TRAITEMENT DES ÉCROUELLES. ^3A
intestinale par radministration Don interrompue de ces préparations.
Tassocie assez souvent à la ciguë les préparations d'iode et de fer, sans en augmenter graduellement la dose, comme je le fais des préparations de ciguô. Ainsi, je dépasse rarement 20 à 30 centigrammes par jour de prolo-iodure de fer.
S*il survient quelque embarras gastrique pendant le cours de ce traitement, il faut le suspendre momentanément et profiter de cette suspension pour purger le malade, avant de reprendre les moyens ordinaires.
Les premiers effets curatifs du traitement par la ciguë sont sensibles presque immédiatement et frappent Tœil des plus incrédules ; mais bientôt ces effets se ralentissent : il reste un noyau d'induration qui est toujours très long à disparaître.
La ciguô a cet avantage sur beaucoup d'autres préparations, et notamment sur Phuile de foie de morue, qu'elle est d'une administration facile et n'inspire aucune répugnance aux malades, surtout si on leur laisse ignorer le nom du médicament qu'on leur administre. Je donne l'alcoolature dans un julep approprié, que le malade prend par parties en deux ou trois fois dans le courant du jour. La poudre de semences s'emploie sous la forme [lilulaire, seule ou associée aux préparations ferrugineuses.
On doit chercher à obtenir la résolution des écrouelles quand elles sont peu volumineuses, quand les glandes lymphatiques ne sont pas infiltrées de produits hétéromorphes, quand elles siègent sur des parties habituellement découvertes, enfin, quand elles affectent des sujets du sexe féminin ou se sont montrées à la suite d'affections cutanées.
On cherche à provoquer la suppuration des écrouelles déjà
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anciennes, rebelles aux traitements mis en usage ; de celles qui sont lourdes, volumineuses, manifestement infiltrées de produits hétéromorphes» qui existent chez des sujets du sexe masculin ou qui ont apparu spontanément sur diverses régions du corps.
On croit généralement que la résolution des écrouelles ne peut avoir lieu que quand elles sont simplement inflaiomatoires ou hypertrophiques ; c'est une erreur. Par les préparations de ciguë» j'obtiens tous les jours la fonte d'écrouelles évidemment formées par des ganglions farcis de tubercules ; il est vrai de dire que la résolution de ces dernières; pour être obtenue, demande beaucoup plus de temps, et que, dans quelques cas, les malades se fatiguent et ne veulent plas continuer leur traitement. Je me propose d'essayer, dans le traitement des écrouelles tuberculeuses, les hypophosphites alcalins, et de comparer les effets obtenus à Taide de ces agents avec ceux que procure l'usage des préparations de ciguS et de fer.
On a beaucoup vanté, contre les écrouelles, certaines eaux minérales, et particulièrement les eaux alcalines et les eaux sulfureuses ; je pense qu'elles ne méritent pas les éloges qu'en ont faits quelques auteurs. Je donne assez habituellement aux écrouelleux des bains de sulfure de potasse, mais seulement à titre d'excitants généraux. Ce que je puis vous affirmer, c'est que les malades affectés d'écrouelles que j'ai dirigés vers les sources thermales en sont revenus tels qu'ils étaient partis, sans aucun résultat quant à l'affection locale.
Je dois mentionner les crucifères, le houblon, les végétaux antiscorbutiques, qui n'agissent très probablement que par l'iode qu^ils renferment; on les donne comme adjuvants sous forme de tisanes. L'infusion de sommités de houblon est la
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tisane que je préfère, celle que je prescris habituellement dans le traitement de toutes les affections scrofuleuses , et des écrouelles en particulier.
Je passe aux moyens externes.
Moyens externes. — Le traitement local est d*un grand secours dans la cure des écrouelles, qu'on se propose d'arriver à la guérison de la maladie par la fonte de ces tumeurs, ou d'atteindre le même but par une voie différente, la suppuration.
Vous ne sauriez imaginer combien de moyens ont été proposés, tant le nombre en est considérable, tant la diversité en est grande, contre les tumeurs écrouelleuses. Passons successivement en revue chacun de ces moyens; je les rattacherai aux fondants proprement dits, aux excitants locaux, aux caustiques et aux moyens chirurgicaux.
Pondants. — L'iode est, à coup sûr, le plus en vogue, si ce n'est le remède le plus utile.
On emploie, à Textérieur, Tiode pur ou ses préparations, riodure de potassium, l'iodure de plomb, l'iodure de soufre, etc.
Avec la teinture plus ou moins concentrée, i l'aide d^un petit balai de charpie, on fait, tous les jours ou tous les deux ou trois jours seulement, un badigeonnage sur les tumeurs écrouelleuses.
Les préparations dUode, seules ou avec un excès d'iode, s'emploient le plus souvent en pommades sous forme de frictions.
Voici les formules que nous prescrivons habituellement :
Axouge 30 grammes.
lodure de potassium 2 grammes.
Iode. • de 20 à 50 centigrammes.
ihà DB LA SCROFULE LYMPHATIQUE ET CELLULAIRE.
Axonge 30 grammes.
lodure de potassium 4 grammes.
Iode 1 gramme.
Je conserve à peu près les mêmes proportions pour les iodures de plomb et de soufre. Quant aux iodures de mercure, je ne les emploie sous aucune forme dans le traitement de la scrofule.
L'iode doit, suivant moi, céder le pas à la ciguë dans le traitemenl local , comme dans le traitement interne des écrouelles ganglionnaires non suppurées ] mais, dans la cure des ulcères et des fistules qui succèdent aux ganglites suppuratives et aux écrouelles cellulaires, cet agent théra* peutique rend évidemment beaucoup plus de services que la ciguë.
C'est un moyen sûr de b&ter la cicatrisation des ulckes scrofuleux que de les laver chaque jour avec un solutum iodé, de faire des injections avec le même solutum dans les trajets fistuleux, et enfin de panser les plaies avec un linge percé, enduit d'une couche de cérat iodé.
La ciguë n'est pas moins utile à Fextérieur qu'elle l'est à l'intérieur dans le traitement des écrouelles. Avec l'extrait de ciguë, dans les proportions de & à 8 grammes pour 30 grammes d'axonge, nous composons une pommade qui, suivant moi, est la meilleure de toutes celles que l'on peut employer comme fondante dans le traitement des écrouelles; j'ajoute quelquefois à cette pommade une certaine quantité d'iode ou d'iodure de potassium. Je n^ai pas remarqué que l'addition de ces agents la rendit plus active.
Beaucoup d'autres remèdes ont été proposés par les auteurs : l'emplâtre de Vigo, les préparations mercurielles,
TRAITBMBNT DKS ÉCRODELLES. SA 5
le moriate d'or, etc. Après m'en élre servi pendant quelque temps, je sais revenu i la ciguô, dont Taction est infiniment plus certaine et plus efficace. Je dirai même que la plupart de ces agents sont inférieurs aux préparations iodées (1).
Excitants locaux. — Parmi les excitants locaux, je rangerai l'électricité localisée, moyen que je n'ai pas expérimenté, mais qui parait avoir été employé avec quelque succès, dans ces derniers temps, par le docteur Boulu.
La térébenthine, les huiles de pétrole* d'asphalte, etc., qui ont été employées à l'extérieur, dans le traitement des ecrooeiles, ne me paraissent pas agir autrement que par l'excitation locale qu'elles produisent.
Caustiques. — Les caustiques ne me paraissent indiqués que quand l'écrouelle est ouverte, et qu'au fond de l'ulcère on aperçoit le tissu ganglionnaire infiltré de tubercules. C'est alors le cas, pour abréger la durée du mal, de porter sur ce fond tuberculeux, afin de le détruire le plus vite possible, ou le nitrate de mercure, ou le caustique de Vienne, ou le chlorure de zinc, ou mieux l'acide chromique, dont l'action est prompte et énergique, mais dont l'application n'est pas sans dangers et ne saurait être confiée à des mains inexpérimentées.
On a proposé d'ouvrir les abcès scrofuleux, les écrouelles
cellulaires, par le moyen des caustiques. Ce procédé peut être
bon chez des personnes pusillanimes, mais généralement on
préfère le bistouri, qui est plus expéditif.
Moyens chirurgicaux. — La chirurgie est appelée fort
(1) J*fliDploîe deimis quelque tempi avec graod avanUge, dans le bat d*obtenirla fonte dei engorgements gangUonnaires, Teau de mer palvérisée par l'«ppareil bydrofèredc M. Mathieu (de laDrôme).
8A0 DE LA SCROPOLB LYMPHATIQDB ET CBLLULAIRE.
souvent à intervenir dans la cure des écrouelles ; son intervention est utile et approuvée de tous lorsqu'il s'agit d'oo» vrir avec la lancette ou le bistouri les écrouelles suppurées, les abcès scrofuleux, d*ébarber, d*exciser les lambeaux de peau complètement décollée, et de prévenir par là des cicatrices difformes, de faire sauter les ponts ou languettes de peau qui séparent les orifices fistuleux, de cautériser les • bourgeons exubérants. En est-il de même quand le chirurgien attaque les écrouelles ganglionnaires, à l*état de crudité, par la ponction répétée, l'excision ou l'amputation de ces tumeurs!
Règle générale, je ne puis que blâmer cette chirurgie aveugle : extirper une glande infiltrée de tubercules, ce n'est pas guérir la scrofule. Le tubercule se dépose dans les glandes du voisinage, et vous ne pouvez avoir la prétentioD d*extirper tout le système lymphatique; de même, quand vous coupez la jambe pour une tumeur blanche de l'articulation tibio-tarsienne, le mal se reproduit dans l'articulation du genou.
Vous citerai-je des exemples? Mais vous en avez en ce moment plusieurs dans notre service. N'avons-nous pas, dans notre première salle, un scrofuleux, qui a subi l'extirpation d'une grosse tumeur ganglionnaire de la région cervicale, i l'hôpital Beaujon, et chez lequel se sont développés, depuis lors, des bubons scrofuleux des régions axillaires et inguinales? Non loin de ce malade en est un autre qui, i l'hôpital de Lariboisière, a eu le premier métatarsien amputé pour une carie du gros orteil » ensuite la jambe coupée pour une tumeur blanche de l'articulation tibio^tarsienne, et qui aujourd'hui est affecté d'une tumeur blanche du genou. Si nous adoptions les principes du chirurgien qui lui a donné
TBAITEMBNT DBS ÉCROCBLLES. SA?
des soins, nous n'aurions aujourd'hui qu'une chose i faire, €6 serait de lui faire couper la cuisse ; le mal se montrerait bientôt sur l'articulation coxo-fémorale, et, n'ayant plus rien à couper que le tronc, il faudrait rester l'arme au bras, spectateur impassible des progrès d'une lésion qu'aucun moyen chirurgical ne saurait enrayer. Mais ce qui condamne cette déplorable pratique, ce sont les faits de guérison obtenus par les traitements rationnels. J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de vous faire voir des malades qui, après avoir obstinément refusé de se soumettre à ces cruelles mutilations, sont entrés dans mon service et y ont trouvé une entière et parfaite guérison.
Dans quelques circonstances, l'écrouelle est isolée, unique, et constitue plutôt une difformité qu'une maladie; la diaihise paraît enrayée dans sa marche. Si le malade veut être débarrassé promptement de sa tumeur et consent à l'opération, Textirpation est évidemment praticable et permise dans ce cas particulier.
Il en serait de même si la tumeur comprimait un organe dont les fonctions seraient importantes, indispensables à la vie; on comprend que, dans ce cas, il pourrait être indiqué ou d'en exciser une partie, ou de l'extraire en totalité.
Quand les foyers de suppuration sont multipliés, l'épuisement du malade réclame quelquefois l'emploi des toniques, et particulièrement du vin de quinquina.
Je combats avec beaucoup d'avantage le phagédénisme et la pourriture scrofuleuse par les lotions avec le solutum de sublimé, par les pansements faits avec des plumasseaux imbibés d'huile de cade.