LA MOELLE ORGANE DE TRANSMISSION
tandis que les cordons postérieurs étaient les conducteurs exclusifs de l'influence sensitive. Mais il avait bien plutôt tiré cette théorie de déductions anatomiques que d'expériences physiologiques.
En effet, si l'on coupe une moitié de la moelle, soit celle de droite , soit celle de gauche , l'animal paraît d'abord un peu affaissé; mais, en le laissant reposer quelque temps, on voit que la sensibilité, loin d'être abolie, est même exagérée dans la patte qui correspond au côté coupé, tandis que l'aptitude au mouvement y est un peu diminuée. Ces faits, observés d'abord par Stilling, qui mesurait l'augmentation de la sensibilité avec de l'acide étendu d'eau, furent expliqués différemment. M. Brown-Séquard en conclut que la sensibilité se transmettait d'une manière croisée. Dès lors les résultats obtenus s'expliquaient tout naturellement, si l'on admettait que la sensibilité diminuait du côté où la moelle était restée intacte, tandis qu'elle augmentait relativement de l'autre, puisque chaque moitié du corps recevait sa sensibihté des parties de la moelle épinière situées de l'autre côté, et devait, par conséquent, subir le contre-coup des lésions faites dans ces parties. Mais M. Turck (de Vienne) a fait des expériences pour expliquer les faits autrement. Il étabht d'abord que l'augmentation de la sensibilité dans la partie du corps correspondant à la moitié enlevée de la moelle n'était pas une simple augmentation relative, mais bien une augmentation absolue. Pour cela, il pre-
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liait une grenouille normale, dont il plongeait les pattes postérieures dans une eau de moins en moins acidulée, jusqu'à ce que l'animal ne manifestât plus aucune douleur au contact du liquide faiblement acide. Puis il coupait la moitié de la moelle épinière, et, en replongeant plus tard les pattes dans la môme eau, il voyait l'animal retirer presque aussitôt, en l'agitant vivement, la patte correspondant au côté supprimé de la moelle. Il y a donc eu souffrance produite dans cette partie du corps, sous l'influence de l'acidité de la liqueur, et, par suite, augmentation absolue dans l'intensité de la sensibilité, puisque cette même liqueur ne produisait aucun effet avant l'opération.
Quand on enlève tous les cordons postérieurs de la moelle épinière, on voit que l'influence sensitive continue encore à se transmettre, ce qui prouve que cette influence ne se transmet pas exclusivement par les parties postérieures. Si l'on coupe ensuite successivement les cordons latéraux de la moelle, puis les cordons antérieurs, l'influence sensitive passe encore, preuve évidente que la substance grise est la partie essentielle pour la transmission sensitive dans la moelle épinière, tandis que la substance blanche n'est pas indispensable. En effet, si l'on irrite un nerf placé en dessous de l'ablation de la substance blanche qu'on a pratiquée tout autour de la moelle, l'influence sensitive est encore transmise au cerveau à travers ce pont de substance grise.
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seule partie par laquelle puisse s'opérer maintenant la communication avec cet organe. Et l'on ne peut point douter de cette transmission, en voyant les mouvements qu'exécute l'animal pour retirer ses membres quand on les pince ou qu'on les blesse autrement.
Cependant, qu'on pince ou qu'on irrite d'une manière quelconque cette substance grise mise à nu, on la trouve parfaitement insensible, quoiqu'elle transmette la sensibilité, comme nous venons de le voir. C'est un point, en effet, maintenant bien établi, que tous les irritants qu'on applique à la substance grise n'y font pus naître la sensation de la douleur, et ils ne sont pas moins incapables de produire le plus léger mouvement. M. Van Deen en a conclu que les nei'fs seuls sont excitables par les irritants mécaniques, physiques ou chimiques, tandis que la moelle épinière est exclusivement excitable par les irritants physiologiques, c'est-à-dire par les vibrations qu'elle reçoit des nerfs ou que lui communique le cerveau.
Ainsi, la conclusion à laquelle nous arrivons, c'est que la substance grise transmet la sensibilité et l'influence motrice, bien qu'elle soit elle-même dépourvue de la propriété motrice et sensitive, et de plus que les racines antérieures ou postérieures perdent leurs propriétés spéciales en entrant dans la substance grise médullaire.