CHAPITRE V
Avant de soumettre les malades à un traitement curatif, plusieurs auteurs, dont M. Rayer a adopté la manière de voir, ont proposé d'instituer un traitement préparatoire destiné à mettre la constitution dans les conditions les plus favorables à l'action des médicaments spécifiques. C'est ainsi que l'on a conseillé, avant l'administration du mercure, l'emploi des antiphlogistiques, de la diète, du repos, si les sujels sont pléthoriques ; celui des laxatifs, des bains tièdes, s'ils sont d'un tempérament nerveux; celui des toniques, s'ils sont débilités.
Je n'attache aucune importance à cette médication préparatoire dans laquelle M. Rayer paraît avoir tant de confiance, mais je crois qu'on doit, tout en donnant le mercure ou l'iodure de potassium, remplir les indications variables que peut présenter l'état général du malade.
Pendant le cours du traitement d'une éruption syphilitique, on doit veiller à ce que les malades aient une hygiène sévère et bien réglée, à ce qu'ils évitent les fatigues, s'abstiennent de liqueurs fortes et d'une alimentation excitante, etc. Ce sont là des règles de pratique dont l'utilité est sutïîsamment justifiée parce que nous avons dit dans l'étiologie.
Les moyens hygiéniques sont même suffisants pour amener la guérison des syphilides résolutives, et ce fait sur lequel, dans ces derniers temps, mon excellent confrère et ami
ItâS SYPHILIDES. * 911
M. Diday (de Lyon) a insisté avec juste raison, explique parlaitement les succès de l'école physiologique qui n'opposait aux syphilides que les sangsues, la saignée et la diète. Je dois dire cependant que, traitées seulement par l'hygiène, les syphilides résolutives durent plus longtemps que lorsqu'on les combat par le mercure.
Traitement curatif. — Le mercure et l'iodure de potassium, tels sont les deux médicaments qui forment la base du traitement curatif des syphilides.
Quant aux sudorifîques, salsepareille, gaïae, etc., nous avons déjà dit dans le chapitre consacré à la thérapeutique de la syphilis, qu'on les prescrit encore plutôt par habitude, que par une confiance réelle dans leur elïicacité, bien qu'ils aient été beaucoup vantés par les anciens, et préconisés par M. Lagneau.
Ce que je viens de dire des sudorifîques en général, je pourrais le répéter des préparations empiriques qui ont tour à tour été considérées comme des spécifiques, la tisane d'Arnould, la décoction de Zittmaun et de Pollini.
Quant à la tisane de Feltz, M. Rayer croit beaucoup à son efficacité, parce qu'elle contient de l'arsenic. Mais l'arsenic ne modifie d'une manière utile et sûre que les affections dartreuses, et si l'on a cru guérir des syphilides par ce médicament, ce ne peut être que par suite d'une erreur de diagnostic.
A. — Mercure.
Le mercure, nous l'avons déjà dit, n'est pas un spécifique de la syphilis. Impuissant contre la maladie elle-même, il en modifie avantageusementles premières manifestations. Administré dans la période d'induration du chancre, il éloigne et tend à localiser les syphilides exanthématiques. Mais donné
dans la troisième et la quatrième période, il précipite l'évolution des accidents tertiaires et viscéraux qu'il aggrave en même temps.
Par conséquent, on devra prescrire le traitement mercuriel aussitôt qu'apparaîtra l'induration du chancre.
Mais une fois que l'éruption syphilitique a disparu, faut-il continuer l'administration du mercure, et, dans ce cas, combien de temps'/ C est là une question sur laquelle les avis sont partagés. Les uns, suivant les préceptes de Dupuytren, continuent le traitement mercuriel pendant un temps égal à celui qui a été nécessaire à la guérison complète de la syphilide ; les autres, d'après Chomel, le prescrivent encore pendant six mois après la disparition de l'éruption ; d'autres fixent au traitement des termes tout aussi arbitraires, huit mois, un an, quinze mois, etc. On a été jusqu'à vouloir déterminer le nombre de pilules mercurielles qu'il fallait prendre pour prévenir les manifestations de la syphilis ; c'est ainsi que, suivant quelques médecins, on devait au moyen de 100 pilules de Dupuytren en être quitte avec cette terrible maladie.
M. Diday a eu raison de dire qu'en fait d'accidents syphitiques. le mercure ne prévenait que ceux qui ne devaient pas venir - et l'on aurait beau gorger ses malades de mercure après la guérison d'une syphilide, on ne les mettrait pas à l'abri d'une nouvelle poussée vers la peau.
Lors donc qu'une syphilide résolutive a complètement disparu, il faut suspendre l'emploi des préparations mercurielles, pour y avoir recours de nouveau s'il survient une nouvelle éruption.
Mais à quelle préparation mercurielle doit-on donner la préférence? A quelle dose doit-elle être prescrite? C'est ce que nous allons examiner maintenant.
Les préparations mercurielles les plus usitées sont Ion-
DES SYPHIL1DES. 213
guent napolitain, recommandé surtout par M. Rayer, et qui entre clans la composition des pilules de Sediilot; le sublimé, qui est l'élément actif des pilules de Dupuylren et de la liqueur de Van-Swiclen, et enfin le proto-iodure de mercure introduit dans la thérapeutique par liiett et ses élèves, adopté par MM. Hicord, Cazenave et la généralité des médecins.
C'est aussi au prolo-iodure que je donne la préférence dans le traitement des syphilides résolutives, tout en faisant remarquer cependant qu'il est quelquefois utile pour obtenir une guérison plus rapide de varier les préparations. J'ai vu des syphilides d'abord modifiées heureusement par le protoiodure, devenir tout à coup stationnaires , quoique le traitement fût continué exactement, et ne présenter une nouvelle tendance à la résolution, que lorsqu'on substituait au proto-iodure un autre composé mercuriel, tel que la liqueur de Van-Swielen ou les pilules de Dupuylren.
Quelques médecins ne donnent pas plus d'un demi-grain de protoiodure par jour, d'autres vont jusqu'à un grain, et MM. Ricord et Cazenave le prescrivent à des doses qui varient depuis 0sr,05 jusqu'à Os' ,10, Os',15, et même 08',20. Pour moi, j'ai l'habitude de commencer le traitement mercuriel par une pilule de proto-iodure de 0sr,025, puis, au bout de quelques temps, je passe à deux pilules ce qui fait un grain par jour; jamais je ne dépasse cette dose, car si avec 0sr,05 de proto-iodure par jour, on n'obtient aucun résultat, on n'en obtiendra pas davantage avec des doses plus élevées.
B. — Iodure de potassium.
Préconisé d'abord par Wallace, Tiodure de potassium a été généralement adopté parles médecins comme le meilleur modificateur des accidents tertiaires et quaternaires de la syphilis; c'est de lui qu'on doit attendre les meilleurs résul-
tats dans le traitement des syphilides ulcéreuses que le mercure aggrave souvent, ainsi que nous l'avons dit.
Sous l'influence de l'iodure de potassium, les syphilides ulcéreuses se cicatrisent parfois avec une grande rapidité, surtout lorsqu'on l'associe au mercure.
Je donne l'iodure de potassium depuis la dose de 50 centigrammes jusqu'à 5 grammes par jour, et jamaisje n'ai atteint les doses de 10, 20, 30 grammes qui ont été prescrites par quelques médecins, et même dépassées par un médecin de l'hôpital du Midi. Mais la formule à laquelle je donne la préférence, celle dont l'emploi m'a donné les meilleurs résultats, est la formule suivante dans laquelle j'associe le bi-icdure de mercure à l'iodure de potassium :
Bi-iodure de mercure
Iodure de potassium 10 grammes.
Sirop de saponaire 500 —
On commence par deux cuillerées de ce sirop par jour, et on arrive ensuite à quatre.
On a voulu combattre les accidents primitifs et les syphi- . lides résolutives par l'iodure de potassium, et moi-même j'avais cru à son efficacité en pareil cas, d'après quelques essais que j'avais tentés à l'hôpital de Lourcine en 18/i3. Mais la tendance naturelle des syphilides résolutives à disparaître sans médication, a pu seule faire croire à une modification heureuse obtenue par l'iodure de potassium.
Indépendamment de ce traitement général par lequel on attaque la maladie qui détermine les syphilides, il sera quelquefois indiqué d'agir localement contre ces affections. Les bains sulfureux, les bains alcalins seront souvent utiles pour hâter la guérison des syphilides résolutives, et souvent les lotions astringentes, les cautérisations, les applications loni-
DES SYPHILIDES. 215
ques, anti-septiques seront nécessaires dans le traitement des syphilides uleèreusesj soit pour activer la marche de l'ulcère, pour réprimer l'exubérance des bourgeons charnus, soit pour combattre les complications de gangrène, etc.
Les eaux minérales sulfureuses d'Enghien, de Baréges, etc., administrées à l'intérieur peuvent rendre de grands services dans le traitement des syphilides anciennes et rebelles.
Si dans ce chapitre je n'ai [tas parlé de la méthode des frictions, c'est que les accidents graves qu'elle détermine rapidement du côté de la bouche, l'ont fait abandonner, malgré son efficacité réelle.
JkY.