‹ Lecons sur les proprietes des tissus vivantsChapitre 85 sur 140 · QUINZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUINZIÈME LEÇON

UES !«;rf!S moteurs et de leur actioik.

17 mai 186i.

SOMMAIRE. — Le nerf moteur a une vie propre dans l'ensemble (lu système nerveux. — Marche que suit dans le nerf moteur la disparition des propriétés vitales, — Le nerf moteur se nourrit par la cellule centrale. — Il s'empoisonne par l'extréraiié musculaire. — Distinction des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs par l'action du curare. — État d'un animal empoisonné par le curare. — Mécanisme de la mort sous l'influence de cet agent toxique. — Régénération des nerfs moteurs; sa marche. — Action du nerf moteur sur le muscle ; influence nerveuse.

L'élément nerveux moteur fait partie du système nerveux, mais il occupe une place distincte entre le muscle et le nerf de sensibilité. Cette distinction s'établit, non-seulement anatomiquement par la diversité des origines, mais aussi physiologiquementpar la différence des propriétés nerveuses et par l'action

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variée des poisons sur elles. Les limites de cet élément moteur sont, d'un côté, la fibre musculaire dans laquelle il se termine, de l'autre, la cellule centrale d'où il part. Cette cellule présenterait une forme et des caractères particuliers qui lui ont valu le nom de cellule motrice.

Le nerf moteur a une vie propre, parfaitement indépendante de celle des autres tissus, et, par une conséquence naturelle, il jouit aussi d'une nutrition particulière, de telle sorte qu'il peut se nourrir sans que les muscles ou les autres nerfs se nourrissent pour cela. Cherchons d'abord à déterminer les conditions essentielles de cette nutrition.

L'origine du nerf moteur est une cellule placée dans la moelle et contenant un noyau, un nucléole et des granulations. De cette cellule parlent des tubes nerveux plus ou moins longs, composés, comme nous l'avons dit, par un cylindre-axe qui en est la partie essentielle et qui est protégé par une enveloppe tubulaire remplie d'une substance albuminoïde opaque après la mort, mais transparente pendant la vie, ce qui empêche d'apercevoir le nerf. La nutrition du nerf moteur ne se fait point par toutes ses parties, telles que nous venons de les indiquer, mais seulement par la cellule centrale. Aussi, quand on pratique une section qui interrompt toute communication avec la cellule centrale, il y a paralysie du nerf, et l'influence de la volonté ne peut plus se transmettre au muscle. Cependant, si l'on prend le bout périphé-

.NUTRITION DES NERl'S MOTEURS. 253

riquedu nerf moteur et si on l'irrite avec des irritants mécaniques ou physico-chimiques on obtient des mouvements dans le muscle, mais seulement pendant un temps limité. Ainsi, dans les premiers moments, on en obtiendra en agissant sur une partie quelconque de la longueur du nerf moteur coupé; plus tard, l'effet ne se produira plus quand on opérera sur l'extrémité du nerf, près de la section ; et il faudra descendre de plus en plus vers l'extrémité périphérique, celle qui plonge dans le muscle, jusqu'à ce qu'on finisse par ne plus rien obtenir du tout, même en irritant le nerf à son entrée dans la substance musculaire. Le nerf moteur perd donc ses propriétés du centre vers la périphérie.

Ces phénomènes physiologiques sont dans une étroite corrélation avec des phénomènes anatomiques qui suivent une marche parallèle. On observe, en effet, après la section du nerf, une coagulation de la matière nerveuse entourant le cylindre-axe, coagulation qui se propage également de la périphérie vers le centre, et dont les progrès correspondent exactement à ceux de la disparition des propriétés vitales du nerf. Ainsi donc, si ces propriétés vitales persistent quelque temps encore après la section du nerf, c'est que ce nerf a conservé intact son milieu nutritif, la moelle qui rempht les tubes nerveux. Au fur et à mesure que ce milieu s'altère, ou disparaît, les propriétés physiologiques disparaissent également.

Examinons maintenant le bout du nerf couj)é qui

^^^l l'élément nehveux.

tient à la cellule nerveuse centrale. Nous voyons qu'il s'est complètement conservé avec toutes ses propriétés. La nutrition du nerf moteur s'opère donc par la cellule centrale, puisque le bout qui reste en communication avec elle conserve toujours sa constitution normale. Nous verrons plus tard qu'il y a une cellule nutritive particulière pour le nerf sensitif correspondant.

Avant de terminer ces généralités sur le nerf moteur, il convient d'exposer les expériences que nous avons instituées, pour démontrer par l'action des poisons la séparation des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs. Nous avons déjà dit bien des fois que le curare agit seulement sur les nerfs de mouvement et respecte le système nerveux sensitif ; c'est là le point de départ de ces expériences, qui vont être répétées sous vos yeux.

Voici d'abord une grenouille (fig. 52) dont on a mis à découvert les nerfs lombaires en soulevant et en réséquant le sacrum. Puis on a passé un fil par-dessous, et l'on a lié fortement toutes les parties placées devant les nerfs lombaires, veines, artères, etc., de telle sorte que le train antérieur ne communique plus avec le train postérieur que pailes nerfs lombaires : c'est absolument comme si l'animal était coupé en deux, et que les deux parties fussent réunies au moyen des nerfs lombaires. La ligature que nous avons pratiquée a arrêté toute circulation dans les membres postérieurs; mais si

ACTION l'HYSIOLOGlQljE DU CURARlù 200

nous empoisonnons le train antérieur, le sang, qui sert de véhicule à l'action toxique, sera certainement

l"ig. 52. — Grenouille prépai éc pour montrer que le curare détruit Its propriétés tles nerfs moteurs sans atteindre celles des nerfs sensilifs.

AA. Nerfs lombaires au-dessus de la ligature. — lî. Aorte au-dessous du fil et comprise dans la ligature.

25(3 L l'LliMENT NliRYEUX,

mis en contact avec tous les nerls de la partie antérieure du corps au-dessus de la ligature : le système nerveux moteur y périra donc complètement. En sera-t-il de même dans le train postérieur? Non ; et voici pourquoi. L'action du curare sur le nerf moteur ne peut s'exercer qu'à la condition de faire toucher au poison l'extrémité périphérit[ae de ce nerf, qui plonge dans le muscle lui-même. L'em^ poisonnement du nerf moteur ne se propage point par la moelle épinière au delà de la cellule motrice. Or, dans le train antérieur, le sang imprégné de curare sera mis en contact dans le muscle avec l'extrémité périphérique du nerf moteur et pourra lui transmettre l'action du poison. Mais dans le train postérieur, la ligature, qui a interrompu la circulation, interdit tout accès au sang infecté par le curare; les nerfs moteurs ne pourraient donc être atteints que parleur origine dans la moelle épinière, et nous savons que l'empoisonnement ne se propage pas par cette voie.

On pourrait peut-être s'étonner que le nerf moteur s'empoisonne par son extrémité, tandis qu'il se nourrit par la cellule centrale. Les faits sont, du reste, bien étabhs et aussi incontestés qu'incontestables. Force est donc bien de reconnaître que la cellule centrale est Félément trophique du nerf moteur, et les expériences qui se font ici mettent hors de doute le fait que ce même nerf s'empoisonne exclusivement par la périphérie. Il n'y a point là de contradiction,

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