SCÈNE PREMIÈRE
GUERRERO, seul.
Des cartes sont étendues devant lui, il tient un compas A la main, et mesure les distances.
Oui, voilà le vrai plan... terrible!... inattendu!
Regardant sur le côté.
Mais comment arriver? Là, ce fort défendu Et vingt mille Espagnols qui me barrent la route!
Calculant sur la carte.
Voyons encore : ce soir je pars de la redoute...
Avec impatience.
Et j’arrive... j’arrive au fort... Toujours ce fort!
Non... pas d’autre chemin... non... et sur chaque bord, Comme des murs de rocs qui montent jusqu’aux nues, Les Andes élevant leurs cimes inconnues!...
Quoi!... rien à faire encor! enchaîné pour jamais!...
Je ne secouerai point cette éternelle paix.
Prenant un livre sur la table*.
Ah ! consultons le dieu !... Campagnes d’Italie!...
Quels prodiges! quels coups! contre lüi tout s’allie... Quatre peuples, trois chefs! il bat tout à la fois,
GUERRERO
Avec inspiration.
Il traverse en deux jours... J’ai mon planl je le vois.
Les Andes sont ici? J’escalade les Andes;
Je passe... par les airs avec mes vieilles bandes;
Et les pics surmontés, les abîmes franchis,
Après vingt jours de marche en ces sommets blanchis, ' Comme la foudre alors du haut du ciel je tombe...
Je tombe sur la ville et j’en fais une tombe!
Ce sont quelques soldats qu’il m’en pourra coûter,
Mais on tressaillira, rien que de t’écouter,
O récit gigantesque ! et toi, mon bien suprême,
Tu pâliras d’orgueil en t’écriant... « Il m’aime! »