COMMENT IL FAUT LIRE
Depuis que Mademoiselle nous a appris à lire, je trouve que je fais des progrès en style. Autrefois, je lisais tout simplement pour savoir l’histoire ; quant à la morale de l’histoire, je ne m'en inquiétais guère, et jamais l’idée ne me serait venue de prendre des notes. Aujourd’hui, c’est autre chose ; je commence par me demander :
‘® Qui est-ce qui a écrit cela? À quelle époque vivait cet auteur ? Quel but s'est-il proposé en écrivant cette histoire ? ”
Puis je prends un cahier et un petit carnet, et je commence ma lecture. Sur le cahier, j'écris les passages qui me semblent assez beaux pour être conservés et relus de temps en temps; sur le carnet, j'inscris les petites phrases qui me paraissent originales, spirituelles, jolies, bien tournées. Ainsi, en ouvrant mon carnet, je trouve ces phrases :
‘“ Dans les petites villes, il y a beaucoup de bouches qui parlent et fort peu de têtes qui pensent,”
‘C’est par le chemin de ‘‘ Tout à l'heure ” qu’on arrive au château de ‘‘ Rien du tout.” |
* La vie est un chapelet de petites misères que le philosophe égrène en riant.”
‘ L'amitié est un parapluie qui se retourne dès qu'il
fait mauvais temps.”
‘Ouvrez vos yeux à la lumière et votre cœur à la reconnaissance.” | “Chacune de nous n’est pas appelée à être une grande savante, mais chacune de nous peut cesser d’être une petite ignorante,.”
‘* La curiosité n’est un défaut que lorsqu'elle tourne à l’indiscrétion.”
.………... Retenez de moi ce salutaire avis :
Pour savoir quelque chose, il faut l’avoir appris.
Expliquez : Style, histoire, morale, auteur, carnet, philo sophe, amitié.
| . Répétez de vive voix comment il faut lire.
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h A MESDEMOISELLES AGNÈS ET LUCE VEUILLOT,
Epoisses, 9 février 1861.
Mes chères fillettes, vos petites lettres m'ont fait grand
plaisir. Vous avez bien tort de croire que vous n’avez
rien d’intéressant à me dire. C’est quelque chose de très | intéressant pour moi de savoir que vous travaillez, que vous m’aimez, que vous avez une belle poupée à laquelle On pourra remettre un bras et une tête. Voilà une heu-
fl! reuse poupée! Quel avantage pour beaucoup de gens si Li l’on pouvait leur remettre une tête. Les uns se feraient F pi refaire le nez, les autres le teint, les autres toute la phy-
sionomie. On verrait alors que beaucoup de personnes ï qui semblent charmées de leur visage n’en sont pas si ] contentes en secret; mais comme la plupart de ceux qui se feraient refaire le visage ne songeraient pas du tout à { se faire refaire la cervelle, ils seraient aussi désagréables Ll et ausoi laïds et ils s'étonneraient de passer leur vie chez : le fabricant de têtes pour être toujours les mêmes, c’està-dire sots, ennuyés et ennuyeux.
C’est en quoi, nous autres chrétiens, si nous le voulons, | nous sommes plus heureux que les poupées. Il y a un fa. hi “bricant dont je peux vous donner l’adresse qui fait de petites retouches au cerveau et qui, par ce moyen, sans rien changer en apparence au visage. le réforme néanmoins considérablement et même le change du tout au tout. Il le rend ouvert, avenant, gracieux, aimable, en dépit de 1 toutes les défectuosités qui s’y peuvent trouver. Il y
vrnet, philo-