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si évidente que paraisse la déduction qu'où eu tire, elle ne peut avoir la prétention de se poser en vérité démontrée, observée; elle ne sera jamais qu'une interprétation plus ou moins juste, mais toujours sujette à l'erreur, et, par conséquent, toujours susceptible d'être changée ou modifiée. Ainsi, dans l'exemple que nous avons ici, il ne faut pas se bâter de dire : cette grenouille empoisonnée est privée du senlimenL et du mouvement : cela serait faux ; il faut se contenter d'exprimer par le langage les phénomènes observés : cette grenouille est empoisonnée de manière à ne plus manifester aucun mouvement. Maintenant, la suppression complète du mouvement dans une partie suppose-t-elle nécessairement la perte de la sensibilité? C'est une question qui reste à part, et qui va se résoudre par les expériences qui suivent.
Sur la grenouille telle qu'elle a été préparée ici, nous avons un moyen bien simple de mettre eu évidence la persistance de la sensibilité, malgré la destruction du nerf moteur par l'action du curare. Si nous pinçons les pattes postérieures, il est toul naturel que nous obtenions un mouvement dans ces pattes, puisque, grâce à la Hgature qui a été faite au miUeu du corps, tout le train postérieur a été préservé de l'action du curare. Mais pinçons maintenant les membres antérieurs en observant les membres postérieurs, et nous verrons ceux-ci remuer. Il est donc bien évident par là que la sensibilité persiste dans la partie antérieure du corps qui a subi l'action
ACTION PHYSIOLOGIQUE DU CUUARi:. lOJ
toxique. L'irritation produite par la pince se transmet à la moelle épinière, et de là au train postérieni- ([ui lui est resté uni au moyen des nerfs lombaires; et les pattes de derrière peuvent remuer sous celte influence, parce que le système moteur n'y est pas détruit, comme dans la partie antérieure du corps. Au lieu de préserver de l'action du curare toute une moitié du corps, nous aurions pu conserver seulement un seul muscle, comme le muscle soléaire, en liant l'artère qui s'y distribue, ou même une seule fibre, si nous parvenions à l'isoler convenablement; et ce muscle ou cette fibre nous auraient seuls manifesté par leurs contractions la persistance de la sensibilité dans le reste du corps. Il y a donc une distinction très-nette et très-complète entre ces divers ordres de phénomènes, malgré la grande complication des actions vitales et leur enchevêtrement inextricable qui paraît si peu se prêter à l'analyse du physiologiste.
Comme point de comparaison, nous pouvons prendre maintenant cette grenouille qui a été empoisonnée par le curare sans qu'aucune ligature vienne préserver certains membres. Tout mouvement est perdu chez elle. Nous avons beau la pincer, elle paraît complètement insensible, bien que la sensibilité ne soit perdue nulle part, comme nous venons de le montrer.
Mais comment concevoir que la mort arrive par suite de la suppression des nerfs moteurs ? C'est ce
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(lui nous reste à expliquer; car, si tous les poisons produisent un même résultat final, la cessation de l;i vie, ils diffèrent beaucoup dans leur mode d'action, et ils donnent chacun, pour ainsi dire, un mécanisme particulier de la mort. Voyons donc comment les choses se passent dans le cas qui nous occupe.
Tous les nerfs moteurs n'ont pas la môme sensibilité à l'action du curare. Les plus sensibles sont les nerfs moteurs cérébro-spinaux. Aussi, quand on n'administre qu'une petite dose de curare, les nerfs moteurs des membres sont atteints plus vite que les autres ; or les nerfs respiratoires ne le sont pas encore à ce moment : la vie continue donc dans ce cas; èt si l'empoisonnement n'augmente pas, au bout d'un certain temps, l'animal élimine le poison qu'il avait absorbé : ses nerfs moteurs se régénèrent, il recouvre l'usage de ses membres, et continue à vivre comme auparavant. Mais si la dose est plus forte, les nerfs respiratoires sont atteints comme les autres, et l'animal périt purement et simplement par asphyxie. Cela estsi vrai, que, si l'on a recours à la respiration artificielle, on peut donner à l'animal le temps d'éliminer le poison, et il échappera ainsi à la mort qui n'aurait point manqué de l'atteindre rapidement.
Après cette démonstration de l'isolement physiologique du nerf moteur et du nerf seusitif, reprenons l'histoire du nerf moteur. Le nerf moteur peut se régénérer dans certaines conditions. Quand la paralysie du nerf moteur arrive à la suite d'uiie section, le nerf