‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivants (volume 2)Chapitre 83 sur 159 · NERFS MOTEURS ET NERFS SENSITIFS · texte numérisé non relu

NERFS MOTEURS ET NERFS SENSITIFS

termes de cette hypothèse : il admit que les racines postérieures correspondaient aux nerfs de sentiment, et les racines antérieures aux nerfs de mouvement. Enfin, c'est Magendie qui établit définitivement cette théorie par ses nombreuses expériences.

Voici comment Charles Bell procéda. En faisant des observations sur les mouvements de la face, il remarqua que ces mouvements peuvent être arrêtés par suite de la perte des nerfs de la septième paire. Il fit alors des expériences sur des chevaux, et il vit que si l'on détruisait les rameaux de la cinquième paire, la sensibilité était perdue, tandis que les nerfs de la septième paire, restés intacts, pouvaient conserver la faculté' motrice. Ce fait bien étabh, Charles Bell en conclut que la sensibilité et le mouvement étaient toujours conduits par des nerfs distincts, et que, dans les nerfs spinaux, chaque. espèce de fibre nerveuse correspondait régulièrement à la même rangée de racines. Magendie démontra les fonctions des nerfs en opérant sur des chiens. Millier fit aussi des expériences sur les grenouilles, parce qu'elles résistent très- bien aux vivisections, et que leurs tissus conservent fort longtemps leurs propriétés vitales. Dans toutes ces expériences, on vit très-clairement qu'en coupant les racines postérieures, on détruisait toute sensibilité, tandis que le mouvement était parfaitement conservé ; au contraire, si l'on coupait les racines antérieures, le mouvement était perdu et la sensibilité restait intacte.

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Des altérations pathologiques produisetit d'ailleurs les mêmes effets.

Il y a maintenant un autres moyen d'établir cette distinction des nerfs de sensibilité et des nerfs de mouvement : C'est l'empoisonnement par le curare, qui, n'atteignant que le nerf moteur, détruit la faculté motrice et laisse intacte la faculté sensitive, comme nous le verrons dans la prochaine leçon. Ces expériences démontrent clairement que le nerf moteur peut être empoisonné sans que le muscle ni le nerf sensilif soient atteints ; et c'est pour cela que nous considérons le nerf moteur comme un élément parfaitement distinct, au point de vue physiologique.

Le nerf moteur va aux muscles vers la périphérie ; il part de la moelle, par laquelle il tient aux centres nerveux. En effet, tous les nerfs qui aboutissent aux muscles ne sont que des conducteurs destinés à transmettre à ces muscles l'action des centres nerveux.

Charles Bell, à la suite de ses études sur les propriétés des nerfs seusitifs et moteurs, avait conçu un système de classification quia disparu. Il admettait dans la moelle épinière deux espèces de nerfs moteurs : les nerfs des mouvements volontaires, et les nerfs des mouvements involontaires, ou nerfs des mouvements respiratoires. — Maintenant, on les confond tous sous le nom de nerfs moteurs, parce qu'ils ne présentent entre eux aucune différence physiologique essentielle.

NERFS MOTEURS Kï XERFS SENSFIIFS. !2'll

Les nerfs moteurs, provenant ties racines antérieures, et les nerfs de sensibilité, partis des racines postérieures, se distinguent du reste très-facilement par une particularité anatomique (fig. M). Les ra-

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Fig. 47. — Les deux racines près de leur origine dans la moelle (d'après Leydig).

.'1. Racine sensible, cl sur elle le ganglion avec les globules ganglionnaires bipoliiircs. — B, La racine motrice. — C. Rameau postérieur du nerf de la moelle. — D. Rameau aiUcriciu'. Fort grossissement. y

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cines postérieures possèdent, en effet, des ganglions ou renflements nerveux, placés à une petite distance de leur sortie de la moelle ; la jonction du nerf sensitif avec le nerf moteur correspondant a lieu un peu après ce ganglion. Quant aux propriétés de ces deux séries déracines, Charles Bell croyait qu'elles étaient tout à tait distinctes et séparées, de telle sorte que les l'acines postérieures étaient complètement dépourvues de faculté motrice, tandis que les racines antérieures n'avaient suivant lui aucune sensibilité. Du reste, Charles Bell n'était pas expérimentateur. La seule expérience qu'on cite de lui aurait été faite sur un lapin récemment sacrifié, et il aurait constaté qu'en pinçant les racines antérieures, il obtenait un mouvement dans les muscles ; puis, il arriva à conclure par exclusion les fonctions des racines postérieures. Magendie fit toutes ses ex])ériences sur des animaux vivants. H montra que les racines antérieures étaient sensibles et que l'animal éprouvait de la douleur quand on les pinçait, contrairement aux opinions de Charles Bell. Ce qui n'empêche pas que si Ton coupe la racine antérieure, on détruif tout mouvement dans la partie où se distribuait la racine coupée, sans altérer en aucune façon la sensibilité, et inversement, si l'on coupe la racine postérieure, le mouvement est conservé et la sensibilité disparaît dans les parties desservies par cette racine. Mais ce double résultat, parfaitement établi, ne démontre pas la vérité de la théorie de Charles Bell, car il n'est pas

SENSIBILITÉ RÉCURRENTE. ''HlO

moins certain que les deux racines sont toutes les deux sensibles : ce qui est tout à fait opposé à ses idées.

Le nerf moteur, quoique conduisant Faction motrice, est certainement sensible. Mais la sensibilité y suit une marche toute différente de celle que nous constatons dans le nerf de sentiment. En effet, si l'on coupe la racine postérieure, on a deux bouts : l'un, ([ui tient à la moelle, c'est le bout central ; l'autre, (jui lient au ganglion, c'est le bout périphérique. Pinçons maintenant les deux bouts : celui qui tient ;i la moelle a conservé toute sa sensibihté, l'autre l'a complètement perdue; la sensibilité vient donc ici du centre. Coupons maintenant la racine antérieure en laissant la racine postérieure correspondante intacte, nous aurons toujours deux bouts ; l'un central, l'autre périphérique, et nous verrons ici que le bout central est insensible, tandis que le bout qui tient à la périphérie est resté doué de sensibilité. La sensibilité ne vient donc plus du centre comme dans la racine postérieure, elle vient de la périphérie. Cette sensibilité de la racine antérieure est une sensibilité d'emprunt qu'elle prend par ses connexions avec la racine postérieure. Et, en effet, quand on coupe la racine antérieure, le bout périphérique ne conserve sa sensibilité qu'à la condition que la racine postélieure soit intacte ; si cette dernière est également coupée, la sensibilité, ne pouvant plus parvenir au bout périphérique du nerf de sentiment, ne saurait évidemment passer de là au bout périphérique du

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nerf iiioteiir. Aussi, des quatre bouis (^u'on a dans ce cas, il n'y en a plus qu'un de sensible, c'est le bout central de la racine postérieure, parce que la sensibilité y vient du centre.

Charles Bell avait considéré la moelle épinière comme un gros nerf, et il pensait que les nerfs ne faisaient que se continuer dans la moelle. Mais celte idée est tout à fait inadmissible aujourd'hui. Les nerfs sont formés par de petits tubes ayant une composition et une structure particulières : ils se décomposent donc histologiquement en tubes Oiil y a d'autres éléments dans la moelle épinière.

Fig. 48. — Fibres nerveuses (d'après Leydig).

A. Fibres ù bords foncés. — a. Fibres larges. — 6. Fibres (iiies devenues variqueuses. — B. Fibres à bords pâles (libres de Rcinak). — C. Degrés intermédiaires entre ces deu\ genres de fibres. (Fort grossissement.)

L'élément hislologique du nerf moteur (fig. /|8 et /i9), c'est un petit tube rempli d'une substance

STRUCTURE Di:S XERFS MOTIXRS. 2/15

\\%. 49, — Cellules et fibres nerveuses réunies (d'après Leytiig).

A. Doux cellules fianglionnaircs multipolaires du locus ccrulcus ûc riiorame avec une commissure en a. — li. Globule ganglionnaire ilu cervelet du Requin h mnrteau. — a. L'une de ses ramifications pâles : elle s'épaissit et s'enveloppe d'une gaine graisseuse^ b. — C. Fibrille nerveuse du ganglion trijumeau du Sci/mnm Hchia après avoir été traitée par l'acide chromiquc. — a. Cylindre-axe qui se perd directement dans la substance granuleuse du globule ganglionnaire. — En h, elle nest plus entourée que pai' la gaine nerveuse homogène. — f. Xoyauv ih' la uaine nerveuse.

240 l'élément nerveux.

spéciale, et au milieu duquel se continue un cordon central, nommé cylindre de l'axe {cylinder axis). La matière qui remplit ce tube est une substance albuminoïde, demi-fluide et transparente pendant la vie, qui se coagule après la mort. Quand on coupe le nerf, cette moelle nerveuse forme une exubérance qui sort du tube. Au milieu se trouve, comme oni vient de le dire, le filament ou le cylindre -axe du nerf, qui en forme la partie essentielle et vraiment] fonctionnelle. Le tube et la moelle qu'il contient' ne sont que des organes protecteurs, tandis que le cylindre de Taxe est la partie conductrice. Quand un nerf doit pénétrer dans les tissus d'un muscle, c'est le cylindre de l'axe qui s'y engage seul, abandonnant ses enveloppes protectrices. Du reste, chez certains animaux, le cylindre de l'axe paraît être nu.

Nous retrouverons cette structure à très-peu près la même, en parlant du nerf sensitif. Quant aux particularités qui distinguent plus ou moins le nerf moteur, bornons-nous à dire que les tubes nerveux qui le composent sont, en général, un peu plus gros que ceux des nerfs sensitifs, la composition de ces derniers restant d'ailleurs la même. Enfin, les cellules nerveuses motrices sont un peu plus grosses que les cellules sensitives.

En pénétrant dans la moelle épinière, le nerf moteur est pourvu de ses trois parties, telles que nous venons de les décrire; là, la moelle disparaît, et les parois du tube se rapprochent du cylindre de l'axe, de

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