LA PETITE MÉCHANTE
‘“ Fanny. je t'aimerais beaucoup, Disait une mère à sa fille, Si tu voulais être gentille, Mais c’est qu’en vérité, tu ne l’es pas du tout, Je n’ai jamais connu d’enfant plus paresseuse. Le dernier jour du mois passé, Tu viens d’avoir huit ans : dis, n’es-tu pas honteuse D’en être encore à l’a-bé-cé ?
On te voit constamment maussade et volontaire, - A la moindre observation ; Tu fronces les sourcils et tu roules par terre, Comme font les enfants sans éducation.
Si tu savais combien les grâces de ton âge Perdent à ce vilain défaut, Tu voudrais, ma Fanny, t'en corriger bientôt. La colère enlaïdit le plus joli visage, Tandis que la douceur, qui toujours charme et plaît, Peut embellir les traits de l’enfant le plus laid. Si tu ne parviens pas à prendre l'habitude De vaincre cet affreux penchant Par la réflexion, la prière et l’étude, Comme celle de tout méchant, Ta vie aura plus tard des heures bien amères, Va ! ces pressentiments ne sont pas des chimères : Le sort qu’à leurs enfants Lieu réserve ici-bas, | Une secrète voix en avertit les mères ; Cette voix vient du cœur, elle ne trompe pas. Ce discours fit songer la méchante petite ; Des pleurs de repentir brillèrent dans ses yeux ; Mais ce bon mouvement, hélas ! passa plus vite Qu'un rapide nuage à la voûte des cieux.
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Pourtant, grâce aux efforts qu’elle essaya de faire,
Elle resta deux jours sans se mettre en colère ;
Mais ce temps écoulé, n’y pouvant plus tenir, Elle reprit bientôt sa vie habituelle, Et des sages conseils se moqua de plus belle. Mais Dieu qu’elle offensait, pensait à la punir, Car ce Dieu juste, mais sévère, N'’aime pas les enfants rebelles à leur mère. Donc un matin que Fanny se montrait Plus que jamais impertinente, Et les cheveux épars dans le salon courait, Sans écouter sa gouvernante, Sur le parquet son pied glissa ; Elle voulut en vain s'appuyer avec force Contre une table à jeu ; la table renversa En entraînant Fanny.... Quand on la releva, Elle s'était fait une entorse.
Ce fut pour ses parents un violent chagrin.
Pour elle, une torture affreuse ; Car, malgré les bons soins d’un savant médecin Pendant plus de deux mois, elle resta boiteuse. Mais aussi lorsque vint son rétablissement, Il s’opéra soudain un heureux changement Dans son humeur maligne et dans son caractère ; Car jamais, depuis ce moment, On ne la vit causer une peine à sa mère.
Honteuse d’un passé qu’elle veut expier, Elle met tout son zèle à le faire oublier Par la conduite la plus sage ; Et lorsque d’un petit enfant Elle voit la colère assombrir le visage, Elle ne manque pas de lui dire à l'instant :
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“ Entre tous les défauts funestes à l’enfance,
“ La colère est peut-être un des plus dangereux ;
“ Quelquefois, il conduit au crime, à la démence,
“ Et qui ne sait le vaincre est toujours malheureux.”