CRITIQUE DES IDÉES DE BICHAT
contrait pas dans le système de la vie organique. Mais c'était une erreur, car le cœur, qui appartient évidemment à la vie organique, possède des fibres striées, et chez certains animaux, la tanche par exemple, les intestins en ont également. Il y a donc des fibres striées dans les deux systèmes , et l'on ne peut plus soutenir cette distinction, ni physiologiquement, ni anatomiquement.
Il en est de même de la distinction tirée du système nerveux. On ne peut prétendre qu'il y en ait un exclusivement réservé à la vie animale, et un autre complètement propre à la vie organique, car on trouve à chaque instant des filaments nerveux du grand sympathique, ou vaso-moteur, se rendant dans un organe de la vie animale, et réciproquement.
On peut en dire autant du système glandulaire : il n'est pas plus permis de soutenir que les glandes se montrent exclusivement dans les organes d'une des deux vies, et sont étrangères à l'autre, car s'il y a de nombreuses glandes annexées au canal digestif, il y en a aussi dans les organes des sens, dans la peau, et bien autre part encore.
Ainsi la classification de Bichat ne peut être admise eu physiologie générale, parce qu'elle établit des distinctions qui n'existent plus pour cette science. Mais on peut très-bien la conserver en physiologie spéciale, dans la physiologie humaine nolamment, et dans celle des animaux élevés. Ainsi les fibres musculaires de l'utérus qui concourent
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à la vie de l'espèce, n'ont évidenniieiiL lien de particulier au point de vue de la physiologie générale; mais il peut être intéressant de les distinguer dans la physiologie humaine. Celte classification est, en effet, généralement adoptée, parce qu'elle est commode et bonne dans ses traits généraux. On y a cependant apporté quelques modifications peu importantes, et dans le détail desquelles il serait trop long d'entrer. Citons seulement les principaux essais de classifications des phénomènes de la vie postérieurs à Bichat.
Gûnther classait ainsi les phénomènes fondamentaux de la vie :
1" Imbibition.
2° Endosmose.
3° Affinité chimique.
li° Chaleur propre.
5° Phénomènes électriques.
6° Mouvements vibratiles et mouvements musculaires.
1° Influence du système nerveux.
Cuvier et Dugès proposèrent de distinguer : 1" les fondions vitales, communes à tous les êtres vivants, animaux ou végétaux, et 2° les fonctions animales appartenant aux animaux seulement. Mais il est facile de voir que cela revient exactement à la divi-
CLASSIFICATION DIÎ LKYDIG. H 1
siolJ de Bichat eu phénomènes de la vie organique et phénomènes de la vie animale.
Puisque la classification de Bichat ne peut convenir à la physiologie générale, nous avons maintenant à chercher des classifications propres à cette science. Il y a eu plusieurs tentatives dans ce sens, et nous devons les indiquer sommairement.
Remarquons tout d'abord qu'il est naturel aujourd'hui d'aller chercher les propriétés vitales dans les éléments histologiques, taudis qu'il était non moins naturel que Bichat se contentât de les chercher dans les tissus, puisqu'il les considérait comme les éléments primitifs des organes. Nous devrions donc faire une classification des éléments histologiques ; sans doute, ce n'est là qu'une classification anatomique, et non une classification physiologique proprement dite ; mais elle doit toujours arriver au même résultat, puisque en définitive les fonctions vitales résident dans les éléments organiques.
A ce point de vue, Leydig distinguait quatre espèces d'éléments ou de tissus, qui sont :
■l " Le tissu nerveux ; 2" Le tissu musculaire;
.'5° Le tissu des cellules restées autonomes, comprenant surtout les épilliéliums et les glandes, et qui sert particulièrement à l'accomplissement des fonctions d'absorption et de sécrétion ;
L IRRITABILITE,
h" Le tissu (le la substance conjonctive, i[u\ a des fonctions physiologiques beaucoup moins élevées, et sert en quelque sorte de soutien aux autres tissus plus spéciaux.
Cette classitîcation a déjà été exposée plus haut avec détail. (Yoy. pag. 27 k 35 et fig. 8 à 23.)
Nous aurions donc à suivre les propriétés de chacun de ces éléments, et nous obtiendrions ainsi une classification fondée sur l'anatomie générale. Mais cette manière de procéder présente des inconvénients, car fort souvent on laisse échapper des faits qui ne se rattachent étroitement à aucun des tissus élémentaires. Ainsi Haller, qui veut fonder la physiologie entière sur la fibre sensible et la fibre contractile ou musculaire, est amené à néghger tout ce qui ne rentre pas dans cette donnée trop étroite, et sa définition de la physiologie, anatomia animata, n'est pas toujours vraie. Les physiologistes solidistes, qui s'y attachèrent exclusivement, laissèrent de côté l'étude des liquides de l'organisme, comme on l'a reproché à Brown et à Broussais. Les humoristes tombent dans l'excès contraire. Mais, à notre point de vue, il est certain que les anatomistes ne tiennent pas assez de compte des liquides divers, et en général des phénomènes physico-chimiques qui jouent pourtant un rôle notable dans les manifestations vitales.
Aussi je pense qu'il faut d'abord étudier les fonctions dans leurs apparences, c'est-à-dire leurs mani-