‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivants (volume 2)Chapitre 27 sur 159 · BROWN ET BROUSSAIS · texte numérisé non relu

BROWN ET BROUSSAIS

taie n'était pas autre chose qu'une hypotln'se : Brown le mit en évidence, et indiqua les deux conditions inolispensables à l'existence des phénomènes vitaux, un organisme et un milieu convenable. Il reconnaît donc pleinement la dépendance forcée dans laquelle est la vie par rapport aux influences extérieures, chaleur, air, eau, aliments, etc., qui agissentsur l'organisme. Il appelle incitamenla, les causes extérieures qui mettent ainsi en activité les corps vivants, et donne le nom à'incitabilité à la propriété que possède la matière vivante de réagir contre les causes extérieures qui linfluencent. L'incitabilité de Brown est donc exactement la même chose que l'irritabilité de Glisson, et les incitants de l'un sont les irritants de l'autre: le mot seul a changé.

Le système de Brown eut beaucoup de retentissement, non -seulement parmi les physiologistes, mais aussi parmi les médecins, et la doctrine de Broussais n'est pas autre chose que l'application des idées de Brown à la pathologie. Broussais admettait en effet des incitants pathologiques comme des incitants physiologiques ou normaux, et c'est ainsi {[u'il pouvait considérer toutes les maladies comme le résultat d'une iri'itation.

Cependant le système de Brown était incomplet, et il y avait bien des objections à lui faire Sans doute, ce physiologiste considérait toutes les influences entourant l'être animé comme des incitants, c'est-à-dire des causes, sinon efficiente;-', du

Cl.. Br.iiN uni.

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moins occasionnelles des phénomènes vitaux ; maisil ne distinguait pas les incitants spéciaux les uns de^v autres, et, ne tenant compte que de leur intensité, il semblait admettre qu'ils avaient tous la même nature, en tant qu'incitants, et la même action sur tous les tissus vivants. Ce point de vue ne pouvait sufiire : il faut distinguer à la fois la qualité et la fjuantité de l'incitant, et cette dernière, comme nous allons le montrer tout à l'heure, varie, soit par la quantité du corps incitant lui-môme, soit par lincitabilité plus ou moins grande de la fibre vivante qui n'agit.

Bro^vn admettait l'incitabihté dans tous les tissus solides. Quant aux liquides, il ne les croyait pas^ incitables, mais les considérait comme contenant des incitants intérieurs, qui agissaient sur les tissus solides de la même manière que les incitants extérieurs. 11 est facile de voir que cela revient exactement à la distinction que nous avons faite entre les milieux extérieurs et les milieux intérieurs de l'organisme.

Lamarck ne fit pas grand'chose de neuf dans la question qui nous occupe, et elle ne lui dut pas de progrès bien notables. Dans sa Zoologie philosophique, il distingue, à côté de l'irritabilité, une propriété spéciale qu'il appelle orgasme, et qu'il définit à peu près l'intensité de vie existant dans chaque organe. Du reste, cette distinction introduite par Lamarck,

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et le mot nouveau ([u'elle rendait nécessaire, furent bien vite oubliés après lui.

Avec Tieilemann , la terminologie se modifie de nouveau. Il appelle excilahiliié ce que Brown avait nommé incilabililé, et Glisson irrUabUité. Les irritants de Glisson devenus les incitants de Brovvn, changent donc encore une fois de nom pour s'appeler excitants. Mais, au fond, c'est toujours la même chose, et ces variations de mots sans importance, dont il suffit d'être prévenu, n'empêchent pas de voir dans toutes ces doctrines un développement naturel des idées de Glisson.

Tiedemann va plus loin que Brown, car il admet l'excitabilité même dans les liquides de l'organisine : tout ce qui vit est excitable ; l'œuf est excitable, le sang est excitable , les plasma ou blastèmes sont eux-mêmes excitables, et peuvent amener dans leur sein la production d'êtres vivants au milieu d'une matière amorphe. Il admettait donc la génération spontanée. En résumé, tout excitant peut solliciter à entrer en action la matière organisée et vivante , quelle qu'elle soit.

Mais Tiedemann ne s'arrête pas là; il distingue les excitants entre eux , suivant que les mouvements produits dans l'organisme sous leur influence sont apparents , comme les mouvements des membres , ou invisibles, comme ceux de la nutrition : dans ces

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<loux cas, ce sont toujours des excitants, mais k'iri-

nature n'est plus la même.

Tiedemann a voulu aussi distinguer nettement les excitants des actions physico-chimiques. Dans une action chimique, il y a entre les corps intervenants, entre l'action et la réaction, un rapport mécanique, c'est-à-dire que la composition des cor[is intervenants est changée, et qu'ils cèdent une partie de leur substance au nouveau corps qui se forme. L'action vitale ne présente rien de semblable ; l'excitant est tout à fait étranger aux modifications c[ui se produisent dans l'intérieur de l'organisme. Il y a en chimie des phénomènes, pour lesquels on a créé un terme spécial, et qui font bien comprendre ce genre d'action : c'est ce qu'on appelle les phénomènes catahjttqucs ou actions de présence. L'excitation serait donc une sorte d'fiction de présence, le corps excitant ne cédant rien au corps excité et n'agissant que par sa seule présence.

Virchow. qui vient ensuite, suit les idées de Tiedemann et de Brown, qui n'avaient fait eux-mêmes que reprendre celles de Glisson ; parmi les diverses expressions proposées, il préfère celle de Glisson, l'irritabilité, et il admet, comme ses devanciers, que tout ce qui est vivant est irritable et que tout ce qui est mort ne l'est pas. C'est un point sur lequel on est universellement d'accord aujourd'hui. Seulement, Virchow distingue mieux que ne l'avait fait Tiède-

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iiiaun, la spécialilé des irritants et des irritabilités diverses. Ainsi, le muscle a sa propriété particulière, le nerf en a une autre, et les cellules épithéliales ou glandulaires également. Il considère l'ors^anisme, ainsi qu'on l'a Mi souvent du reste, comme une sorte iVinstitiUion sociale organique. A côté des irritants physiologiques , il admet explicitement des irritants pathologiques , source des maladies qui nous affligent. Enfln, il reconnaît trois espèces d'irritabilité : V irritabilité fonctionnelle^ Y irritabilité nutritive et Virritabililé de formation ou de développement, qui préside (à la formation des parties vivantes. Il n'y a, en effet, (pie trois choses dans un être vivant, sa fonction, sa nutrition, son développement; et chacune de ces trois choses a ses irritants spéciaux, comme son irritabihté particulière. Encore l'irritabilité de développement peut-elle, suivant moi, se ramener à Tirritabilité nutritive, dont elle n'est, à vrai dire, qu'une des manifestations.

Ainsi , pour nous résumer, on est arrivé aujourd'hui à considérer l'irritabilité comme le caractère essentiel de la matière vivante. S'il y a encore quelques dissidences d'opinions, elles sont peu importantes, et tout le monde s'accorde au moins pour reconnaître deux choses comme indispensables à la manifestation des phénomènes vitaux :

1° Une organisation et des propriétés données par celte orsjanisation, c'est-à-dire une matière vivante.

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Les forces inhérentes et spéciales à cette matière vivante ne peuvent évidemment lui venir de la matière brute; elles sont un résultat de l'organisation .

2° La matière vivante ne manifesterait jamais ses propriétés , si le milieu qui l'entoure ne lui en donnait l'occasion par des irritants spéciaux qui constituent des conditions extérieures à la partie excitée.

La théorie de l'irritabilité comprend ces deux éléments, et toutes les fois que nous voudrons analyser un certain ordre de phénomènes, nous nous attacherons à faire ressortir parallèlement ces deux conditions.

On peut dire que l'irritabilité est de deux espèces, car nous avons déjà reconnu avec Yirchow l'irritabilité fonctionnelle et l'irritabilité nutritive, qui comprend l'irritabilité de développement, et il faut y ajouter les irritants toxiques ou anormaux. 11 est difficile, dans une leçon générale, de faire l'histoire des différents irritants. Mais, pour mieux indiquer quelles sont nos idées sur cette question fondamentale, nous allons prendre quelques exemples.

Il faut d'abord constater qu'il y a des irritants de plusieurs natures; et nous les répartirons en trois classes très-distinctes ; les irritants physiques , les irritants chimiques et les irritants vitaux.

Les irritants physiques sont très-nombreux ; ce sont la chaleur, l'air, la lumière, l'humidité, etc.; ils peu-

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vent être des irritants fonctionnels, nutritifs, on de développement, suivant qu'ils concourent à la manifestation de phénomènes fonctionnels, nutritifs ou de développement; mais, au fond, ils ne diffèrent pas sensiblement dans ces divers cas. Ainsi, la lumière est souvent un élément nutritif; il nous suffit de citer les phénomènes qui se produisent dans les parties vertes des plantes : plongées dans l'obscurité, ces organes ne sauraient assimiler leur aliment propre, l'acide carbonique, qui les baigne pourtant de toutes ]jarts ; il leur faut un irritant qui détermine cette ajjsorption, et cet irritant c'est la lumière.

Le rôle d'irritant nutritif peut être également rempli par un irritant d'une autre nature , par exemple, par un irritant chimique. Ainsi, d'après des travaux récents, et notamment d'après ceux de M. Pasteur, la fermentation alcoolique serait un phénomène de nutrition de la levure de bière, qui augmenterait de volume et se multiplierait rapidement de cette façon. Pour que cette levure de bière se nourrisse, il lui faut d'abord un ahment, une matière azotée ou terreuse ; mais cela ne suffit pas ; il lui faut encore un irritant particulier, un irritant nutritif; et cet irritant, c'est le sucre. Il est l'excitant nutritif propre de la levure de bière; mais ce nest point là pour lui une propriété générale, car son influence ne développe pas de phénomènes analogues dans d'autres substances organisées ; bien plus, M. Dujardin a constaté qu'une quantité déterminée

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de sucre mise dans un liquide y donnait immédiatement la mort à certains infusoires qui s'y développaient auparavant d'une manière régulière. Ce sont là du reste des faits exceptionnels qui ont encore besoin d'être étudiés.

Un autre exemple, non moins intéressant, c'est la fermentation du tartrate double d'ammoniaque, qui fournit deux acides tartriques présentant exactement lu même composition chimique, mais caractérisés par une dyssymétrie moléculaire très-remarquable, lun déviant à gauche la lumière polarisée, et l'autre la déviant à droite. Ces deux acides, identiques par leur composition chimique, ne le sont plus quand on les considère comme irritants nutritifs, car ils agissent dune manière différente sur certains ferments organisés. Beaucoup de corps peut-être sont dans le même cas au milieu des organismes vivants.

Un irritant vital est celui qu'on ne trouve que dans certaines conditions particulières créées pail'organisme. Quelques exemples vont mieux faire sentir ce qu'on doit entendre par là. En distinguant les irritants des parties organisées, nous avons dit que l'irritant est tout ce qui est extérieur à l'organisme; mais nous n'avons point voulu dire par là que l'irritant soit nécessairement hors du corps organisé. Ainsi, le nerf est l'irritant du muscle, et il fait partie du corps; mais il est extérieur au muscle. Le nerf de sentiment est l'irritant du nerf m.oteur, qui n se comprendrait pas sans cela ; le nerf du mou-

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