‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivants (volume 2)Chapitre 97 sur 159 · IDÉES ANCIENNES SUR LA MOELLE · texte numérisé non relu

IDÉES ANCIENNES SUR LA MOELLE

tion des racines antérieures et n'avaient aucune sensibilité , non plus que ces racines antérieures elles-mêmes; ils conduisaient exclusivement l'influence motrice, tandis que les faisceaux postérieurs, incapables de transmettre cette influence motrice, étaient en revanche doués de sensibilité au même titre et de la même façon cpie les racines postérieures et les nerfs sensitifs. Toutes ces idées, déduites en oénéral de lanatomie, étaient fausses. L'expérimentation fait voir en effet que la moelle épinière n'est pas la simple continuation des nerfs : elle a des éléments distincts jouissant de propriétés toutes spéciales que nous aurons à examiner.

DIX-NEUVTEME LEÇON.

DE LA ."TIOELLE ÉPIIMÈRE.

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SOMMAIRE. — La moelle cpinière n'est pas la simple continuation des nerfs rachidiens. — Elle n'a ni sensibilité ni faculté locomotrice. — Examen des expériences invoquées en sens contraire.— Des mouvements réflexes; leur nature. — Us supposent une action des nerfs sensilifs sur les nerfs moteurs. — Travaux de M. Jacubowitch sur la constitution de la moelle épinière. — Cellules nerveuses. — Commissures des cellules sensitives et des cellules motrices. — Substance blanche et substance ginse : c'est dans la substance grise cpi'est le centre des actions réflexes; la substance blanche est simplement conductrice. — Généralisation des actions sensitives : il n'en est pas de même des actions qui portent sur le système moteur.

Il y a relativement à la physiologie de la moelle épinière un fait aujourd'hui bien établi : c'est que les racines antérieures président à l'influence motrice,

PKOl'UIhTËS Dli I.A MOEIJ.E. SOI

et les racines postérieures à la sensibilité. Maintenant on considère surtout la moelle épinière comme un centre nerveux, quoiqu'elle serve aussi à conduire la sensibilité et le mouvement. On trouve tout à la fois dans la moelle épinière de la substance blanche et de la substance grise, et nous verrons que cette dernière, formée de cellules, est caractéristique des centres nerveux, tandis que la substance blanche, formée de fibres, est spécialement conductrice de l'influence nerveuse.

Charles Bell supposait que les faisceaux postérieurs de la moelle épinière, continuant les racines de sensibilité, étaient eux-mêmes très-sensibles, tandis que les faisceaux antérieurs, conducteurs exclusifs de l'influence motrice, ne l'étaient pas du tout. Mais des expériences récentes ont appris que la moelle épinière est insensible, c'est-à-dire indolore, dans toutes ses parties.

Le premier fait à établir, c'est que la moelle épinière n'est pas la continuation des nerfs.

Lorsqu'on met la moelle épinière à découvert sur un animal vivant, on distingue facilement les deux séries de racines , racines postérieures d'un côté , racines antérieures de l'autre. Si nous coupons quelques-unes de ces racines postérieures, nous ne trouverons plus de traces de sensibilité dans les parties où se distribuaient les nerfs ainsi coupés. Les racines postérieures jouissent donc exclusivement de la fa-

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ciiltL' lie tninsiiiettre la sensibilité ; on ne peut [)as interpréter autrement ces résultats de l'expérience. Mais les propriétés de ces racines se continuent-elles dans les parties correspondantes de la moelle? voilà ce qu'il faut voir.

Si Ion pique les faisceaux postérieurs de la moelle épinière, une vive sensibilité se manifeste aussitôt par des mouvements précipités et convulsifs , indices non équivoques de la douleur. Au contraire, si nous irritons les faisceaux antérieurs, nous obtiendrons seulement des mouvements modérés, sans manifestation de souffrance chez l'animal. Cela, semble donc bien, au premier abord, justifier la théorie de Charles Bell. Mais, quoique les faits soient exacts en eux-mêmes, les expériences étaient mal interprétées, et elles ne prouvent pas du tout ce (]u'elles avaient la prétention d'établir. En efTet, les racines postérieures pénètrent dans la moelle épinière par des filets qui s'étalent plus ou moins et se terminent chacun dans une cellule, laquelle ne jouit plus des mêmes propriétés, et constitue un élément histologique différent. Mais jusqu'à cette cellule, origine véritable du nerf sensitif, toutes ces propriétés persistent. Or, en piquant ou en irritant la moelle épinière d'une manière quelconque, on irrite en même temps ces filets nerveux des racines postérieures, et l'on attribue à l'une ce qui ne convient qu'aux autres. Cette confusion arrive toujours ijuand on opère sur des animaux chez lesquels les racines

PROPRIÉTÉS UE LA MOELLE. .')0o

postérieures sont fort rapprochées les unes des autres, par exemple des lapins, et aussi des chiens. Mais si nous prenons le cheval pour sujet de nos expériences, comme les racines postérieures sont beaucoup plus espacées, nous pourrons alors, en ayant soin de nous placer exactement entre deux racines consécutives, éviter cette cause d'erreur. La piqûre ainsi feite dans la moelle épinière n'atteindra plus que la moelle seule, et les filets des racines postérieures restés à l'abri de toute blessure ne viendront plus troubler l'expérience par des phénomènes étrangers. En opérant ainsi, on ne trouve plus de sensibilité dans la moelle épinière, comme quand on pique non loin de l'origine des racines postérieures.

On pourrait arriver au même résultat en prenant des animaux qui survivent assez longtemps à la section des racines postérieures, par exemple des grenouilles. On coupe les racines postérieures à leur entrée dans la moelle, ne pouvant les couper plus avant, et l'on détache ainsi le ganglion intervertébral, qui est, nous l'avons dit. la cellule trophiquc du nerf sensitif. Les filets des racines postérieures restés engagés dans la moelle ne peuvent donc plus se nourrir, et dépérissent au bout de quelques jours. Quand ce dépérissement s'est propagé jusqu'à la cellule, origine des racines postérieures, on peut piquer la moelle et l'irriter d'une manière quel- •^onque, sans obtenir le inoindre indice de douleur,

oO/l L'iiLliMlîNï NERViaiX.

car on ne rencontre plus de filets nerveux sensitiis que les blessures faites à la moelle épinière puissent atteindre en môme temps qu'elle. L'insensibilité de la moelle épinière est donc un fait établi par les expériences et tout à fait incontestable.

Ainsi, c'était une erreur de croire que les propriétés des racines postérieures se continuaient dans les faisceaux correspondants de la moelle épinière. Cette opinion de la continuité des racines et de la moelle aura-t-elle plus de force pour ce qui concerne les racines antérieures, et devrons-nous admettre que les propriétés motrices de ces racines persistent dans les faisceaux antérieurs de la moelle? En aucune façon. L'expérience va également la condamner.

Cependant, en irritant les faisceaux antérieurs de la moelle, on peut obtenir des mouvements trèsnets. Mais ces résultats, vrais comme faits bruts, sont entachés de la môme erreur d'interprétation que les expériences relatives aux faisceaux postérieurs. Ici encore on a commis une confusion dans l'interprétation des phénomènes. S'il se manifeste des mouvements, c'est qu'en piquant la moelle épinière, on a piqué en môme temps les filets des racines antérieures, qui ont produit des mouvements directs, ou bien des filets sensitifs qui, sous l'influence de cette irritation, ont produit des mouvements réflexes , et l'on a pris ces mouvements

MOUVEMENTS RÉFLEXES. oOf)

réflexes pour des mouvements directs. Voilà d'où vient Terreur. Van Deen a insisté sur les causes de tous ces phénomènes. Il a prouvé la distinction complète des nerfs et de la moelle épinière, au point de vue des propriétés physiologiques. En effet, si l'on dépouille une partie de la moelle de toutes ses racines, tant antérieures que postérieures , on peut l'irriter d'une manière quelconque, y faire passer des courants électriques, la brûler au fer rouge, la pincer, la piquer, la contondre, sans produire le moindre résultat. La moelle épinière, en elle-même, est donc insensible à toutes les influences irritantes, autres que celles qu'elle rencontre dans l'organisme et qui sont constituées par les excitations physiologiques des nerfs sensitifs et moteurs.

Nous avons maintenant à parler de phénomènes qui s'accomplissent en partie dans la moelle épinière, et qui nous donneront de nouvelles connaissances sur son rôle dans l'organisme et sa constitution anatomique . ce sont les mouvements réflexes, auxquels nous venons de faire allusion tout à l'heure, et qui ne sont en quelque sorte que la transformation de la force nerveuse sensitive en force nerveuse motrice.

Voici une grenouille réduite à l'état d'automate, car on lyi a rendu impossible tout mouvement volontaire en interrompant la connnunication entre le

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