LA PIE VOLEUSE
(Traduit de Longfellow.)
Sous le ciel africain, dans une ville antique,
On voyait autrefois, sur la place publique,
Une haute colonne au piédestal d’airain
Qu'’avait fait élever un puissant souverain,
Et sur cette colonne une statue en pierre
Figurait la justice impartiale et fière ;
Une large balance, un glaive menaçant
Étaient ses attributs, et disaient au passant
Que dans cette cité la suprême justice
De l’opprimé toujours était la protectrice.
Cependant la balance, au fond de ses plateaux,
Vovaîit, chaque printemps, bien des petits oiseaux
°° rs nids moelleux en chantant et sans craindre ive flamboyant qui semblait les atteinüre.
Mais petit à petit se corrompit la loi :
Aux inisères du pauvre on n’ajouta plus foi,
Et le faible, sans cesse en butte à l'ironie,
Dut subir du plus fort la lâche tyrannie.
On afficha le vice, et chaque tribunal
Outragea l’innocence et protégea le mal.
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Un jour il arriva que certaine duchesse k Perdit un collier neuf d’une grande richesse ; N'ayant pu le trouver elle voulut, du moins, Venger avec éclat et sa perte et ses soins.
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Elle accusa de vol, en face de la ville, ê Une pauvre orpheline, une pieuse fille, t Qui depuis de longs jours la servait humblement. 14 Le procès, pour la forme, eut lieu bien promptement. À Et le juge pervers condamna la servante
A mourir au gibet d’une mort infamante.
Autour de l’échafaud on vit les curieux,
Pressés, impatients, inonder tous les lieux.
La jeune fille vint, calme mais abattue,
Subir son triste sort au pied de la statue.
Le bourreau la saisit. Au moment solennel
Où son âme montait vers le juge éternel,
Un orage mugit : l’impitoyable foudre
Ébranle la colonne et la réduit en poudre,
Et la balance tombe avec un sourd fracas.
Or dans un des plateaux qui se brisent en bas, On voit un nid brillant. . . c'était un nd de pie Dans lequel s’enlaçait avec coquetterie,
Parmi les brins de foin le collier précieux ! . C'est ainsi qu'éclata la justice des cieux !