ÉLÉMENTS DU CORPS HUMAIN
Corps simples.
Chlore.
SoiiiuQi.
Potassium.
Calcium.
Maçnésium.
Silicium.
Fer..
Combinaisons inorganiques.
Eau.
Acide carbonique (combiné avec la chaux, la potasse et d'autres
bases).
Ammoniaque.
Cyanogène (en combinaison).
Acide sulfurique (en combinaison).
Hydrogène sulfuré.
Acide phosphorique (en combinaison).
Chlorures divers.
Combinaisons de l'oxygène avec le sodium, le potassium, le calcium, le magnésium, le silicium et le fer.
Combinaisons organiques non azolêcs.
Sucres de raisin, de lait, etc.
Glycogène.
■Graisses et acides gras.
Acides butyrique, lactique, formique.
L IRRITABILITÉ
Combinaisons organiques azotées
Albumine.
Fibrine.
Caséine.
Gélatine.
Mucine.
Urée,
Acide urique.
Acides g^ycocholique et taurocholique (acides de la bile).
Acide hippurique.
Leucine.
Tyrosine.
Créatine, créatinine.
Acide inosique.
Diverses matières colorantes ou ferments, comme la diaslase, etc.
Ainsi, tout cela se ramène à quatorze corps simples de la chimie minérale. BufFon avait supposé que les corps organisés devaient contenir une espèce particulière de matière qui ne se retrouverait que chez eux, et serait l'origine de leurs propriétés; mais cette hypothèse a été complètement démentie par les faits. Seulement, sous l'influence de la vie et avec ces mêmes corps simples qui forment la base du monde minéral, il se forme des combinaisons dites organiques^ parce qu'elles sont des produits de l'organisme , et qu'on les chercherait en vain autre part.
Voilà les éléments qui entrent dans la Composition du corps vivant le plus complexe, celui de l'homme; mais si nous prenions une cellule de levûre de bière, elle nous montrerait, comme bien vous pensez, une constitution tout autrement simple. Cette différence de comphcation dans les organismes s'accompagne d'une dilîérence parallèle dans les milieux. En effet,
DE l'air comme milieu DES ÊTRES VIVANTS. /il
il faut que l'être vivant trouve clans le milieu cosmique qui l'entoure tous les éléments constitutifs de son corps : il habitera donc forcément un milieu d'autant plus composé, qu'il réalisera un type plus élevé et que sa constitution sera elle-même plus complexe. Ainsi, M. Pasteur a montré que la levure de bière se développe dans de l'eau distillée où l'on met un peu de sucre, une matière calcaire et de l'ammoniaque. Il est évident que l'on ne pourrait faire vivre dans un pareil milieu un animal tant soit peu élevé.
Parcourons maintenant les principales circonstances extérieures qui influent sur les phénomènes vitaux.
Air.
L'air est une des conditions les plus immédiatement indispensables à la vie. L'être organisé, quel qu'il soit, à qui l'on enlève l'air, périt plus ou moins rapidement, mais périt toujours.
Chez les végétaux, cette asphyxie est extrêmement lente.
Les animaux inférieurs résistent aussi assez lon^temps, et Biot a tenu des insectes pendant plusieurs heures, dans le vide de la machine pneumatique, sans qu'ils parussent incommodés. Les animaux à sang chaud, au contraire, sont bien plus vite asphyxiés. Tous ces faits peuvent se ramener à cette loi
^2 L'iRRITAIilLlïÉ.
générale : un animal privé d'air meurt d'autant plus rapidement, que les phénomènes vitaux sont plus actifs chez lui.
Cela se comprend très-bien, car si la vie est plus active, elle consomme plus d'oxygène, et la mort arrive, non pas quand il n'y a plus d'oxygène à l'extérieur, mais quand il n'y en a plus à l'intérieur en contact avec les éléments organiques de l'être vivant qui ressentent cette privation d'oxygène. En effet, l'oxygène de l'air se dissout dans le sang des animaux, et c'est par l'intermédiaire du sang qu'il agit * sur les éléments organiques.
Cuvier, frappé de la rapidité avec laquelle les animaux supérieurs, comme les oiseaux, mourai<nit par la privation d'air, tandis qu'ils résistent bien plus longtemps à la privation de nourriture ; Cuvier, pour expliquer cette différence, avait émis l'idée que la respiration est une fonction continue, et la nutrition une fonction intermittente. Mais cette idée est erronée, car tous les animaux, et surtout les animaux supérieurs, ont dans leur corps des réservoirs d'air et de matières nutritives : la mort arrive quand ils ont épuisé ces provisions. Les animaux périssent donc plus ou moins rapidement, parce qu'ils consomment plus ou moins vite ces réserves qu'ils portent en eux-mêmes, ce qui tient évidemment à l'activité plus ou moins grande de la vie. Le mammifère périt en quelques minutes quand on lui enlève l'air, tandis qu'une grenouille meurt fort lentement. Mais le
INFLUENCE DE l'oxYGÈNE DE l'aiR. /|3
mammifère résisterait tout aussi longtemps, si on le mettait clans les mômes conditions que la grenouille, c'est-à-dire si on le transformait en animal à sang froid, parce qu'alors l'activité de ses fonctions vitales serait considérablement diminuée. Tout ce que nous disons ici n'est pas une explication plus ou moins plausible et ingénieuse ; c'est le résultat d'expériences directes, nombreuses et irréfragables ; en effet, on ne trouve plus jamais dans le sang d'un animal asphyxié l'oxygène qui fait partie de sa constitution normale.
C'est à la présence de l'oxygène que l'air doit ses propriétés comme milieu propre à entretenir la vie. L'air normal contient en effet un cinquième environ de son volume d'oxygène; les quatre autres cinquièmes sont formés par de l'azote, gaz inerte ou à très-peu près, avec quelques dix-millièmes d'acide carbonique. Sous l'influence de diverses causes, la constitution normale de l'air peut être sensiblement altérée ; ses propriétés sont alors plus ou moins modifiées, et il peut même devenir tout à fait impropre à entretenir la vie.
Et tout d'abord l'air n'est propre cà servir de milieu pour les êtres vivants qu'cà la condition de contenir au moins une certaine proportion d'oxygène. La proportion normale, c'est-à-dire 21 pour 100 environ, n'est pas absolument nécessaire; mais lorsqu'elle diminue d'une manière sensible, l'activité des
hk l'irritabilité.
phénomènes vitaux diminue parallèlement et il arrive un moment où l'animal finit par succomber à une véritable asphyxie.
Mais quand ce résultat se produit-il, c'est-à-dire ^ quand l'oxygène restant dans l'air commence-t-il à devenir insuffisant? C'est là une question qui ne peut recevoir de solution générale. D'abord tous les animaux ne sont par également sensibles à cette privation d'oxygène ; telle atmosphère dans laquelle un moineau ou un chien périraient en quelques instants pourrait être facilement respirable pour un animal inférieur.
Même en ne considérant qu'un seul animal, on trouve encore les variations les plus considérables. Ainsi les animaux hibernants supportent très-bien, pendant leur sommeil d'hiver, une atmosphère où ils périraient presque aussitôt, s'ils se réveillaient, comme MM. Regnault et Reiset l'ont constaté dans leurs expériences surles marmottes. D'un autre côté lorsqu'un animal se trouve placé dans une atmosphère qui s'appauvrit progressivement en oxygène, — ainsi que cela a lieu sous l'influence de la respiration, — son organisme tend à se mettre en équilibre avec le milieu qui l'entoure, et il peut ainsi en arriver à respirer impunément un air qui tue presque immédiatement un animal de même espèce et parfaitement semblable mais se trouvant à l'état normal lorsqu'on l'introduit dans cette atmosphère viciée. C'est ce qui explique pourquoi un animal peut vivre dans une
QUANTITÉ d'oxygène INDISIMÎNSABLE DANS l'aIR, /|5
chambre où périrait un homme bien portant qui y entrerait.
MM. Magendie et Claude Bernard ont fait autrefois des expériences pour déterminer autant que possible la limite inférieure de la quantité d'oxygène que doit contenu^ un milieu respirable, ils opéraient sur des lapins placés sous une cloche et, à l'aide d'une disposition particulière d'appareil, ils enlevaient de cette atmosphère confinée les gaz produits par la respiration et qui auraient pu troubler les résultats de l'expérience. La proportion d'oxygène restant dans l'atmosphère de la cloche lorsque les lapins succombaient n'était plus en général que de 3 à 5 pour 100 au lieu de 21 pour 100 que contient l'air normal.
La diminution de la proportion d'oxygène conteime dans l'atmosphère amène un affaissement général des fonctions vitales; l'augmentation de cette proportion d'oxygène produit naturellement un effet inverse, c'est-à-dire un accroissement d'énergie des phénomènes vitaux qui finit par occasionner la mort^ surtout si l'on emploie de l'oxygène pur.
Enfin l'atmosphère , bien que contenant une quantité d'oxygène très-suffisante pour entretenir la respiration, et môme une quantité dépassant de beaucoup celle que possède Tair normal, l'atmosphère, dis-je, peut devenir impropre à entretenirla vie, parce qu'il s'y trouve en môme temps que de
Û6 l'irritabilité.
l'oxygène d'autres gaz exerçant une action délétère. Nous ne parlons pas ici bien entendu des gaz toxiques, comme l'oxyde de carbone ou l'acide sulfhyclrique; l'action de ces gaz produit un véritable empoisonnement, c'est-à-dire un phénomène tout différent de ceux qui nous occupent ici. Mais l'acide carbonique par exemple, lorsqu'il est mêlé à l'air en proportion suffisante le rend complètement irrespirable bien qu'il n'ait cependant aucune propriété vénéneuse proprement dite. Ainsi un oiseau meurt rapidement dans une atmosphère artificielle formée de 50 pour 100 d'oxygène avec 50 pour 100 d'acide carbonique bien que l'air normal ne contienne que 21 pour 100 d'oxygène.
Eaa.
L'eau est indispensable à l'accomphssement des phénomènes de la vie et des phénomènes physico-chimiques qui l'accompagnent. Un poisson retiré de l'eau meurt bien vite, parce qu'il ne peut pas respirer l'air directement. Mais les animaux aériens sont à cet égard dans la même situation que les animaux aquatiques ; ils ne peuvent également respirer ou exercer leurs autres fonctions qu'au moyen de tissus sans cesse lubrifiés par une certaine humidité : les membranes desséchées perdent leurs propriétés vitales.
La soustraction de l'eau amène, chez certains infusoires et chez les rotifères , des phénomènes
DE l'eau comme milieu POUR LES ÊTRES VIVANTS, kl
curieux de vie latente. Ces animaux, convenablement desséchés, perdent toute propriété vitale, au moins en apparence , et peuvent rester ainsi des années entières ; mais dès qu'on leur rend un peu d'eau, ils recommencent à vivre comme auparavant, pourvu qu'on n'ait pas dépassé un certain degré dans cette dessiccation. Les animaux un peu élevés ne sont évidemment plus susceptibles d'entretenir ainsi la vie à l'état latent; chez eux, la privation d'eau entraîne la cessation définitive de la vie, avec divers phénomènes variables suivant les circonstances dans lesquelles on opère.
Tous les êtres ne périssent pas ainsi avec une égale rapidité, par la soustraction d'eau, et, dans le même être, les différents tissus sont affectés plus ou moins vite. Ainsi la grenouille est l'un des animaux qui éprouvent le plus vivement ce besoin d'humidité, et parmi les organes qui la composent, le premier de tous qui est attaqué dans ce cas, c'est le cristallin de l'œil : cette altération se traduit par une opacité considérable qui constitue une véritable cataracte ; mais, dès qu'on remet l'animal dans l'eau, la transparence reparaît immédiatement, et il devient propre de nouveau à remplir toutes ses fonctions dans la vision. La cornée transparente subit des modifications analogues. Dans tous les cas, c'est sur les éléments organiques que l'absence de l'eau produit ses effets.
l'irritabilité.
AlinientK.
Les aliments compreniieut trois ordres de substances correspondant aux trois matières diverses qui se trouvent nécessairement dans tout organisme, comme nous l'avons dit plus haut. Les animaux supportent bien plus longtemps la privation d'aliments que la privation d'air. Cependant ils finissent tous par mourir d'inanition, plus ou moins vite dans les diverses espèces, suivant la rapidité plus ou moins grande des phénomènes vitaux, et particulièrement de la combustion respiratoire. Le cheval et le chien peuvent quelquefois vivre jusqu'à trente jours sans manger; la grenouille peut vivre bien plus longtemps encore, et il n'est pas rare d'en voir dans nos laboratoires qui passent six mois ou un an sans prendre aucune nourriture.
On raconte une foule de faits merveilleux sur des crapauds retrouvés au milieu de blocs de pierre où ils devaient être enfermés depuis des milliers d'années. Sans croire à ces anecdotes plus ou moins fabuleuses, nous aurions voulu éclaircir la question. On avait déjà enfermé des crapauds ainsi que d'autres animaux à sang froid, dans une masse de plâtre où ils étaient morts assez rapidement. Mais cette expérience ne prouvait rien, car le crapaud entouré de tous côtés par un corps très-avide d'humidité, avait été dépouillé rapidement de l'eau que contenait
RÉSISTANCE A LA PRIVATION d'aLIMEXTS. /l9
son organisme, et qui était indispensable à son action ; il y avait donc Icà deux causes de destruction non isolées, et il était impossible de faire la part de chacune d'elles.
L'expérience était donc à recommencer, et voici comment nous la disposâmes : Un crapaud fut enfermé dans un vase poreux, clos, entouré de terre saturée d'humidité, pour que l'animal ne fût soumis à aucune action desséchante. Ce vase était placé dans le sol à une certaine profondeur, et abrité de manière que sa température restât à peu près constante. Au bout d'un an, exhumation du crapaud, qui n'avait point cessé de vivre. La seconde année, il vivait encore, malgré ce jeûne si prolongé ; mais il était considérablement amaigri. A la troisième exhumation, faite il y a très-peu de temps, le crapaud était mort : mais il était peut-être mort accidentellement. L'hiver, plus rigoureux que les précédents, avait permis à la gelée de pénétrer plus avant dans la terre, et le crapaud avait été saisi par le froid. Cette expérience suffit toutefois à démontrer que ces animaux à sang froid supportent la privation de nourriture pendant une durée tout autrement longue que ne pourraient le faire les animaux supérieurs. En effet, un petit oiseau meurt de faim au bout de deux ou trois jours tout au plus.
Nous avons déjà parlé de l'erreur de Cuvier qui considérait la nutrition comme une fonction inter-