrent des idées qui semblent, au premier abord, se rapprocher de celles de Glisson, mais qui en diffèrent cependant beaucoup. Ils faisaient dériver tous les mouvements organiques des contractions de la duremère, une des enveloppes du cerveau, contractions qu'on pouvait observer, en effet, sur l'animal vivant, eu lui ouvrant le crâne. Cette idée, qui avait probablemenl aussi sa source dans les observations

Page 1