‹ Leçons théoriques et cliniques sur la scrofuleChapitre 4 sur 153 · ET LEUR CLASSIFICATION · texte numérisé non relu

ET LEUR CLASSIFICATION

Depuis les travaux analytiques de Biett, la dermatologie était restée stationnaire. Quelques-uns des élèves de Biett ont, il est vrai, cherché à localiser les affections de la peau dans tel ou tel élément constitutif du derme ; mais les efforts tentés dans cette voie peuvent-ils, en dehors du point de vue analomique, être considérés comme un progrès ?

Ainsi, nous admettons volontiers avec M. Chausit que M. Cazenave a étudié, d'une manière toute spéciale, le siège du sycosis ; mais nous demandons qu'on nous dise à quoi ont servi les travaux de cet habile dermatographe. Ses recherches ont-elles l'ait avancer l'histoire de la teigne tonsurante de la face? Est-on plus éclairé sur la nature et le traitement de la mentagre, quand on sait que le siège de la mentagre pustuleuse est dans l'extrémité du conduit pilifère que celui de la mentagre tuberculeuse est sur le bulbe pileux lui-même?

Quand notre collègue, M. Gibert, proclamait dernièrement dans ses leçons, que le sycosis est la troisième expression de l'Iierpès, ce qui n'est vrai, pour le dire en passant, que du

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sycosis parasitaire, pense-t-on qu'une opinion si nouvelle et si étrange dans la bouche du savant académicien, ait eu une autre raison d'être que les recherches de M. Cazenave sur la localisation de la mentagre?

Baron fils, de regrettable mémoire, avait aussi entrepris des recherches sur le siège anatomique des affections cutanées. Quelques-unes de ses assertions ne sont, à vrai dire, que des hypothèses purement gratuites; mais d'autres portent le cachet de la vérité, et pourtant celles-ci comme les autres sont restées stériles! Pourquoi? Parce que cet auteur, voué aussi à l'organicisme, n'a pas su voir, dans ces recherches, tout ce qu'elles peuvent donner pour édifier une classification méthodique et vraiment médicale des affections de la peau. L'organicisme- a immobilisé la dermatologie et l'a rendue stérile.

Les nombreuses variétés de formes admises par les willanistes ont éloigné de son étude les jeunes médecins instruits qui ne comprenaient que trop bien le vide de ces divisions complètement inutiles pour la pratique.

Les élèves qui assistaient aux cours et aux cliniques de l'hôpital Saint-Louis , acquéraient des connaissances qui semblaient leur donner une sorte de supériorité sur les médecins étrangers à la spécialité ; mais ces connaissances étaient plus brillantes qu'utiles, cette supériorité plus apparente que réelle : de cette nombreuse multiplicité des formes, ils ne retenaient que la distinction des genres, tels que l'eczéma, le lichen, l'impétigo; — les espèces étaient admises comme simples variétés de forme et non comme les manifestations spéciales des unités pathologiques. Par leur nombre, elles surchargeaient la mémoire; et comme leur connaissance n'avait aucun but d'utilité clinique, les recon-

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naître au lit du malade semblait plutôt une question de curiosité scientifique qu'une nécessité de la pratique.

On croit se tirer d'embarras en disant que le système du classificaleur anglais n'a pas pour but de diriger le médecin vers la thérapeutique, mais a pour but unique de lui rendre facile le diagnostic des nombreuses variétés d'affections, dont la peau peut être le siège. Connaître si une maladie de peau est contagieuse ou si elle ne l'est pas, dire si elle est syphilitique ou non syphilitique, tel serait, selon les sectateurs de Willan, le seul problème important à résoudre. Quant au traitement, ce n'est là qu'une question secondaire.

Je dis, moi, que le traitement est au contraire la question principale pour le clinicien qui ne cherche, dans le diagnostic, qu'une base sur laquelle il puisse établir sûrement les indications thérapeutiques.

Assurément, au point de vue du diagnostic différentiel, vous devez rapprocher les affections qui ont des lésions élémentaires communes; vous pouvez même indiquer les signes* pronostiques et les indications thérapeutiques qui découlent immédiatement de la forme de l'affection, et qui, dans une certaine mesure, modifient le pronostic et le traitement des maladies elles-mêmes ; mais là vous devez vous arrêter, et si, à l'exemple des willanistes, vous rapprochez les affections qui ont les mêmes lésions anatomiques primitives pour en tracer une histoire complète, vous sortez du domaine de la séméiotique pour entrer sur le terrain de la nosologie, et vous suivez une voie fausse qui vous conduit directement à l'erreur et à l'anarchie; car vous arrivez à considérer comme étant la traduction d'une seule et même maladie désaffections qui, bien qu'ayant un caractère coin-

Xvj CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.

mun, la ressemblance de forme, appartiennent en réalité a des maladies différentes parla cause, le pronostic et le traitement.

A ce chaos des formes willaniques j'ai substitué une classification méthodique des affections delà peau, correspondant terme pour terme à celle des maladies.

Mais, avant d'exposer celte classification, il est nécessaire de rappeler, en quelques mots, mes principes de pathologie générale. Je n'ai, pour cela, qu'à mettre sous les yeux du lecteur un extrait de la première leçon du cours que j'ai fait à l'hôpital Saint-Louis, en 1855.

La médecine, de ptâciv (avoir soin), ou de medicari (administrer un remède), est, suivant Galien et d:après le Dictionnaire de l'Académie, l'art qui enseigne les moyens de conserver la santé et de traiter les maladies. Mais la médecine n'est pas seulement un art, elle est aussi une science, parce que les maladies qui sont l'objet de son domaine sont des unités fixes, invariables, inaltérables, qui, comme les autres phénomènes de la nature, peuvent être soumises cà des lois

De la définition de la médecine résulte sa division en deux branches :

L'hygiène, qui est l'art de conserver la santé et de prévenir les maladies;

Uiatrique, qui est L'art de traiter et de guérir les maladies.

Le sujet de la médecine, c'est le corps humain ; son objet, c'est la maladie; son but, c'est le traitement ou la thérapeutique, qui consiste à prévenir, guérir ou pallier la maladie.

Pour connaître la médecine, il faut donc connaître le corps humain, les maladies ou la pathologie, et le traitement des maladies ou la thérapeutique.

On connaît le corps humain par l'étude de l'anatomie et de la physiologie.

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. XVÎj

La connaissance des maladies s'acquiert par l'étude du malade : c'est la médecine clinique ou analytique; par l'étude abstraite des maladies : c'est la nosographie ou médecine synthétique.

Le médecin clinicien étudie les troubles de l'organisme, qui sont appelés phénomènes quand ils sont communs à l'état de santé et à l'état de maladie; symptômes quand ils sont propres à l'état de maladie; lésions quand ils consistent dans une altération matérielle des organes ; syndrômes quand ils comprennent un ensemble de symptômes qui s'enchaînent étroitement et dépendent d'un même état morbide; et affections^ow désigner l'état morbide d'un organe ou d'une partie quelconque du corps.

Les lésions peuvent être constatées pendant la vie ou après la mort; elles sont biologiques ou cadavériques. Dans le premier cas, et en tant qu'elles tombent sous nos sens, elles ne sont que des symptômes.

L'étude des symptômes constitue la sijmptomatologie ; l'étude des lésions cadavériques, c'est Vanatomie pathologique.

La. nosographie, ou médecine synthétique, est cette partie de la pathologie qui a pour objet spécial la description des maladies considérées comme unités morbides.

Mais qu'est-ce donc que la maladie? Rien n'est plus difficile, a-t-on dit, que de donner une bonne définition de la maladie. Oui sans doute ; mais rien n'est plus important.

Tout le monde, dit Chomel, sait ce que c'est que la maladie, et cependant personne ne peut en donner une définition exacte. C'est qu'en effet personne n'en a une idée bien claire ni bien nette.

XV||.I CONSIDÉRATIONS l'I! KUMINA I Rfefi,

Le Dictionnaire de l'académie définit la maladie : « une altération de la sanlé. » Celte définition n'est pas scientifiqueelle est vague, obscure et confond ensemble tous les mode* d'altération de la santé : l'indisposition, l'infirmité, la difformité, etc. Cherchons dans les auteurs une définition plus précise.

Hippocrate connaissait l'unité morbide, la maladie, sa marche, ses périodes, etc., mais nulle part, dans aucun endroit de ses ouvrages, il n'a donné une véritable déGnilion de la maladie.

Galien a parfaitement défini la maladie et synthétiquement établi sa nosographie : c'est une disposition (A^ç) ou af- [ fection contre natiire\ des parties du corps, qui empêche premièrement et par elle-même leur action. Le symptôme est aussi une affection contre nature des parties, mais la maladie précède et joue le rôle de cause.

Ainsi, pour Galien, la maladie était une affection contre nature des parties : c'était la lésion avec laquelle il confondait la maladie. Aussi a-t-on dit qu'il était le père, le premier des organiciens. Galien, cependant, n'est jamais allé si loin que beaucoup d'auteurs modernes. Il ne repoussait pas la maladie en tant qu'unité morbide, il ne confondait pas la maladie, ou le vôcoç, avec la souffrance de la fonction, ou le irô9os. Il savait que dans une même maladie il pouvait y avoir plusieurs lésions-, mais il y en avait toujours une plus importante que les autres, qui étaient secondaires et n'avaient lieu que par consentement.

Chomel, en définissant la maladie un désordre notable survenu dans la disposition matérielle des parties ou dans les fonctions, confond, comme Galien, la maladie avec la lésion, cl, de plus, il la confond avec le symptôme. Aussi trouve-

i;(i>smr.lïvTlONS IMiKLIMINAlHES.

t-il qu'il csl inutile de distinguer l'affection do la maladie, et qu'il est convenable d'employer ces deux mots comme synonymes.

Les auteurs qui, comme Sydenham, ont compare la maladie à un ennemi elle corps du malade au terrain sur lequel se livrait le combat, ont défini la maladie : un effort de la nature [conamen natures, réaction de la vie, etc.); mais évidemment ils étaient à côté de la question, puisque ce n'était pas le combat qu'il s'agissait de définir, mais bien la maladie, lennemi du corps ou de la santé. D'ailleurs, la réaction de la vie ne se montre pas dans toutes les maladies.

Une bonne définition de la maladie doit être celle qui distingue l'objet que l'on veut définir, la maladie, des objets qui ont avec elle le plus de points de similitude.

Évidemment, la maladie est une altération de la santé ; mais les indispositions, les infirmités, les difformités ne sontelles pas aussi des altérations de la santé? Les phénomènes, les symptômes, les lésions et les affections sont des troubles fonctionnels et organiques qui ne doivent pas non plus être confondus avec la maladie.

On peut, je crois, définir la maladie : un état accidentel et contre naturejde l'homme, qui produit et développe un ensemble de désordres fonctionnels et organiques, isolés ou réunis, simultanés ou successifs.

Passons en revue chacun des termes de cette définition. Le mot état (status, conditio corporis humani, etc.) laisse dans le vague sur la nature de la maladie -, fi n'implique que Ti.lée d'une inconnue, d'un a: dont il faut tenir compte, sans qu'il soit besoin de pénétrer son essence-,

L'adjectif accidentel distingue la maladie des lésions permanentes : les infirmités ou difformités;

XX CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

L'adjectif contre nature (prœter ou contra-naturalis) sépare la maladie des indispositions, des troubles momentanés des fonctions occasionnés par les passions, par les excitations trop fortes des organes, comme l'indigestion. Il les sépare également de certains états physiologiques, comme la menstruation, la gestation, etc.;

Qui produit indique que la maladie est la source commune des symptômes et des lésions;"

Qui développe indique que la maladie est la cause du développement, des évolutions successives de tous les phénomènes morbides ; ^ ' lc^~ '^^^ ÇLh^ ■

Isolés ou réunis, ce qui veut dire que, dans une maladie, il y a tantôt des symptômes et une lésion; que, d'autres fois, la lésion manque; que, d'autres fois, ce sont les symptômes. Exemple : lesanévrysmes de l'aorte, les masses tuberculeuses dans le ventre, etc. Ces altérations organiques ne sont des maladies qu'à la condition de marcher, de suivre un développement, une évolution. Si elles s'arrêtent, si elles restent stationnaires, elles ne sont que des infirmités. Beaucoup de tumeurs de l'ovaire, de polypes fibreux de l'utérus sont dans ce cas. De même pour les symptômes et les affections : la paralysie stationnaire est une infirmité, et non une maladie. La luxation est une maladie chirurgicale ; si elle n'est pas réduite et qu'il se forme une fausse articulation, elle devient une infirmité;

Simultanés ou successifs, ce qui veut dire que la marche est continue ou périodique. Les périodes sont quelquefois très rapprochées, et d'autres fois séparées par de longs intervalles pendant lesquels le malade semble jouir d'une santé parfaite.

Pour qu'une série d'accès constitue une maladie, il faut que cette série soit en progression ascendante ou descendante.

CONSIDÉRATIONS PRELIMINAIRES. XXJ

Si le mal s'arrête, si les accès sont toujours les mêmes, la maladie devient une infirmité.

De cette définition de la maladie il résulte évidemment que les troubles, soit des fonctions, soit des organes, que les symptômes, aussi bien que les altérations matérielles, sont au même titre des produits de la maladie.

On en déduit comme corollaire qu'il n'y a aucun rapport nécessaire entre le symptôme et la lésion; que la relation directe n'existe qu'entre le symptôme ou la lésion et la maladie. Ainsi, une maladie peut être purement fonctionnelle ou- simplement organique; très fonctionnelle (grand désordre des fonctions) et peu organique (très faible altération des organes), ou très organique (grande altération matérielle), et peu fonctionnelle (léger trouble des fonctions).

Un prurit très violent peut coïncider avec une altération à peine appréciable de la peau, à ce point que mon honorable collègue M. Devergie, à l'exemple de Mercuriali , d'Alibert, etc., a cru devoir admettre un prurigo sans papules.

Le lichen et l'eczéma dartreux produisent d'atroces démangeaisons, le lichen et l'eczéma scrofuleux occasionnent fort peu de souffrance; il en est de même du lichen syphilitique.

Ce n'est pas la nature seule d'une lésion qui constitue la gravité du mal et rend le pronostic fâcheux, c'est surtout la nature de la maladie. Les produits morbides, tubercule, tissu libro-plastique, encéphaloïde même, ont une gravité relative, selon qu'ils se forment dans telle ou telle maladie; en d'autres termes, selon qu'ils sont idiopathiques ou symptoinatiques.

Les symptômes et les lésions par lesquels on arrive à la connaissance de la maladie sont les signes. L'étude des signes constitue la séméiotique. Ils donnent la connaissance de l'état actuel de la maladie, signes diagnostiques; de l'état

xxij considérations préliminaires.

futur de la maladie, signes pronostiques. Us fournissent des

indications thérapeutiques spéciales : c'est la médecine du

symptôme.

Nous avons quelques mots à dire maintenant du classement des symptômes, des lésions et des maladies.

Les divisions, les classifications sont utiles, parce qu'elles rapprochent les objets qui ont entre eux des affinités, des ressemblances; elles aident la mémoire, facilitent l'étude des sciences et donnent lieu à des inductions propres à éclairer les points obscurs de leur histoire.

Le symptôme est une modification morbide de l'action organique, de la fonction, ou un changement perceptible aux sens dans les qualités physiques de l'organe ou des matières excrétées. Quoi de plus naturel alors que de partager les symptômes, avec tous les anciens auteurs, en trois classes :

1° Modifications ou perversions des fonctions; 2° Modifications ou transformations des qualités physiques des organes;

3° Modifications ou transformations des matières excrémentitielles.

La lésion, c'est l'altération matérielle des organes. Le classement des lésions, c'est la classification anatomo-pathologique. liien n'est plus simple que d'adopter ici un ordre conforme aux divisions de l'analomie normale.

Nous aurons ainsi trois grandes classes de lésions :

1° Les lésions fœtales et congénitales qui correspondent à l'analomie embryonnaire ;

2° Les lésions des caractères physiques des organes, du volume, de la connexion, des rapports, qui correspondent à l'analomie descriptive;

. CONSIDERATIONS PRÉLIMINAIRES. XXl'ij

3° Enfin, les lésions de texture qui répondent à l'anatomie générale et de structure. Ces dernières sont divisées en analogues ou hélérologues, homœomorphes ou hétéromorphes, suivant qu'elles sont constituées par des produits analogues aux tissus normaux ou par des produits étrangers à l'organisation.

Le classement des maladies présente un peu plus de difficulté.

On les a divisées par leur siège, en maladies générales et locales. C'est une division des lésions ou des affections, et non des maladies.

On les a divisées par leur nature, c'est-à-dire par la nature supposée des affections. On doit renoncer à un système de classification qui ne classe que des affections sur des hypothèses physico-chimiques ou physiologiques, qui varie selon les idées de l'auteur, et qui offre des dangers pour la pratique, parce qu'il commande une thérapeutique découlant directement de l'hypothèse et non de l'expérience, seul juge que l'on doive accepter dans les questions de thérapeutique.

Le classement des maladies doit se faire d'après les ressemblances et les analogies que présentent entre elles les unités pathologiques. On doit avant tout tenir compte des considérations étiologiques.

La santé absolue n'existe pas. Chacun a sa part plus ou moins grande de souffrance corporelle et morale -, mais enfin ce qu'on est convenu d'appeler la santé pour chacun est une sorte d'équilibre du corps entre la prédisposition morbide ou la cause interne et l'action du monde extérieur, du milieu dans lequel nous vivons.

La maladie éclate dès. que J'équilibre vient a se rompre

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

par l'éveil des prédispositions qui jusque-là étaient restées latentes, ou par l'action toute physique des causes extérieures.

Il y a, dans la production de toute maladie, une combinaison d'action des causes extérieures et des prédispositions. La part de chacun de ces agents est plus ou moins grande.

Les agents physiques peuvent anéantir la vie à l'instant même; il n'y a pas de maladie : on dit alors que la] personne est morte d'accident (action de la foudre).

L'action des agents physiques, sans anéantir la vie, peut produire une lésion qui éclate en- même temps que la maladie (lésions traumatiques, plaies, fractures., luxations, brûlures, etc., qui constituent les maladies chirurgicales).

A côté des maladies chirurgicales, nous plaçons les maladies parasitaires produites parles parasites de l'ordre animal et végétal.

Puis viennent les empoisonnements, qui forment le passage des maladies de cause externe aux maladies de cause interne ou spontanées.

Nous avons en définitive :

1° Des maladies de cause externe ;

2° Des maladies de cause interne.

Les maladies de cause interne doivent être groupées en familles par les analogies qu'elles présentent dans leurs causes, leurs symptômes, leur marche, etc.

On a ainsi : 1° les fièvres, 2° les pestes, 3° les exanthèmes, h° les pseudo-exanthèmes, 5° les phlegmasies, etc.

Mon intention n'est pas de faire de la pathologie générale. J'ai hâte d'appliquer ces notions générales à l'étude de la pathologie cutanée.

J'ai dit que le symptôme était une modification de l'action organique, un changement perceptible aux sens dans les

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. XXV

qualités de l'organe ou des matières excrétées ; il est localisé, et par conséquent il existe une symptomatologie cutanée.

La lésion est une altération morbide de l'organe. II y a une anatomie pathologique de la peau.

Les symptômes et les lésions de la peau par lesquels on arrive à la connaissance des maladies sont des signes. Il y a donc une séméiotique de la peau qui suppose, d'une part, la connaissance de la symptomatologie cutanée, et, de l'autre, la connaissance nosographique des maladies.

La maladie est un état de l'homme et non un état des parties du corps. Par conséquent, il n'y a point de maladie de la peau. Pour la même raison, il ne saurait y avoir de nosographie cutanée.

Cependant, tous les auteurs qui ont écrit sur la pathologie cutanée, tous sans exception, depuis Mercuriali jusqu'à M. Devergie, ont admis des maladies de la peau et ont donné une classification particulière de ces prétendues maladies. C'est que tous les dermatologistes ont confondu la maladie avec le symptôme, avec la lésion, ce qui était d'autant plus facile à faire, qu'à la peau l'un et l'autre se trouvent réunis pour constituer l'affection.

Chaque nouveau dermatologiste qui paraît sur la scène se croit obligé à faire la critique des classifications des auteurs qui l'ont précédé sans pouvoir lui-même donner une classification meilleure; c'est qu'en effet le problème qu'ils se sont tous proposé de résoudre est un problème insoluble. On ne peut pas trouver une classification de lésions applicable à la nosographie, ou, pour mieux dire, une classification de symptômes n'est point une classification de maladies.

Parmi les dermatologistes, les uns ont pris dans la cause prochaine leur principe de classification (Baumes, de Lyon),

XXVJ CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

les autres dans la nosographie (Aliberl); la plupart dans la lésion cutanée elle-même (Plenck, VVillan); quelques-uns tout à la lois dans la lésion et dans la nosographie ; d'autres dans la marche des affections, etc.

^ Plenck a admis quatorze ordres de lésions cutanées; Willan n'en a admis que huit : à quoi peut lenir cette différence, puisque l'un et l'autre sont partis du même principe de classification ?

C'est que plusieurs ordres de Plenck n'en font qu'un pour Willan, qui s'est attaché à prendre la lésion dans sa période d'étal ou du plus grand développement, et qui a fait disparaître les croûtes, les ulcères qui constituaient autant d'ordres distincts dans la classification de Plenck. Willan a regardé la croûte et l'ulcération comme des états secondaires, des évolutions différentes de la même affection qui ne devaient pas constituer des ordres à part.

La pustule vaiiolique est, au début, une tache exanthémateuse, puis une papule, une papulo-vésicule, une pustule ombiliquée, et enfin une croûte, par suite de la dessiccation de l'humeur purulente qu'elle renferme. Les états papuleux et croùteux n'appartiennent pas essentiellement à la lésion, qui est pustuleuse.

Willan a admis huit ordres de lésions cutanées élémentaires : 1° Exanthèmes ; 2" vésicules ; 3° bulles ; h" papules ; 5° pustules; 6° squames; 7° macules; 8° tubercules.

Celte classification des lésions cutanées a été adoptée par Bateman, importée en France par Biett, et acceptée presque sans modifications par ses élèves MM. Cazenave et Gibert. Je veux bien l'accepter aussi comme une classification des lésions cutanées, non sans doute comme une classification de maladies. Mais comprend-elle bien au moins toutes les

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. XXVÎj

lésions anatpmiques élémentaires de la peau? Examinons :

1° L'hypertrophie crypteuse, la glande sébacée hypertrophiée, distendue par la matière sébacée, n'a pas de pince dans cette classification. Evidemment ce n'est ni une pustule ni un tubercule. Exemple : les boutons del1 'acné varioh forme.

2» Les tumeurs de la peau grosses comme des tomates, décrites sous le nom de pian, de mijcosis fongoïdes, et dont nous avons eu dernièrement un si remarquable exemple à la salle Sainte-Foy, ne s'y trouvent pas comprises. Ce ne sont pas des tubercules. Il est dit que la grosseur des tubercules ne dépasse jamais le volume d'un gros pois.

3° Le furoncle ne s'y trouve pas non plus; il fait partie de la peau : c'est une inflammation de l'aréole dermique. M. Rayer l'a ajouté aux ordres deWillan dans sa classification.

Il0 Enfin le godet favique. N'est-ce pas encore une lésion anatomique de la peau ? Quoi qu'on en dise, et dût-on pendant vingt ans encore le répéter sur tous les tons, on ne parviendra jamais à prouver que le champignon sous-épidermique n'est autre chose que du pus ou un produit altéré de sécrétion glandulaire. Si encore il se trouvait à la surface de l'épiderme sans entraîner par sa présence un changement matériel dans l'organisation de la peau, on pourrait le prendre pour une croûte, un produit d'exhalation, une matière concrétée h la surface de la peau ; mais il n'en est rien : ce champignon se développe toujours entre deux lames épidermiques, et audessous de lui la peau est rouge, injectée, congestionnée; plus tard elle s'amincit, se déprime, et peut môme se perforer. C'est donc une lésion parfaitement caractérisée.

Vous le voyez, comme classification de lésions, la classification de Willan est imparfaite, insuffisante, incomplète dans l'état actuel de la science.

XXV11j CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.

Quelques mots sur la classification rivale, celle d'Alihert, tant prônée par ses élèves et regardée par les uns comme' supérieure, par les autres comme inférieure à celle de Willan.

Nous sommes toujours dans les lésions anatomiqucs de la peau, remarquez-le bien.

Le moindre coup d'oeil jeté sur la classification d'Alibert suffit pour convaincre les plus incrédules qu'elle ne peut coutenir le parallèle avec celle de Willan : dans toutes les dermatoses, des lésions anatomiques variées, essentiellement différentes ; exemple : dermatoses exanthémateuses où à côté de la pustule variolique se trouvent les taches de la rougeole et de la scarlatine.

Willan et AliberL ont tous deux cherché à classer un certain nombre de maladies dans lesquelles existent des lésions plus ou moins profondes de l'appareil tégumen taire; mais Willan est parti de la lésion pour établir ses ordres, il est allé du symptôme à la nosographie ; Alibert est parti de la maladie, de la nosographie pour établir ses dermatoses. Il s'ensuit que le premier a rapproché des maladies très étonnées de se trouver l'une à côté de l'autre, la gale et la varicelle, la va- | riole et l'ecthyma, toutes maladies ou affections qui n'ont de commun qu'un seul caractère anatomique ; et que le j second a rapproché des maladies qui offrent des lésions cu- I tanées essentiellement différentes, ce qui fait un singulier contraste avec la dénomination dermatoses que ce spirituel auteur a cru devoir leur imposer.

Alibert s'est donné comme le Jussieu de la dermatologie: il n'a eu rien moins que la prétention d'avoir appliqué une. méthode naturelle à la classification des maladies de la peau. .. à la classification d'un certain nombre de maladies, peut-être; mais de maladies de la peau, assurément non.

CONSIDERATIONS PRÉLIMINAIRES. XXIX

D'autres objections ont été faites à cette classification, qui manque, a-t-on dit, d'unité. Ce n'est pas là un défaut, puisque Alibert avait cru donner une méthode naturelle et non un système.

Je lui reprocherais plutôt d'avoir établi sur un seul caractère quelques-unes de ses dermatoses; exemple : les dermatoses teigneuses, qui, d'après l'auteur, ont toutes pour caractère commun de siéger sur le cuir chevelu. Ce reproche me paraîtrait d'autant plus fondé que le caractère commun sur lequel Alibert a établi ses dermatoses teigneuses est inexact, puisque les teignes peuvent s'observer indistinctement sur toutes les régions du corps ©ù l'on remarque des poils.

En définitive, la classification de Willan n'est pas une classification nosographique : c'est une classification d'éruptions ou de lésions biologiques, et, comme classification d'éruptions, elle est incomplète; elle ne comprend pas toutes les lésions anatomiques primitives cle la peau. La classification d'Alibert n'est ni une classification nosographique, ni une classification de symptômes : c'est un rapprochement arbitraire de maladies dans le cours desquelles on observe des lésions très variées du tégument externe. Elle ne remplit aucun but, ne saurait aider au diagnostic des symptômes ou des lésions, ni au diagnostic des maladies.

Je m'arrête à ces deux grandes figures de la dermatologie' moderne, Alibert et Willan.

Quant aux classifications des auteurs actuels, elles sont toutes empruntées à Alibert ou à Bielt.

Ce que j'ai dit des classifications des maîtres est cle tous points applicable aux classifications des élèves.

J'ai remplacé les divisions willaniques par une nouvelle

xxx CONSIDÉRATIONS PHÉLIM1NA1RES.

classification des lésions cutanées élémentaires et des affections génériques de la peau.

Voici cette classification, qui a l'avantage de comprendre toutes les lésions cutanées.

CLASSIFICATION DES LÉSIONS CUTANÉES ÉLÉMENTAIRES. ( Quatre ordres de lésions cutanées. )

Premier Ordre. — TACHES.

Hé™fP„*„ n I intra-vasculaires . j congestives (érythèmes). itémateuses ou J i inflammatoires (érysipèle).

sanguines.... ) extra.vasculaires f Pétéchies.

\ ( Purpura.

( hyperchromateuses (éphélide, nigritie, mélasma).

Pigmentaires j achromateuses (pelades).

( dyschromateuses (vitiligo).

Deuxième Ordre. — BOUTONS.

Sudamina.

Miliaire.

ïcbicuics < Varicelle.

I Herpès.

' Eczéma.

Bulles | Pemphigus.

f Rupia.

!phlysaciées. . Echthyma.

I Impétigo.

, \ Miliaire blanche,

psydraciees. / . , . ,

Purulents { Acné Pustuleuse.

1 Mentagre pustuleuse.

' Furoncles.

\ Abcès dermiques.

'Papules !fr"rig°-

{ Lichen.

Tubercules < ^*upus.

, | Tubercule inflammatoire.

Hypertrophiques 1 Hv„ertr0Dhies a(1 /Acné variolifbrme. et hétéromorphes.< y^i ues Acné végétante.

^ 'Acné cornée.

/Plaque muqueuse et végétation, i Carcine.

\ Affections propres. / Tubercules clophanliasiques. ) Pian.

V Bouton d'Alep, etc.

Parasitaires ( Éminence aca.rienne

< iiodct favique.

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

Troisième Ordre. — EXTOIIATIONS.

| Croûtes faviques.

Parasitaires j gaines blanches de la teigne tonsurante.

épidermique.

( séro-albumineuse.

Inflammatoire l crustacée.

( pseudo-membraneuse.

Gangreneuse.

Quatrième Ordre. — UXCÈRES.

Excoriations.

Fissures.

Ulcérations.

Ulcères proprement dits.

A ce tableau il faut ajouter, comme lésions consécutives, les cicatrices, que nous divisons en maculatures et en cicatrices permanentes {\).

Mais n'aurais-je pas encouru le reproche qui a été adressé à Plenck d'avoir trop multiplié les formes élémentaires des affections de la peau en confondant des états consécutifs, comme la croûte et l'ulcère, avec des lésions cutanées primitives? Assurément non, puisque, pour moi, l'affection de la peau est un symptôme que l'on étudie à un moment donné, mais dont on ne peut suivre les évolutions sans entrer dans la description des affections spéciales.

Ainsi, l'eczéma, pour les willanistes, est une affection caractérisée par des groupes de vésicules qui ne tardent pas àse rompreet à se convertir en squames ou en croûtes; pour moi, la période vésiculeuse de l'affection doit seule porter le nom d'eczéma.

J'ai quelque peu modifié cette classification des lésions (1) Voy. Leçons sur les syphilides, Séméiotique de la peau.

XXX1J CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

tégumentaires eL des affections génériques de la peau. Ces changements ne portent, que sur l'ordre des boutons. Ainsi, dans un court extrait de sémiolique cutanée qui a été annexe à l'histoire des syphilides, je n'ai rangé au nombre des boutons hypertrophiques que les papules et les tubercules, et n'ai point parlé des boutons parasitaires. Mais évidemment l'acné, la végétation, le pian, ne sont [pas des tubercules; il y avait là un rapprochement forcé que j'ai dû faire disparaître en créant les divisions des hypertrophies acnéiques et des affections propres ; et, quant aux boutons parasitaires, l'éminence acarienne et le godet favique, formés tous deux par des parasites enfermés sous l'épiderme, méritaient bien de constituer un groupe à part de boutons spéciaux.

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