CONTRACTION RÉFLEXE DES SPHINCTERS
Ijieii que les aliments avalés se logeasssent quelque part ; et, s'ils n'arrivaient point jusqu'à l'estomac, c'est qu'ils restaient dans l'œsophage paralysé, sans pouvoir franchir son sphincter inférieur. Tous les phénomènes ohservés se comprenaient alors merveilleusement. Quand l'œsophage était rempli, l'animal devait évidemment régurgiter; d'un autre côté, les aliments qu'il avait pris, n'ayant ni rempli son estomac ni subi aucune action des sucs digestifs, n'avaient pu s'assimiler, ni par conséquent apaiser sa faim en quoi que ce soit ; et dès lors il était naturel qu'il recommençât à manger de plus belle.
Nous pouvons, du reste, constater directement l'exactitude de cette interprétation par une expérience bien simple. Il suffit de prendre un lapin et de le nourrir d'abord avec des choux ou d'autres substances vertes; puis on pratique la section du nerf pneumogastrique, et l'on fait prendre à l'animal une nourriture dont la couleur tranche nettement sur la couleur des aliments précédemment donnés, pour que la distinction en soit facile : ce sera, par exemple, de la carotte. Si l'on sacrifie ensuite l'animal, on trouvera en l'ouvrant que l'estomac contient des substances vertes, mais qu'aucune partie des carottes avalées n'a pu dépasser le cardia. Quelle est donc l'influence qui peut ainsi interdire aux aliments l'accès de l'estomac? C'est le dernier point à déterminer. Mais il est facile de voir qu'une seule cause peut expliquer convenablement le phénomène, et
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cette cause, c'est la contraction du sphincter cardiaque, qui bouche complètement la communication entre l'œsophage et l'estomac, et qui n'est plus vaincue par la contraction des fibres circulaires de l'œsophage.
Les sphincters de l'anus et de la vessie présentent des phénomènes tout à fiiit semblables, qu'il est facile de constater en coupant les nerfs du plexus lombaire. Mais tous ces faits ne contredisent pas les explications que nous avons données sur le ton musculaire; car, en répétant les expériences deux ou trois jours après la section du nerf pneumogastrique, on trouve alors que la contraction permanente du sphincter a cessé, et avec elle toutes les conséquences qu'elle entraînait. La persistance singidière de cette contraction pendant un temps souvent assez long, après la section du nerf pneumogastrique, tient peutêtre à l'influence des ganglions du grand sympathique, qui sont très-nombreux dans les parties voisines de ces organes.
Les actions réflexes président à toute la vie organique, et l'on peut dire que beaucoup de fonctions ne sont qu'une suite de mouvements réflexes régulièrement enchaînés. Ainsi, par exemple, quand on met un grain dans le bec d'un oiseau dont le cerveau a été enlevé, ce grain se digèr-e complètement par une série d'actions réflexes, dont nous devons déterminer les irritants et la réaction mutuelle. Depuis quelques
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années, on a beaucoup cherche les centres do ces actions réflexes, mais on ne les a pas encore trouvés pour toutes, car ce sont là des expériences extrêmement délicates à faire, et plus difficiles encore à interpréter.
Dès le premier acte de la nutrition, dans la bouche, nous trouvons de nombreuses actions réflexes concourant à la digestion; mais il s'y mêle, aussi des influences volontaires. Quand on a enlevé le cerveau d'un animal, le seul contact du vinaigre sur sa langue amène une abondante sécrétion des glandes salivaires placées dans la bouche. On ne connaît pas encore précisément le centre de cette action réflexe. Cependant, en faisant d'autres expériences, nous avons souvent remarqué qu'on provoquait une vive sécrétion salivaire, en piquant le cerveau dans certains endroits; c'est sans doute au voisinage de ces régions que se trouve le centre de l'action réflexe dont nous parlons.
Du reste, la seule pensée, et à plus forte raison la vue de certaines substances, suffit pour produire une abondante sécrétion de salive. C'est là un phénomène connu de tous, et qu'on exprime vulgairement en disant que telle ou telle chose fait venir l'eau à la bouche ; ce qui est considéré comme l'expression d'un vif désir.
Cette influence purement morale a même été utilisée bien des ibis pour faire certaines expériences physiologi([ues. Ainsi nous avons souvent mis à
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nu et ouvert le canal salivairc parotidien sur un cheval laissé préalablement à jeun pendant vingtquatre heures pour rendre le phénomène plus sensible, et nous lui montrions alors à distance une botte de foin : cette vue excitait tellement son appétit aiguisé par une longue attente, qu'il se produisait un écoulement de salive aussi abondant et aussi continu que le jet d'un robinet. Lorsque M. Thenard, l'illustre chimiste, avait besoin de sahve pour ses expériences, il employait un moyen tout à fait semblable. Ce moyen consistait à prendre un chien bien portant et à le laisser d'abord sans aucune nourriture pendant vingt-quatre heures. Puis on mettait à la broche un gigot succulent, et l'on plaçait le chien à quelque distance, après l'avoir bâillonné de manière àl'empêcher d'avaler sa salive. Les ardents désirs que provoquaient les vapeurs du rôti chez le pauvre animal affamé, y faisaient prendre à la sécrétion de la salive des proportions tout à fait extraordinaires, et, grâce à cette nouvelle application du supplice de Tantale dans l'intérêt de la science, on recueillait ainsi de grandes quantités de liqueur salivaire qui fournissaient à tous les besoins des analyses.
Dans un traité sur la digestion où il a montré le premier à préparer du suc gastrique et du suc pancréatique artificiels, Eberle a soutenu que la bave des animaux enragés et le venin que portent beaucoup de reptiles, comme les vipères et tant d'autres,
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ne sont au fond que des altérations de la sécrétion salivairc. Il supposait même que l'altération consistait en ce que cette humeur se trouvait mélangée alors d'une quantité variable de sulfocyanure de potassium, corps qu'on regarde hypothétiquement comme fort dangereux. Ce savant, très-recommandable du reste, exagérait singulièrement l'influence que peuvent exercer les causes morales sur la nature de cette sécrétion salivaire, et il prétondait pouvoir produire à son gré, sur lui-même, de la bonne ou de la mauvaise salive. Quand il voulait en obtenir de la bonne, il pensait à une foule de choses agréables, à des mets délicieux ou aux plaisirs qu'il souhaitait le plus ; et, tout son organisme s'épanouissant sous cette douce influence, la salive recueillie dans ces conditions était excellente. Pensait-il, au contraire, aux mille désagréments qu'on rencontre toujours dans la vie, aux ennemis qu'il pouvait avoir, aux dangers qu'il pouvait craindre, enfin à toutes les choses qui étaient plus particulièrement capables de lui déplaire, aussitôt la sécrétion était complètement modifiée. Sans doute, la salive d'Eberle ne devenait pas alors tout à fait semblable à la bave d'un animal enragé; mais enfin elle contenait, dit-il, du sulfocyanure de potassium en quantité notable. C'est Eberle lui-même cpi nous donne tous ces détails, et vous en avez saisi tout de suite les côtés singuliers : nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'ils sont purement fantastiques. Cependant cela prouve au moins Fin-
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tluence ([u'cxerce l'imagination sui- tous ces phénomènes de sécrétion, intluence souvent plus nuisible qu'utile, mais qu'il serait impossible de contester aujourd'hui.
Pour provoquer la sécrétion de la salive ou des autres humeurs concourant à l'acte de la digestion, il faut, — ainsi que Berzelius l'a dit depuis longtemps déjà, — il faut prendre un liquide ayant une réaction opposée à celle du liquide qu'on veut obtenir. Ainsi, le carbonate de soude, sel assez fortement basique, n'excite pas la sécrétion de la salive ; mais tous les acides le font, quoique avec une énergie plus ou moins grande, parce que la salive est une liqueur alcaline. Au contraire, dit toujours Berzelius, si vous voulez produire dans l'estomac une abondante sécrétion de suc gastrique, humeur nettement acide, il faudra soumettre les parois du viscère à l'action d'un hquide légèrement alcahn.
On a professé sur ce point des opinions diamétralement opposées à la vérité, et ces idées fausses servaient autrefois de base à une foule de prescriptions médicales. Ainsi, quand on ordonnait à un malade de prendre du fer, qui devait être attaqué par le suc gastrique grâce à la réaction acide de ce liquide, on se gardait bien d'administrer en môme temps des alcahs qui auraient saturé plus ou moins cette acidité du suc gastrique et empêché ainsi, croyait- on, l'attaque du fer de se produire con-