DU SYSTÈME MUSCULAIRE
19 avril 1864.
SOMMAIRE. — Importance du mouvement musculaire et du système musculaire. — La cause du mouvement musculaire réside dans une substance particulière, contractile. — La substance contractile se présente sous trois états : état amorphe, cellule, fibre. — Rapports de la substance musculaire avec ses enveloppes, avec les os, avec le système nerveux, — Les fibres musculaires peuvent exister sans système nerveux. — Développement du cœur. — Les fibres striées ne sont pas seulement spéciales aux organes de la vie animale. — Elles sont toujours en rapport avec un système nerveux.
Substance musculaire ou synlonine. — Elle ne doit pas être confondue avec la librine. — Ses différents étals. — Cellules contractiles. — Fibres musculaires lisses et striées. — Réunion des fibres en faisceaux ou muscles. — Enveloppes : sarcolemme, périmysium. — Aponévrose, tendons. — Vaisseaux et nerfs contenus dans les muscles. — Suc musculaire ; sa constitution. — Il diffère du sang.
Le mouvement musculaire, dont nous commençons aujouiTl'hui l'étude, caractérise à vrai dire l'ani-
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mal, car il est produit par une substance particulière, constituant tout un vaste système d'organes, qui suppose à la fois le systèuie nerveux qui lui sert d'irritant spécial et le système osseux qui lui fournit les leviers nécessaires pour rendre son action plus précise et plus variée. Or, en supprimant ces trois systèmes, on supprimerait l'animal presque tout entier, car on n'aurait plus que ce que Leydig appelle les éléments restés à l'état de cellules, les épithéliums, les glandes et les parties de ce genre, c'est-à-dire presque rien. Le système musculaire peut sans doute exister tout seul ; mais on ne comprendrait pas sans lui l'exislence des os et des nerfs : ces trois choses sont intimement liées les unes aux autres, et c'est le nmscle qui explique tout, parce qu'il est la raison de la manifestation de toutes les parties de cet ensemble.
Le mouvement musculaire constitue donc la principale fonction animale, et par suite le système musculaire est le centre des phénomènes manifestés par les êtres vivants.
Si nous remontons à la cause élémentaire de ce mouvement, comme la physiologie générale doit toujours le faire, nous trouvons cette cause dans une substance particulière qui a la propriété de se contracter sous l'influence de certains irritants, vitaux ou autres, mais jamais spontanément, car la matière vivante est aussi incapable que la matière brute de se donner à elle-même le mouvement : elle le reçoit
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toujours de quelque chose d'extérieur à elle. Cette propriété est identique dans son essence chez tous les animaux; mais elle se montre sous plusieurs aspects différents, suivant la forme que revêt la substance contractile.
La substance contractile se présente sous trois états différents :
1° L'état amorphe tel qu'on le voit dans les méduses et les amibes : toutes les conditions de la substance contractile y existent; mais on n'a qu'une matière presque diffuse répandue indifféremment dans l'animal et ue formant aucun organe plus ou moins analogue à la fibre musculaire : c'est le tissu sarcoclique ou sarcode que nous avons étudié précédemment et sur lequel il est inutile de revenir.
2° Dans un second état, la substance contractik^ n'est plus amorphe; elle est déjà limitée dans une forme définie, mais cette forme, c'est seulement une cellule : c'est l'état qu'on observe dans les polypes hydraires ou dans les hydres d'eau douce (fig. 3ù).
o" Enfin, le troisième état de la substance musculaire est celui où elle se présente limitée dans des tubes plus ou moins longs qui constituent les fibres musculaires; ces fibres elles-mêmes sont de deux sortes, les unes lisses et plates, les autres arrondies et striées (fig. 35).
La substance musculaire peut aussi se présenter dans divers rapports avec l'enveloppe qui l'entoure ; elle est tantôt diffluentc (sarcode) et tantôt contenue
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flans une enveloppe élastique qui revient à sa forme première, après la contraction. Enfin, dans rmtestm on trouve des fibres musculaires sans aucun rapport
Fig. 34. — Pied d'une hydre (d'après Leydig); le foyer est placé sur le tissu contractile.
(!. La peau avec (luclqucs organes urticants. — b. Les cellules cutanées (lu disque péclial. — c. L'orifice situé ilaus le (lis(iue. — cl. Les cellules contractiles. (Fort grossissement.)
Fig. 35. — Fibre musculaire striée (d'après Kolliker).
A. Faisceau primitif des muscles intercostaux internes de l' homme se continuant directement et sanslimitc tranchée avec un faisceau tendineux B. (Grossissement do 250 diamètres )
avec les os, et chez certains animaux, comme les mollusques, on ne trouve pas d'os du tout, quoiqu'il y ait des fibres musculaires parfaitement définies.
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On peut également trouver ces fibres sans aucune trace de système nerveux. C'est donc un tort de vouloir distinguer le sarcode et les fibres musculaires par l'absence ou la pi-ésence des nerfs, car si le tissu sarcodique n'a jamais de nerfs, le tissu musculaire n'en a pas toujours.
D'ailleurs, pour tous les organes, mais plus particulièrement peut-être pour les muscles, on trouve chez les animaux supérieurs, à certaines époques de leur développement embryonnaire, des états transitoires qui restent définitifs chez d'autres animaux. L'évolution organique de l'être élevé représente donc ainsi, comme on l'a dit bien souvent, l'échelle animale tout entière. Eh bien! les muscles ne sont point pourvus de nerfs dans les premières périodes de leur développement, même chez les animaux supérieurs.
Le cœur se prête très-bien à l'observation de ce phénomène, surtout chez les oiseaux. Ce muscle a pendant un certain temps l'apparence d'une masse musculaire sans texture et sans aucune trace de nerfs, ce qui ne l'empêche pas de se contracter sous l'influence d'autres excitants que l'action nerveuse, comme nous l'avons dit dans notre précédente leçon. Plus tard apparaît la substance contractile définie sous forme de cellule, puis les fibres plates et ensuite les fibres striées. C'est seulement après toute cette évolution que le système nerveux commence à se développer. Mais, si l'on tient compte de l'état embryonnaire, il est vrai de dire qu'on trouve tout dans
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rhomnic et que l'animal supérieur représente toutes les formes élémentaires inférieures par lesquelles il a du passer pour arriver à une perfection plus grande. Nous venons de voir en effet la substance contractile, d'abord sous forme de sarcode, se définir ensuite en cellules qui deviennent des fibres plates, lesquelles se transforment enfin en fibres striées. Il y a là une transmutation successive qu'il est impossible de méconnaître.
Quelques physiologistes ont prétendu que tous les organes delà vie de relation avaient des fibres striées, tandis que les organes de la vie végétative avaient des fibres plates. Mais la zoologie donne un démenti flagrant à tous les systèmes qu'on voudrait établir à ce sujet. Ainsi le cœur est certainement un organe delà vie végétative, et il possède cependant des fibres striées; sans doute les muscles de l'intestin sont généralement formés de fibres lisses : mais le gésier des oiseaux etfintestin des tanches, d'après les observations d'Ernest-Henry Weber, ont encore des fibres striées. Les organes de la vie de relation ne comportent pas non plus exclusivement des fibres striées ; mais si c'est là encore une proposition qui n'est pas plus vraie, comme loi, que la précédente, on pourrait cependant l'accepter comme une généralité représentant le cas le plus ordinaire.
On a voulu dire aussi que certains animaux se caractérisaient spécialement par une certaine nature de fibres; ainsi les huîtres et les mollusques n'au-