VALEUR DIAGNOSTIQUE
Les modifications des caractères de l'éruption boutonneuse sont relatives aux caractères communs et aux caractères particuliers.
ROUTONS.
Caractères communs.
1° Siège. — Lorsque des boutons occupent les poignets, le ventre, la verge et les fesses, lieux d'élection de l'éruption galeuse, on soupçonne de suite la présence de l'acarus. Le front, la nuque, les ailes du nez, la paume des mains, la plante des pieds, étant des sièges de prédilection des affections syphilitiques, l'idée de la syphilis s'éveille dès qu'il vient à paraître des boutons sur ces régions. Lorsque des groupes vésiculeux, disposés en forme de Z, entourent un des côtés du thorax et de l'abdomen, on reconnaît à l'instant le zona.
2° Nombre, disposition. — Les boutons peuvent être continents ou discrets, disséminés ou groupés. C'est d'après ce dernier caractère que nous divisons notre classe des syphilides résolutives en deux sections: les syphilides exanlhématiques et les syphilides circonscrites. Le rapprochement des papules dans le lichen, leur dissémination dans le prurigo, sont des signes différentiels importants de ces deux affections.
La forme en Z, comme nous l'avons dit, est caractéristique du zona.
Quant à la disposition en anneaux, et en arcs de cercle, elle appartient à la fois tà la dartre, à la scrofule, à la syphilis, et aux affections parasitaires. En effet, le psoriasis affecte souvent la forme circinée, et constitue alors cette affection connue sous le nom de lepra vulgaris ;le lupus scrofuleux affecte souvent une marche herpétique, c'est-à-dire qu'il progresse par un cercle tuberculeux circonférentiel ; dans la syphilis, les éruplions prennent souvent la forme d'un croissant, ou d'un fera cheval; enfin, tout le monde sait que l'herpès circiné, dont la nature est essentiellement parasi-
78 SÉMÉIOTIQUE CUTANÉE.
taire, est caractérisé par ses contours arrondis formant tantôt des cercles complets, tantôt des arcs de cercle.
3° Couleur. — La couleur indique souvent à quel ordre ou à quelle variété appartiennent les boutons; sont-ils transparents? il s'agit de bulles ou de vésicules; sont-ils jaunâtres? ce sont des pustules.
La coloration rouge des végétations charnues les distingue suffisamment des végétations fibreuses et cornées qui sont grisâtres. D'après la couleur de l'élément anatomique, on peut quelquefois reconnaître la maladie dont il dépend. Il n'est pas besoin de rappeler que la teinte cuivrée décèle la syphilis, et la teinte bronzée l'éléphantiasis des Grecs.
h° Forme. — C'est souvent à cause de leur forme qu'on a imposé aux boutons certaines dénominations. Ainsi les crêtes de coq, les choux-lleurs, le favus, la syphilide lenticulaire ne doivent leur nom qu'à leur ressemblance plus ou moins grossière avec certaines productions animales ou végétales.
La forme seule du bouton peut faire reconnaître le genre auquel il appartient, ou bien indiquer la maladie dont il dépend. Ainsi la pustule ombiliquée caractérise la variole ; et les petites vésicules acuminées, papuleuses à la base, l'éruption entretenue parl'acarus.
5° Volume. — Le volume des boutons, qui varie depuis celui delà plus petite pustule d'acné miliaire jusqu'à celui des plus volumineux tubercules, qui peuvent atteindre la grosseur d'une merise, a une certaine importance séméiotique.
C'est d'après lui qu'on établit les divers ordres de boutons. Ainsi le soulèvement épidermique, gros comme une tète d'épingle ou comme un grain de millet, est une vésicule ; plus considérable, c'est une bulle. Tant que les petites élévations pleines, solides et résistantes de la peau ne dépassent pas la
grosseur d'une lentille, ce sont des papules ; plus volumineuses, elles constituent des tubercules.
Le volume sert aussi à distinguer entre elles certaines affections : le lichen et le prurigo, par exemple, qui tous les deux rentrent dans la classe des papules, ne diffèrent que par la largeur plus grande des éléments primitifs dans la première affection.
De môme la vésicule de l'eczéma est plus large que la vésicule de la gale.
6° Marche, mode d'évolution. — La marche et le mode d'évolution des boutons constituent des modifications qui ne sont pas sans valeur séméiologique. Ainsi les éruptions boutonneuses de nature syphilitique ont une évolution très lente, tandis que dans les fièvres éruptives les boutons ont une marche déterminée toujours plus rapide.
À propos de l'évolution des boutons, nous ferons remarquer qu'en séméiotique il ne doit être question que d'une seule phase, et non de toutes les phases successives de transformation du symptôme organique. Tenir compte en effet de la série successive des évolutions, c'est faire l'histoire de la maladie et non celle des symptômes.
7° Consistance. — Les boutons sont durs et élastiques ou Huctuants. C'est par la consistance qu'on distingue le tubercule de la syphilide circonscrite de celui de la syphilide papulo-tuberculeuse ; le premier est plus dur, moins élastique que Fautre. La sensation de fluctuation ne permet pas de confondre l'abcès dermique avec le tubercule.
Caractères particuliers des boulons.
Nous allons successivement étudier les sept ordres de boutons que nous avons admis.
SÉMÉIOT1QUE CUTANÉE.
1° Boutons vésiculcux.
En réunissant plusieurs des caractères que présentent les boutons vcsiculeux, on en constitue cinq genres qui sont les sudamina, la miliaire, la varicelle, V herpès et V eczéma,
a. Sudamina. — Les sudamina sont de petites vésicules hémisphériques et transparentes, ni précédées ni accompagnées de rougeur congeslive ou inflammatoire. On pourrait, à première vue, les prendre pour des gouttelettes de sueur, mais le toucher permet facilement de les en distinguer, car on perçoit toujours une sensation particulière de rudesse, ce qui n'aurait pas lieu s'il s'agissait simplement d'un liquide répandu à la surface de la peau.
Les sudamina qui souvent coexistent avec une éruption de miliaire rouge se rencontrent dans un grand nombre de maladies, la lièvre typhoïde, la fièvre puerpérale , la scarlatine, le rhumatisme, la suette miliaire, etc. Leur valeur diagnostique et pronostique est fort contestable.
b. Miliaire rouge. — L'éruption de miliaire rouge se fait d'une manière simultanée • elle est caractérisée par de petites taches rouges légèrement saillantes, disparaissant sous la pression, pour reparaître de suite, et présentant à leur sommet une petite vésicule, conique, déliée, non ulriculaire comme dans le cas précédent.
Comme les sudamina, la miliaire rouge peut s'observer dans un grand nombre de maladies (scarlatine, suette miliaire, affections typhoïdes, etc.), et même, dans certaines épidémies, elle peut compliquer toutes les maladies aiguës. J'aurai plus tard à vous entretenir d'une éruption syphilitique analogue à la miliaire rouge, et qu'on peut appeler la miliaire syphilitique.
BOITONS. 81
c. Varicelle. — Les vésicules de la varicelle sont disciètes et plus grosses que celles de la miliaire ; elles sont tantôt aplaties, tantôt globuleuses, et se développent sur des taches rouges qui apparaissent après quelques phénomènes prodromiques, fièvre, anorexie, etc.
La varicelle est une forme particulière de la variole, ou de la syphilide vésiculeuse. Précédée de prodromes dans les deux cas, l'éruption se l'ait, dans le second, avec lenteur et par poussées successives, ce qui constitue un signe diagnostique de la plus haute valeur.
d. Herpès. — Le groupement des vésicules caractérise l'herpès. Les auteurs ont admis deux variétés: un herpès à grosses vésicules, et un herpès à petites vésicules; mais je ne considère pas cette dernière variété comme une entité vésiculeuse. L'herpès à grosses vésicules ou phlycténoïde peut être critique; il constitue tantôt une manifestation aiguë d'une maladie constitutionnelle, la dartre ou l'arthritis, ou bien il n'est qu'un pseudo-exanthème. L'herpès circiné, signe constant de la présence sous 1'épiderme du trichophyton tonsurant, est parfois seulement érythémateux, d'autres fois vésiculeux ou même pustuleux.
L'herpès a son siège sur la peau ou sur les muqueuses accessibles à l'œil. L'un de nos collègues les plus distingués a, dans ces derniers temps, attiré l'attention d'une manière toute particulière sur certaines variétés d'herpès de la bouche et de la conjonctive confondues avec l'ophthalmie, l'angine gangréneuse, l'angine dipbthérilique.
L'herpès peut siéger sur le col de l'utérus et être pris pour un chancre de cette région.
Le zona n'est qu'une variété de l'herpès et se rat lâche comme
lui à la daiire,plussouventpeut-êtreàrarlhi'ilis.Dansquelques
Cas le Zona paraît indépendant de toute diathèse, et semhle
8'2 SÉMÉIOTIQUE CUTANÉE.
constituer une véritable maladie idiopathique, un pseutloexan thème.
Quant à l'affection que j'ai désignée sous le nom d'herpès vaceim forme, à cause de sa ressemblance avec les boutons de la vaccine, elle peut se montrer, par poussées successives, sur toutes les régions du corps, sur toutes les muqueuses accessibles à la vue, et constitue l'une des manifestations les plus intéressantes et les moins connues de la diathèse arthritique.
e. Eczéma. — L'eczéma est caractérisé par de petites vésicules, agglomérées sur un fond rouge, qui ne tardent pas à crever et à se transformer en squames. L'éruption que les wiilanistes décrivent sous le nom d 'eczéma simplex se rapproche plus de l'herpès que de l'eczéma. Elle consiste en effet dans de petites vésicules, sans aréole inflammatoire, développées sur des surfaces ayant conservé leur coloration normale.
L'eczéma est quelquefois artificiel. Quoi de plus fréquent que de voir, à la consultation de l'hôpital Saint-Louis, des malades affectés d'éruptions eczémateuses qui ne reconnaissen t pas d'autre cause quel'usage intempestif de topiques irritants?
Souvent aussi il est dû à la présence d'un parasite animal ou végétal. L'acarus, entre autres éruptions, peut déterminer un eczéma, et rien n'est plus fréquent, parmi les affections causées parle trichophyton, que ces petites plaques d'eczéma circonscrit dont la nature est si souvent méconnue. — Il appartient aussi comme affection à trois maladies constitutionnelles : la dartre, l'arthritis et la scrofule, mais jamais à la syphilis, quoiqu'on trouve dans le livre de M. Cazenave la description de l'eczéma, et même de l'eczéma impétigineux syphilitique.
Il n'est pas rare d'observer, dans la syphilis, des éruptions papuleuses dont le sommet paraît vésiculeux ; mais en piquant les papules avec une épingle, on acquiert la certitude qu'il n'y a pas là de soulèvement épidermique produit par la sérosité.
HOUTONS.
2° Boutons bulleux.
On a coutume de décrire deux espèces de boutons bulleux, le pemphigus et le rupia. Mais on pourrait avec autant de raison faire figurer le rupia parmi les pustules à côté de l'ecthyma.
a. Pemphigus. — Le pemphigus est une éruption de bulles qui varient depuis le volume d'un pois jusqu'à celui d'une noix; tantôt cette éruption est simultanée, tantôt elle a lieu par poussées successives. — Le pemphigus est aigu ou chronique. Dans le premier cas, il s'accompagne de phénomènes généraux, fièvre, etc., qui justifient le nom de fièvre huileuse qui lui a été donné par quelques auteurs. — Dans le second, il peut traduire comme affection tégumentaire, la dartre, l'arthritis et la syphilis, mais jamais il n'est de nature scrofuleuse.
Enfin, une éruption huileuse peut être artificielle, et provoquée alors par une cause irritante quelconque, topiques, frictions, etc., etc.
Elle peut être parasitaire : rien de plus fréquent en effet que de voir, au milieu des éruptions variées que détermine l'acarus, des ampoules contenant un liquide séro-purulent.
Le médecin doit aussi être prévenu qu'on a quelquefois simulé le pemphigus en appliquant de la poudre de cantharides sur la surface cutanée. Mais c'est une ruse qu'une surveillance attentive suffira pour déjouer.
b. Rupia. — On divise le rupia en rupia simplex et rupia proeminens.
Dans le rupia simplex, on observe de petites bulles aplaties renfermant un liquide primitivement séreux, mais bientôt purulent et de couleur noirâtre. Ces bulles se rompent, et le
84 SÉMÉIOTIQL'E < UT A NÉE.
liquide qu'elles renferment se transforme en une croûte brunâtre, rugueuse, et plus épaisse au centrequ'àlacirconlV'renee.
Rupia proèminens. — Dans le rupia proéminent, il se développe d'abord une bulle dont le liquide se concrète ainsi que nous venons de le dire; puis autour de celte croûte on voit un soulèvement épidermique qui devient le point de départ d'une nouvelle croûte qui entoure la première. De sorte qu'après plusieurs de ces adjonctions successives, la croûte de cette variété du rupia prend une forme conique, et ressemble, ainsi que l'a dit Willan, à une écaille d'huître ou de patelle.
Le rupia n'est jamais ni artificiel, ni parasitaire : il appartient à la scrofule ou à la syphilis, mais plus souvent à la première maladie.
3° Boutons pustuleux.
L'ordre des boutons pustuleux renferme deux sections : les pustules phlyzaciées et les pustules pjsydraciées. Les premières sont plus larges, aplaties, entourées d'un cercle inflammatoire; les secondes, plus saillantes, pointues, quelquefois dures à la base, purulentes seulement au sommet.
Première section. — Pustules phlyzaciées.
La section des pustules phlyzaciées ne renferme qu'un seul genre, c'est Yecthyma.
Ecthyma. — L'ecthyma esl une éruption caractérisée par des pustules phlyzaciées arrondies, à base dure, enflammée, et se recouvrant de croûtes brunâtres. Toutes les causes irritantes agissant sur la peau peuvent y déterminer de l'ecthyma : il est une des affections les plus fréquentes parmi celles que détermine l'acarus.
Enfin, l'ecthyma est quelquefois constitutionnel, et le plus souvent alors il appartient à la syphilis.
Deuxième section. — Pustules psydraciées.
La section des pustules psydraciées comprend quatre genres :
1 « Impétigo ; 2° Miliaire blanche; 3° Acné pustuleuse ; ho Mentagre pustuleuse.
1° Impétigo. — Petites pustules groupées se développant sur une surface rouge, et donnant lieu après leur rupture à des croûtes épaisses, molles, d'un jaune flavescent : telle est l'affection connue sous le nom d1 'impétigo.
Elle se présente le plus souvent comme manifestation de la scrofule ; dans ces cas, nous l'avons décrite sous le nom de scrofulide bénigne exsudative, l'opposant ainsi à la scrofulide maligne qui détruit les tissus, tandis qu'elle se borne à produire une exsudation séro-purulente.
L'éruption impétigineuse se rencontre quelquefois dans la dartre, ainsi que dans la syphilis. Enfin, toutes les causes irritantes peuvent la produire, et souvent elle est déterminée par l'acarus et même par le trichophy ton. Nous devons remarquer ici que c'est principalement chez les scrofuleux, que les éruptions dues à une irritation externe ou à un parasite ont une tendance marquée à arrêter la forme impétigineuse. Ainsi, l'impétigo sycosiforme de M. Devergie n'est qu'une teigne tonsurante de la barbe à la troisième période, qui donne lieu à des croûtes impétigineuses, à cause de la constitution même du malade.
2° Miliaire blanche. — On ne peut mieux se faire une idée des petites pustules de la miliaire blanche qu'en les comparant à celles que produit l'application de l'huile de crolon sur
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la peau. C'est surtout dans les maladies puerpérales qu'on rencontre la miliaire blanche.
Sous la forme d'herpès circiné, la miliaire blanche indique la présence du trichophyton sur les bulbes des poils.
3° Acné pustuleuse. — L'acné pustuleuse est une inflammation des glandes sébacées qui donne naissance à des pustules acuminées, discrètes ou confluentes, et dont la base papuleuse, et quelquefois même tuberculeuse, reste souvent indurée longtemps après la disparition du pus.
Les pustules acnéiques sont le plus souvent d'un rouge sombre, et siègent principalement sur la face et les épaules. Rien de plus fréquent que de voir, au milieu d'elles, de petits points noirs disséminés, dus à l'altération de l'humeur sébacée qui obstrue les follicules dilatés. Chez quelques malades, on n'observe que celte forme d'acné, désignée sous le nom iVacne punctata.
J'admets deux variétés d'acné pustuleuse : l'une a pour siège la glande sébacée indépendante du poil ; l'autre, la glande annexée au poil. Cette distinction est très importante, et c'est parce qu'elle n'a pas été faite par les auteurs que l'on a confondu la mentagre avec l'acné, sous la dénomination d'acne ou de varus mentagra.
\jcicne piloris s'observe surtout sur le front, les régions temporales, le cuir chevelu, la région sternale chez l'homme adulte, les ouvertures nasales où, journellement encore, elle est prise pour une éruption impétigineuse.
La dépression ombilicale des pustules iïacne pilaris vous servira à la distinguer des pustules mentagreuses, qui sont acuminées.
Signification séméiotiquc. — Jamais l'acné n'est de nature parasitaire.
J'ai souvent examiné l'humeur sébacée au microscope, et
je n'y ai jamais aperçu le champignon que M. Hardy dit y avoir trouvé. Il faut d'ailleurs se mettre en garde contre les illusions du microscope : et ne pas prendre pour des spores et des tubes les globules de graisse et les petits poils qu'on rencontre souvent au milieu du sébum.
L'acné est quelquefois artificielle et produite alors par des cosmétiques irritants, ou parla malpropreté. Elle est souvent aussi pathogénétique 5 c'est ainsi que l'usage des alcooliques détermine souvent cette forme particulière d'acné connue sous le nom de couperose.
Trois maladies constitutionnelles peuvent se traduire sur la peau par des éruptions acnéiques : ce sont la scrofule, la syphilis et l'arthritis; mais remarquons que l'acné scrofuleuse est de toutes la plus fréquente, et que, tandis que l'acné syphililiquepeutaffecter les membres supérieurs et inférieurs, on ne la rencontre que sur la face et dans le dos.
J'appelle votre attention sur une forme particulière de Yacne pilaris, qui se présente quelquefois agglomérée sur les régions temporales et sur le front, à la racine des cheveux. À cause du siège, on la croit syphilitique, tandis que le plus communément elle n'est qu'une expression de la diathèse arthritique.
h" Mentagre pustuleuse. — La mentagre pustuleuse est caractérisée par des pustules psydraciées, dures, rouges, papuleuses ou tuberculeuses à la base, purulentes au sommet, et traversées par un poil à leur centre, ce qui indique qu'elles siègent dans le follicule pileux.
Signification séméiotique . — La présence des pustules mentagreuses indique qu'il y a inflammation des follicules pileux, mais cette inflammation peut reconnaître plusieurs causes.
La mentagre est le plus souvent parasitaire, mais elle peut
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être scrofuleuse, syphilitique, arthritique, et quelquefois deux de ces maladies agissent en même temps pour perpétuer l'éruption. C'est ainsi que le trichophyton qui germe sur un scrofuleux provoque à la fois le cachet parasitaire et le cachet scrofuleux; qu'il agit aussi souvent avec le vice arthritique pour entretenir des sycosis qui ne cèdent alors qu'a l'emploi simultané des parasiticides et des alcalins.
Quand la mentagre est parasitaire, elle a été précédée de l'herpès circiné, ce que le malade exprime généralement en disant qu'il a eu des dartres farineuses ; de plus, on dislingue à la loupe, et même à l'œil nu, des petits poils cassés et engainéspar une matière blanchâtre, comme floconneuse, qui n'est autre chose que la matière cryptogamique. Enfin, l'inflammation des follicules pileux est quelquefois provoquée par des applications irritantes, et c'est ainsi qu'on voit des malades, afin d'obtenir leur entrée à l'hôpital, ou pour y prolonger leur séjour, déterminer un sycosis en se frictionnant avec des substances excitantes.
4° Furoncles.
Le furoncle est une inflammation du tissu cellulaire contenu dans les aréoles profondes du derme, qui donne naissance à une tumeur violacée, de forme conique, se terminant par suppuration, et laissant alors échapper un produit particulier grisâtre qu'on nomme le bourbillon, et sur la nature duquel les auteurs ne s'accordent pas, les uns le considérant comme une production pseudo-membraneuse, les autres comme un paquet de tissu cellulaire mortifié.
Signification séinnotiqne. — L'acarus est quelquefois la cause des éruptions furonculaires ; d'autres fois les furoncles appartiennent à la troisième période de la teigne lunsurante,
BOUTONS • 89 et on les voit accompagner les pustules, les papules et les tubercules qui caractérisent cette maladie.
On les voit se développer comme éruption critique dans la convalescence des maladies aiguës, fièvre typhoïde, rougeole, scarlatine, etc. Ils peuvent être palhogénétiques, et produits alors par des substances plus ou moins toxiques, comme les préparations arsenicales.
En dehors de ces conditions, les éruptions furonculaires sont toujours arthritiques, et dans ce cas elles ont pour caractère de se généraliser et de récidiver.
5° Abcès dermiques.
Les abcès dermiques, ou boutons phlegmoneux, peuvent, en dehors des conditions toutes chirurgicales qui souvent président à leur développement, et dont nous ne nous occuperons pas ici, s'observer dans le cours des maladies py rétiques aiguës, ou dans le cours des maladies apyrétiques chroniques.
Les maladies pyrétiques aiguës qui déterminent des abcès dermiques sont : la dialhèse purulente commune, et la diathèse purulente spécifique, ou morve.
Les maladies apyrétiques chroniques dans lesquelles on les rencontre fréquemment sont la scrofule et la syphilis. Dans la première maladie, ils constituent la scrofulide phlegmoneuse de M. Hardy, une variété de l'écrouelle cellulaire, et dans la deuxième, les tumeurs gommeuses.
6° Boutons papuleux.
L'ordre des boutons papuleux comprend deux genres : le prurigo et le lichen. Les papules du prurigo sont petites, eparses, discrètes, et recouvertes à leur sommet d'une petite
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croûte sanguine, tandis que celles du lichen sont, en général, plus larges, mais surtout plus rapprochées, pressées les unes sur les autres, souvent accompagnées d'une hypertrophie dermique qui n'existe pas dans le prurigo, et quelquefois disposées en groupes.
a. Prurigo. — Le prurigo est souvent parasitaire, et est déterminé par les poux ou les acares. On l'observe aussi dans la scrofule et dans la dartre. Il constitue dans le premier cas une variété de ce que j'appelle la scrofulide boutonneuse bénigne, et est très fréquent dans l'enfance.
b. Lichen. — Le lichen appartient à quatre maladies constitutionnelles : la scrofule, ladartre, la syphilis et l'arthritis. On observe aussi, entre autres irruptions déterminées par le trichophyton, des plaques lichénoïdes dont la nature était autrefois méconnue, etqu'on désignait sous le nom de lichen circamscriptus. Au milieu des divers boutons qui se développent sous l'influence de l'acarus, on trouve aussi trèssouvent de véritables papules.
7° Boutons tuberculeux.
Tous les boutons tuberculeux constituent des affections propres : ainsi le bouton d'Alep, le tubercule syphilitique, le molluscum, le frambœsia. Aussi est-il difficile d'établir des genres dans l'ordre des tubercules. Il n'existe même, à proprement parler, qu'un seul genre, c'est le lupus, qui peut se montrer avec ses caractères identiques de tubercule, partiellement constitué par le tissu fibro-plaslique, dans la scrofule et dans la syphilis.
Valeur pronostique.
Elle diffère grandement de celle des taches.
Ainsi, au point de vue du danger qu'ils font courir au ma-
lade, nous ne voyons plus clans les boutons ces menaces de mort prochaine que nous avons signalées dans les taches hémorrhagiques : si quelques éruptions boutonneuses, les bulles par exemple, font quelquefois présager une terminaison fatale, c'est toujours dans un avenir plus ou moins éloigné.
Beaucoup sont à peu près insignifiantes, les sudamina et la miliaire.
D'autres sont môme considérées comme favorables, ou du moins coïncident ordinairement avec la cessation des symptômes fébriles : ainsi, X herpès labialis.
Notons cependant que la fièvre éruptive boutonneuse par excellence, la variole, est incontestablement plus grave que la rougeole ou la scarlatine ; elle est plus souvent mortelle, et quand elle ne tue pas, elle laisse toujours des cicatrices plus ou moins apparentes, quelquefois même la perte de la vue. Ajoutons ici, pour en finir avec la variole, qu'on doit regarder comme favorables le développement régulier des boutons, leur grosseur, surtout aux mains, leur écartement ou discrétion ; comme graves, leur petitesse et leur confluence, particulièrement à la face. Leur affaissement subit avec décoloralion présage une mort prochaine : Annibal ante portas, pour parler comme Prosper Alpinus.
Si les boutons n'ont que rarement la gravité de signification pronostique des taches, en revanche ils sont, comme affections locales, infiniment plus sérieux. Ils peuvent entraîner immédiatement des accidents nombreux : gêne ou empêchement absolu des fonctions, destruction de plusieurs couches ou même de toute l'épaisseur de la peau, troubles de la sensibilité, douleur ou prurit, et devenir ainsi causes de mort, si la fonction empêchée est, comme la respiration par exemple, indispensable à la vie, ou entraîner des accidents cérébraux très graves, folie, hallucinations, et même conduire les ma-