‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivantsChapitre 151 sur 200 · CENTRE DES ACTIONS RÉFLEXES · texte numérisé non relu

CENTRE DES ACTIONS RÉFLEXES

réflexe, tant qu’il reste en communication avec les nerfs où elle se produit. Par suite de cette propriété, ce point a reçu le nom de centre modérateur des actions réflexes.

La plus grande partie de ces actions réflexes s’accomplissent, certainement à travers la moelle épinière et le cerveau. Ainsi, dans les expériences que nous venons de faire, c’est bien évidemment la moelle qui sert de centre nerveux : car si l’on passe un stylet dans le canal vertébral do manière à détruire la moelle d’un bout à l’autre, il devient impossible de produire ensuite aucun mouvement réflexe.

Mais, si les mouvements réflexes ont d’ordinaire pour centre la moelle épinière et le cerveau, faut-il en conclure qu’ils ne puissent en avoir d’autre, et que toute action de ce genre traverse nécessairement l’axe cérébro-spinal? Non, messieurs, c’est là une doctrine exclusive qui n’est plus soutenable maintenant.

11 y a longtemps déjà qu’on a signalé les ganglions du grand sympathique comme pouvant, de même que la moelle épinière, jouer dans ces phénomènes le rôle de centre. Bicbat a développé cette opinion, en considérant chaque ganglion du grand sympathique comme un petit cerveau, c’est-à-dire comme un centre distinct. Mais on a vivement combattu cette manière de voir. En effet, on ne pouvait alors apporter une seule expérience à l’appui de

l’élément nerveux.

celte idée; et l’on objectait d’ailleurs à Bichatque le grand sympathique n’était point véritablement un système nerveux distinct et complet, mais qu’il dépendait du système cérébro-spinal , avec lequel il avait les connexions les plus nombreuses. Enfin, on présentait comme décisif, ce fait, jugé incontestable, qu’en détruisant la moelle épinière on rendait impossible tout mouvement réflexe, non-seulement dans les membres, mais aussi dans les intestins : d’où il résultait que la moelle était le centre des mouvements réflexes du grand sympathique.

Le seul moyen déjuger ces opinions différentes et de prononcer entre elles, c’était l’expérience.

Nous avons résolu la question dans le courant de l’année dernière, en constatant dans une des glandes salivaires, la glande sous- maxillaire, qu’il se produit des mouvements réflexes ayant deux centres distincts : l’un placé dans le système cérébro-spinal, et l’autre en dehors de ce système, dans un ganglion du grand sympathique. C’est, je crois, le seul cas de ce genre connu jusqu’ici; mais il peut se multiplier, et l’opinion de Bichat se trouve dès maintenant justifiée : car s’il est bien établi qu’un ganglion du grand sympathique peut présider à une action réflexe, il n’y a plus, dès lors, aucune bonne raison pour refuser péremptoirement le même privilège aux autres ganglions de ce système.

Voici comment ont été disposées nos expériences.

Le nerf lingual, nerf de la gustation et de la

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sensibilité générale, un des rameaux de la cinquième paire nerveuse cérébrale, s’accole avec un filet nerveux moteur, provenant du nerf facial, et qui se rend à la glande sous-maxillaire; près de la bifurcation se trouve un petit ganglion du grand sympathique, le ganglion sous-maxillaire (fig. 76). Dans l’état nor-

Fig. 76. — La glande salivaire sous-maxillaire du chien et les nerfs en rapport avec elle, pour montrer que cette glande peut entrer en sécrétion sous l’influence d’une action réflexe dont le centre est dans le ganglion sympathique sous-maxillaire.

M. Glande salivaire sous-maxillaire. — N. Glande salivaire sublinguale. — ■ P. Conduit excréteur de la glande sous-maxillaire dans lequel on a introduit un tube. — O. Conduit excréteur de la glande sublinguale dans lequel on a aussi introduit un tube. — A B. Nerf lingual provenant de la branche maxillaire inférieure de la cinquième paire nerveuse cérébrale (le trijumeau). — S SC Rameaux du nerf lingual se distribuant dans la muqueuse buccale. — C. Nerf facial. — • 1) 1). Corde du tympan, rameau du nerf facial se distribuant dans la glande sousmaxillaire après s’être accolé quelque temps au nerf lingual. — O. Ganglion sympathique sous-maxillaire. — F. Ganglion cervical supérieur. — G. Rameau nerveux allant du ganglion cervical supérieur à la glande sous-maxillaire. — E. Artère maxillaire profonde desservanl la glande sous-maxillaire.

h ÉLÉMENT NERVEUX.

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mal, en excitant le nerf lingual sur la langue avec un corps sapide quelconque, comme le vinaigre, on provoque une abondante sécrétion de salive dans la glande sous-maxillaire, et il est facile de voir que le phénomène est le résultat d’une action réflexe ayant son centre dans le cerveau. Détruisons maintenant toute communication avec le cerveau pour arrêter son influence : il suffit pour cela de pratiquer en x la section du nerf lingual et de la corde du tympan. Si nous excitons alors le nerf lingual, nous constaterons immédiatement, comme la première fois, une sécrétion plus faible mais évidente dans la glande salivaire. Cependant les phénomènes ne se produisent plus de la même manière, ni avec les mêmes excitants. Ainsi, on n’obtient plus aucun résultat en agissant sur le nerf lingual avec du vinaigre ou un autre corps sapide, comme cela avait lieu lorsque la glande était encore soumise à rinfluence du cerveau. U faut maintenant irriter ce nerf, soit avec du sel marin, qui agit sur lui en le desséchant, soit avec de l’éther, qui a le même mode d’action, soit même en le pinçant directement avec un instrument quelconque. 11 semble bien résulter de ces expériences que les agents sapides, en général, n’excitent plus la sécrétion de la salive dans la glande sous-maxillaire, lorsque cette glande est soustraite à l’action du cerveau, tandis que cette sécrétion continue à se produire sous l’influence des irritants communs et ordinaires de tous les nerfs.

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