MÉLANGE DE NERFS ET DES MUSCLES
amorphe, cellule et fibre lisse ou striée. Puis nous avons étudié la combinaison de ces différentes fibres pour constituer le système musculaire.
Il s’agit maintenant de montrer expérimentalement les propriétés du système musculaire qui domine tous les organes de la vie de relation, puisque c’est par son intermédiaire que tous les mouvements peuvent s’exécuter.
Nous avons dit que la substance musculaire pouvait se rencontrer, soit à l’état libre et amorphe comme chez les amibes, soit unie à une enveloppe élastique de manière à constituer un système doué à la fois de contractilité et d’élasticité, soit enfin dominée par des nerfs qui lui servent d irritant et mettent en jeu ses propriétés spéciales. Il n’est pas possible d’opérer sur tous les animaux et il faut nécessairement faire un choix ; or ce choix 11e peut être douteux, car nous avons déjà dit que les êtres inférieurs possédaient les mêmes propriétés que les êtres supérieurs, mais à un état d’enchevêtrement et de confusion qui rendait leur étude fort difficile, et qu’à mesure qu’on s’élevait dans l’échelle animale, les fonctions se spécialisaient davantage et se distinguaient mieux les unes des autres. Nous devons donc prendre chaque fonction à son plus haut degré de développement, parce qu’elle est alors tout à la fois plus énergique et mieux isolée : nous nous trouverons ainsi dans les conditions d’une bonne expérience. C’est dire que nous opérerons sur les vertébrés; et
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parmi les vertébrés il faut préférer les animaux à sang froid chez lesquels ces phénomènes étant plus lents se continuent plus longtemps après la mort de l’animal et se laissent par cela meme bien mieux observer et analyser.
Mais en expérimentant ainsi sur des muscles de vertébrés, on agit en môme temps sur les nerfs qui y pénètrent et s’y mêlent intimement, de telle sorte qu’on 11e peut jamais avoir de muscles sans nerfs, et qu’il devient possible d’attribuer au système nerveux les propriétés qu’on met en évidence dans les muscles. Il y a bien sans doute des animaux chez lesquels la substance musculaire n’est point dominée et pénétrée en tous sens par des nerfs, les méduses et les polypes par exemple. Mais ces êtres inférieurs, doués de moyens de manifestation fort imparfaits et de mouvements très-vagues, 11e se prêtent aucunement aux expériences, et il faut renoncer à ce moyen d’éclaircir notre question qui reste dès lors tout entière et s’impose à nous avec une autorité que nous ne pouvons méconnaître. Les propriétés contractiles que nous observons dans le muscle appartiennent-elles au muscle lui-même ou faut-il les rapporter aux nerfs qui le pénètrent partout? C’est la grande question de Haller, si débattue de son temps; et nous devons chercher à la résoudre sans plus tarder, car cette solution est le préliminaire indispensable de toute étude sur le mouvement musculaire. Il est évident ([ue nous 11e pouvons indiquer les conditions, les cir-
DOCTRINE DE IlALLER.
constances, et les phénomènes qui accompagnent, précèdent ou suivent ce mouvement, si nous ne savons d’abord à quelle cause il est dû et dans quelle espèce d’élément il se produit.
Haller avait déjà distingué deux substances tout à fait différentes, deux fibres : d’un côté, la fibre irritable, comme il l’appelait, c’est-à-dire la fibre contractile, le muscle; et de l’autre, la fibre sensible, c’est-à-dire le nerf. Il avait déjà dit que lorsqu’on irritait le nerf et que celui-ci faisait contracter le muscle, il ne communiquait pas à ce muscle une propriété spéciale à l’élément nerveux, mais se bornait à mettre en jeu les propriétés contractiles du muscle lui-même. C'est là ce que ses adversaires ne voulaient point admettre.
Prenons, en effet, une grenouille préparée à la manière de Galvani : il ne reste plus que les deux membres inférieurs soutenus par les nerfs lombaires; mais, comme l’animal vient d’être écorché sous vos yeux, ses tissus conservent encore toutes leurs propriétés vitales. D’ailleurs, nous avons eu soin de nous adresser à un vertébré à sang froid, chez qui, nous venons de le dire, les fonctions vitales persistent plus longtemps après la mort. Voici maintenant un petit appareil inducteur dont les fils aboutissent aux deux branches d’une pince que nous tenons dans la main et qui est très-commode pour produire de légères excitations électriques. 11 suffit pour cela d’appliquer
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les deux pointes de la pince sur l’organe qu’on veut irriter, et celui-ci est immédiatement traversé par le courant électrique. Touchons ainsi les nerfs lombaires, et nous verrons aussitôt les muscles des membres inférieurs se contracter. Mais si nous touchons les muscles eux-mêmes, la contraction se produit encore. Eh bien, disaient les adversaires de Haller, quand vous irritez le nerf, le muscle se contracte, parce que le nerf lui communique sa propriété contractile, et c’est en vain que vous essayez de nous démentir en produisant la contraction par une irritation directe du muscle, car, alors encore, ce n’est pas le muscle seulement que vous irritez, ce sont encore aussi les dernières ramifications nerveuses qui aboutissent aux fibres musculaires.
Quelque détour que l’on prît, l’objection se représentait toujours, et elle était trop sérieuse pour qu’on put la négliger, il fallait donc isoler complètement les muscles des nerfs, et ce n’était pas chose facile. Par exemple, on coupait les nerfs qui arrivaient aux muscles le plus avant possible; mais cela n’y faisait rien, car on constatait toujours que le nerf, mort au niveau de la coupure, conservait encore ses propriétés en entrant dans le muscle.
il fallait donc chercher un autre moyen pour résoudre l’objection, et ce moyen, les contemporains de Haller ne le trouvèrent pas. Aujourd’hui nous avons un moyen toxicologique.
Nous avons répété bien souvent que la science des