‹ Lecture à haute voix [microforme]Chapitre 75 sur 190 · LOUIS VEUILLOT · texte numérisé non relu

LOUIS VEUILLOT

Quand, en 1841, M. Louis Veuillot devint un écrivain chrétien, Chateaubriand était populaire ; Joseph de Maistre avait déjà conquis toute la demi-popularité qu’il est seulement destiné à conquérir ici-bas ; Lamennais était tombé, mais on entendait encore assez distinctement les derniers échos de cette voix puissante; M. de Montalembert était dans la riche adolescence de sa gloire; le P. Lacordaire entraînait la jeunesse ; l’ Univers, depuis plusieurs années, luttait déjà pour emporter à la pointe de l'épée cette liberté d'enseignement qu’il a fini par conquérir avec le hardi concours de tout ce qu'il y eut alors de catholiques en France; Mgr Parisis se montrait le champion le plus vigoureux de toutes les libertés de l’Église. Tous les catholiques semblaient fraternellement unis On marchait gaiement, tous ensemble, à l’assant de l’incrédulité; on cotnbattait ensemble, on tombait ensemble, on se relevait et on triomphait ensemble,

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M. Louis Veuillot ne dut pas échapper à l’action puissante de ses amis dans la foi. Il n’est certes pas un imitateur: personne ne l’est moins que Jui. Il est nettement, vigoureusement original. Mais quel mot employer pour dire que, sans imiter personne, il recut l'empreinte de plusieurs autres intelligences ? Il est certain que Joseph de Maistre lui a laissé sa marque vive, sa haute doctrine et la fierté de sa polémique. Chateaubriand (qu'il n’a jamais aimé) a agi également sur l’auteur de la Petite philosophie et lui a communiqué le goût invincible de la poésie chrétienne, Ne sent-on pas (notamment dans certaines pages du (a et Là, alors même que M. Veuillot n'avait pas encore abusé du style à versets), ne sent-on pas le souffle du premier Lamennais? M. Louis Veuillot, enfin, n’a-t-il pas toujours possédé quelque chose de la verve particulière à M. de Montalembert, de ia dialectique de Mgr Parisis, et même de l'éclat du P. Lacordaire ?

Mais toutes ces qualités n’ont pas agi sur l'intelligence de M. Louis Veuillot à la manière de l’objet qui agit grossièrement sur une surface de verre, dans la photographie brutale ; elles ont agi à la manière du feu, qui donne la chaleur et la vie sans rien ôter à la personnalité de ceux qu’il échauffe et vivifie, M. Louis Veuillot, disons-le hautement, n’est pas un disciple, mais un chef d'école. Il est certainement plus complet qu'aucun des grands esprits que nous venons de nommer: il a l'intelligence plus souple, plus facile, plus universelle. Il est à la fois poète, orateur, polémiste et théologien ; il est même, à ses heures, romancier et nouvelliste, La philosophie seule a toujours eu peu d'action sur sa pensée, et je crois que M. de Bonald n’a pas

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