‹ Lecture à haute voix [microforme]Chapitre 86 sur 190 · EL CS · texte numérisé non relu

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Grillon solitaire,

Voix qui sors de terre, Oh ! réveille-toi

Pour moi !

Quand j'étais petite,

Comme ce berceau, Fa.

; Et que Marguerite

7 Filait son fuseau,

Quand le vent d'automne Faisait tout gémir,

Ton cri monotone M'aidait à dormir.

ALPHONSE DE LAMARTINE (1791-1869). Lorsque par la pensée, dit M. Legouvé, j'évoque devant moi les poètes immortels, lorsque je commence par le commencement de toute poésie, par les chants d'Or.

phée, par Pindare, par l'Zliade ; quand je passe à Zschy/e et à Sophocle, quand j'arrive de Sophocle à l’irgile, et de l'irgile à Dante, à Pétrarque, j'entre dans une atmosphère saine et fortifiante, je respire un air qui m'épure et me nourrit. Eh bien! Lamartine appartient à cette famille-là, Il peut se présenter devant ces grands hommes avec la Prière de l'enfant à son réveil, avec Willy, avec les Étoiles, avec le Crucifix,avecle Chant des moissonneurs, et ils lui diront tous: ‘Entre, entre !

tu es des i:ôtres.'’

Il fut un grand poète, ce noble génie. Sur sa lyre ne vibrait peut-être pas la corde d'airain ; du moins elle ignora les chants de haine. Sa sensibilité manque de profondeur et sa religion, de doctrine ; on souhaiterait que sou rythme fût moins flottant autour de la phrase, moins abandonné aux

‘appelle de la muse. On y orpheline, qui triste et sans rtine a trouvé

ment mélan: à

cie 2

En

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Seize fois l’année

A compté mes jours ; Dans la cheminée Tu niches toujours.

Je t’écoute encore Aux iroiües saisons, Souvenir sonore

Des vieilles maisons !

Qu'il a moins de charmes, Ton chant, qu’autrefois !

As-tu donc nos larmes Aussi dans ta voix ?

Pleures-tu l’aiïeule,

La mère et les sœurs ?

Vois, je peuple seule

Ce foyer des cœurs.

L'âtre qui pétille,

Ce cri renaïissant,

Des voix de famille M'imitent l’accent.

Mon âme s’y plonge, Je ferme les yeux,

Et j'entends en songe Mes amis des cieux.

caprices de l'imagination, moins monotone dans sa prolixité vague et fluide ; mais quelle grâce dans cet élégiaque! quel charme dans l'indécision même de sa pensée !

L'inspiration de Lamartine est comme sa nature, elle a la fraîcheur de l’extase, la facilité, l'abondance, la spontanéité continue. On dirait qu’il n'a qu’à ouvrir son âme pout que la poésie coule de source et s’'épanche en inépuisables torrents d'harmonie, Il chante ‘comme l'o'seau soupire ’’ ; toujours le chant naît sur ses lèvres et s’élance sans effort. D'autres ont plus d'éclat et d'originalité dans la pensée, de plus poignantes angoisses dans le cœur ; mais nul n'a mieux réalisé l'idée que nous nous faisons du poète: “”#, chantre. Jusqu'à ce jour, la poésie de Lamartine est peut-être, en France, la forme la plus pure du lyrisme intime s'inspirant de la nature, de l'âme et de Dieu,

’; toujours le lus d'éclat et e cœur ; mais

un, chantre.

. la forme la t de Lieu,

Grillon solitaire, Voix qui sors de terre, Oh ! réveille-toi

Pour moi !

Tu me dis des choses, Des choses au cœur, Comme en dit aux roses Leur oiseau rêveur.

Qu'il chante pour elles Ses notes au vol!

Voix triste et sans ailes, Sois mon rossignol.

LAMARTINE

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