‹ Lecture à haute voix [microforme]Chapitre 165 sur 190 · A, M, DE FONTANES · texte numérisé non relu

A, M, DE FONTANES

(FRAGMENT

ROME, 10 janvier 1804.

Je suis retourné hier au Colisée pour le voir dans une autre saison, et sous un autre aspect; j'ai été étonné, en arrivant, de ne point entendre l’aboiement des chiens qui se montraient ordinairement dans les corridors supérieurs de l’amphithéâtre, parmi des herbes séchées. J’ai frappé à la porte de l’ermitage pratiqué dans le cintre d’une loge ; on ne m'a point répondu ; l’ermite y est mort. L’inclémence de la saison, l’abserce du bon solitaire, des chagrins récents ont redoublé pour moi la tristesse de ce lieu: j'ai cru voir les décombres d’un édifice que j'avais admiré quelques jours auparavant dans toute son intégrité et toute sa fraicheur.

C’est ainsi, mon très cher ami, que nous sommes avertis à chaque pas de notre néant; l’homme cherche au dehors des raisons pour s’en convaincre, il va sur les ruines des

1. LOUIS DE FONTANES (1757-1821) s’attacha de bonne heure à Napoléon 1. Au milieu de ses fonctions officielles, il ne cessa de cultiver les lettres. ‘‘ Fontanes, dit Nettement, puise à deux sources: c’est l’élève d'Homère, de Virgile et d'Horace, avec un tour d'esprit et de phrase qui ne sent pas l’imitation ; c’est aussi le disciple de la Bible et de l'Évangile. Il y aen lui comme un doux et dernier reflet de la littérature de Racine, et comme une aurore un peu pâle d’une littérature nouvelle; son talent porte tantôt la trace de la mélancolie antique, tantôt celle de la rêverie moderne.’

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empires, il oublie qu’il est lui-même une ruine encore plus chancelante, et qu’il sera tombé avant ces débris. Ce qui achève de rendre notre vie le songe d'une ombre, c’est que nous ne pouvons pas même espérer de vivre longtemps dans le souvenir de nos amis, puisque leur cœur, où s’est gravée notre image, est, comme l’objet dont il retient les traits, une argile sujette à se dissoudre.

On m'a montré à Portici un morceau de cendre du Vésuve, friable au toucher, et qui conserve l'empreinte, chaque jour plus effacée, du bras d’une jeune femme ensevelie sous les ruines de Pompéia: c’est une image assez juste, bien qu’elle ne soit pas encore assez vaine, de la trace que notre mémoire laisse dans le cœur des hommes, cendre et poussière.

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