CL. BERNARD
1 6 2 l’élément contractile .
raient que des fibres plates, tandis que les insectes n’auraient que des fibres striées. Mais il faut prendre garde de se laisser aller sur tous ces points a des affirmations trop absolues.
Quand un animal possède des fibres striées, elles sont toujours en rapport avec un système nerveux. Cependant un observateur fort habile, Léon Dufour, a décrit un insecte névroptère vivant en Espagne, qui posséderait des fibres striées bien caractérisées, et n’aurait pas de système nerveux. Mais c’est là un fait qui est resté isolé et qu’on n’a pas eu occasion de vérifier. Aussi malgré toute l’autorité qui s’attache au nom de ce savant, ce résultat renverserait si complètement toutes les données physiologiques, que nous préférons y voir une simple difficulté d’observation.
Voilà les différentes formes que prend la substance musculaire ; mais ce n’est pas à sa forme qu’est due sa propriété, car, malgré ces variations, cette propriété reste partout la même. C’est donc dans la nature même de la substance qu’il faut en chercher l’explication.
La substance contractile ou musculaire, qu’on peut voir en quelque sorte à nu dans les amibes, est une substance semi-fluide et transparente pendant la vie, opaque après la mort, et qui possède le même aspect dans les fibres musculaires de l’homme que chez les amibes. Quant à sa composition chimique, c’est une
SYNTONINE. 163
matière protéique ou azotée. Elle a été longtemps prise pour de la fibrine, et la fibrine en dissolution dans le sang était appelée chair coulante , ce qui signifiait qu’en se fixant dans les organes elle constituait la fibre musculaire ou la chair proprement dite. Mais cette assimilation est une erreur, car la substance contractile qui nous occupe est, par ses caractères chimiques, une substance spéciale qu’on appelle substance musculaire et à laquelle Lehman a proposé de donner le nom de syntonine , qui a été accepté par beaucoup de physiologistes. La syntonine a une réaction constamment alcaline et elle jouit de la propriété de se contracter sous l’influence des excitants que nous étudierons plus tard en détail.
Chez les amibes la substance contractile se transporte lentement d’un côté à l’autre par rétraction, et reste ainsi dans ce nouvel état jusqu'il ce qu’une autre contraction se produise.
La cellule contractile, qui représente le second état delà substance contractile, possède une enveloppe de tissu élastique dérivant du tissu cellulaire conjonctif et renferme de la substance musculaire. Quand elle se met en mouvement, ou plutôt quand elle entre en contraction, elle s’aplatit dans un sens et s’allonge dans l’autre. Mais, dès que la contraction a cessé, au lieu de rester dans ce nouvel état comme une amibe, la cellule reprend aussitôt sa forme primitive, sphérique ou autre, par l’effet de 1 élasticité de son enveloppe. On trouve, du reste, des cellules eontrac-
1G4 L ÉLÉMENT CONTRACTILE
files chez les végétaux comme chez les animaux ; des travaux récents ont rendu ce point incontestable (fi g. 36).
Fig. 36. • — Cellule végétale conlraclile (d’après Kiihne).
A. Cellule fraîche observée dans l’eau. — B, La même cellule après une irritation électrique locale et modérée. — La région dans laquelle s’accumule le protoplasma s’étend de a en b. — cc. Amas que forme le protoplasma en se contractant. — (l. Conglomérat résultant également de la contraction du protoplasma.
La fibre musculaire présente la même structure que la cellule; la forme seule diffère. C’est un tube allongé dont les parois sont douées d’élasticité ; on peut dire que c’est une cellule très-étendue dans un sens et attachée à ses deux extrémités par des tendons. La cellule est parfois striée ou présente seule-