SENSITIFS
7 mai 1864.
SOMMAIRE. — Distinction de deux systèmes nerveux. — Distinction de deux éléments nerveux, l’élément sensitif et l’élément moteur. — Galien. — Walker. — Charles Bell et Magendie. — Les racines antérieures de la moelle épinière correspondent aux nerfs moteurs, et les racines postérieures aux nerfs sensitifs. — Charles Bell : deux espèces de nerfs moteurs. — Il croit que les racines antérieures n’ont aucune sensibilité, et les racines postérieures aucune faculté motrice. — Magendie démontre que les racines antérieures sont sensibles; comment s’explique cette sensibilité. — Constitution de la fibre motrice. — Sa terminaison dans la fibre musculaire.
Les différents organes nerveux qu’on trouve chez tes animaux supérieurs ont été répartis en deux systèmes distincts : le système cérébro-spinal , et le système du grand sympathique. On considère le
L ÉLÉMENT NERVEUX
premier comme présidant spécialement aux fonctions de la vie animale, tandis que le second se distribuerait dans les organes de la vie végétative, les intestins, le cœur, etc., dont les mouvements sont en général inconscients et involontaires. Mais nous verrons plus tard que cette distinction est bien loin, au point de vue physiologique, d'être aussi nette qu’on l’a prétendu. D’ailleurs, ces divisions en plusieurs systèmes doivent disparaître devant l’étude générale des organes nerveux, de leurs propriétés physiologiques et de leur rôle dans l’accomplissement des fonctions vitales, car le but
de la physiologie générale est d’indiquer les condi-
tions indispensables à la production de chaque phénomène élémentaire, en négligeant les circonstances particulières qui peuvent le modifier par suite d’arrangements ou de mécanismes spéciaux.
Cependant n’oublions pas non plus que tous les éléments sont distincts dans l’économie animale ; s’il y a fusion, cela provient uniquement de réactions réciproques qu’ils exercent les uns sur les autres. Le système nerveux n’échappe point à cette loi générale. Aussi, tout en rejetant certaines distinctions anatomiques qu’aucune différence importante ne vient accuser dans les phénomènes fonctionnels, la physiologie doit distinguer des parties que l’anatomie ne distinguerait pas, parce que malgré leur constitution organique semblable en apparence : leur fonction est différente.
nerfs moteurs et nerfs sensitifs. w237
Les propriétés physiologiques générales du système nerveux conduisent à distinguer deux éléments nerveux, bien séparés par leurs fonctions, et correspondant à deux séries de phénomènes très-divers, l’élément moteur d’un côté, l’élément sensitif de l’autre; et nous verrons tout à l’heure (pie c’est là surtout une distinction physiologique.
Commençons par l’élément moteur.
Le nerf moteur fait partie d’une chaîne continue d’organes réagissant les uns sur les autres et qui ne peuvent s’expliquer l’un sans l’autre. Cependant, dans cet ensemble, chaque partie a ses propriétés particulières qui concourent à l’acte total, et le nerf moteur peut être réellement isolé, bien qu’il soit tenu dans l’organisme entre deux éléments étrangers, Lun qui lui commande, le nerf sensitif, l’autre qui lui obéit, le système musculaire.
Nous avons montré déjà que les nerfs et les muscles sont tout à fait isolés. En effet, on peut détruire un muscle, le nerf existant toujours et conservant toutes ses propriétés, sauf à trouver un moyen de les mettre en évidence. Inversement, chez les animaux empoisonnés par le curare, le nerf est complètement mort, tandis que le muscle possède encore toutes ses fonctions qu'il est bien facile de mettre enjeu, par exemple en l’irritant au moyen de l’électricité — L’action des divers poisons est un puissant moyen d’analyse qui nous est offert pour rintelligence des fonctions vitales et leur séparation mutuelle;
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nous en ferons souvent usage dans l’étude du système nerveux, et dès maintenant nous pouvons dire que le curare, qui nous a déjà permis de distinguer nettement le muscle du nerf moteur, nous permettra également de séparer celui-ci du nerf sensitif, puisque le nerf moteur seul est empoisonné par le curare, le nerf sensitif jouissant, contre l’action de cet agent toxique, d’une immunité aussi complète que celle du muscle lui-même.
Depuis longtemps on avait soupçonné que le système nerveux sensitif et le système nerveux moteur devaient être séparés l’un de l’autre, puisque, en définitive, ils transmettaient des actions se traduisant en sens inverse. Déjà Galien avait observé sur un homme la paralysie des mouvements, avec la conservation de la sensibilité. La démonstration expérimentale de cette théorie 11e fut pourtant donnée que dans ce siècle. C’est par des vivisections bien conduites qu’on parvint à établir définitivement la distinction des éléments nerveux sensitif et moteur; et ce résultat est dû surtout aux travaux de Charles Dell et aux expériences de Magendie.
Avant les travaux de ces deux illustres savants, un médecin anglais, Walker, avait déjà dit que tous les nerfs émanés d’une même rangée verticale de la moelle épinière étaient de la même nature ; il supposait que les racines antérieures correspondaient aux nerfs de sentiment, et les racines postérieures aux nerfs de mouvement. Charles Bell renversa les