LÉGENDE CANADIENNE
Sur la grande montagne aux ombres solitaires, Un jour il avait fui, comme fuit le chasseur ; Son œil était de feu, comme l’œil de ses pères ; Mais son orbe roulait avec plus de fureur !
Où guide-t-il ses pas ? quelle rage l’anime ?
Le bronze de son front paraît étinceler !
Est-ce un sombre guerrier, ou bien une victime Qu’auximânes de son frère il brûle d’immoler ?
Il est là près du chêne : une hache sanglante Soutient ses larges bras l’un dans l’autre enlacés ; On dit qu’il se calma, que sa lèvre tremblante Laissa même échapper ces mots qu’il a tracés :
‘ Chêne de la grande colline, Arbre chéri de mes aïeux,
Écoute ! qu’à ma voix ton oreille s'incline, Je suis venu te faire mes adieux !
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‘‘ Ils m'avaient dit : tes pieds ont perdu leur vitesse, A quoi peuvent-ils te servir ?
Ta hache est là qui pleure et maudit ta vieillesse : Elle sent que tu vas mourir !
‘* Pourtant je te l’apporte : à mon heure dernière C’est le seul don que je puisse t'offrir !
Je te la donne, à toi, mais fais que sa paupière Ne m’aperçoive point mourir !
‘“ Si tu vois l’orignal au pied toujours rapide, __ Près de ton feuillage bondir, Dis pour le consoler, qu’il marche moins timide, Parce que tu m'as vu mourir.
‘Chêne de la grande colline, Arbre chéri de mes aïeux,
Écoute ! qu'à ma voix ton oreille s'incline, Je suis venu te faire mes adieux !”’
M. JOSEPH LENOIR naquit le 15 septembre1822, a Saint-Henri, près Montréal; il fut reçu membre du barreau, le 4 octobre 1847; il est décédé le 3 avril 1861.
C'était un de nos bonsécrivains,un de nos poètes les plus élégants ; ses gracieuses poésies ont orné les différentes revues périodiques.
Au moment de sa mort, il remplissait, au département de l'instruction publique, les fonctions de clerc dela correspondance française, de bibliothécaire et d'assistant rédacteur du Journal tion publique.
de L’Instruc-
On dit qu'ayant chanté d’une voix bien sonore,
Le vieillard s'arrêta pour essuyer ses yeux,
Que ses larmes coulaient comme il en coule encore, Quand on perd un bonheur qui n’a pu rendre heureux !
On dit même qu'après, sur la grande montagne, L'ombre du vieux guerrier apparut bien souvent, Qu'on entendit gémir, la nuit, au bruit du vent, Comme une voix de mort qu'une lyre accompagne !
Je LENOIR.
QUESTIONS.—L'auteur veut-il parler senlement d’un Huron ou $8’il veut rappeler toute la tribu ?—Où habitaient les Hurons?—Quel est le gouverneur français qui fit alliance avecles Hurons?—Y a-t-il encore des Hurons dans le pays?—Qu'est-ce qu’une légende ?—Quelle différence entre légende et histoire ?— Savez-vous de quelle montagne parle l’auteur ?—Quelle figure dans cette expression : ‘ Son œil était de feu ? ’’—Citez les autres métaphores les plus saillantes.—Pourquoi le Huron s’adresse-t-il au chêne plutôt qu’à un autre arbre ?—“ J/s m'avaient dit”, de qui parle le Huron ?—L'orignal se voit-il | encore dans nos bois?—Que savez-vous de l’auteur de cette pièce ?
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