Promenade sentimentale à TAlhambra
Blanca s'appuya sur le bras du Maure, et s'approcha de la fontaine des Douze-Lions, qui donne son nom à l'une des cours de l'Alhambra : « Étranger, dit la naïve espagnole, quand je regarde ta robe, ton turban, tes armes, et que je songe à nos amours, je crois voir l'ombre du bel Abencerage se promenant dans cette retraite abandonnée avec l'infortunée Alfaïma. Explique-moi l'inscription arabe gravée sur le marbre de cette fontaine. »
Aben-Amet lut ces mots' :
La belle princesse qui se promène couverte de perles dans son jardin en augmente si prodigieusement la beauté... : le reste de l'inscription était effacé.
« C'est pour toi qu'elle a été faite, cette inscription, dit Aben-Hamet. Sultane aimée, ces palais n'ont jamais été aussi beaux dans leur jeunesse qu'ils le sont
* « Celle inscriplion existe avec quelques autres. Il est inutile de répclor que fai fait cette description de TAlhambra sur les lieux mêmes. » N. de G.
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aujourd'hui dans leurs ruines. Écoute le bruit des fontaines dont la mousse a détourné les eaux ; regarde les jardins qui se montrent à travers ces arcades à demi-tombées ; contemple l'astre du jour qui se couche par delà tous ces portiques : qu'il est doux d'errer avec toi dans ces lieux! Tes paroles embaument ces retraites, comme les roses de l'hymen. Avec quel charme je reconnais dans ton langage quelques accents de la langue de mes pères ! Le seul frémissement de ta robe sur ces marbres me fait tressaillir. L'air n'est parfumé que parce qu'il a touché ta chevelure. Tu es belle comme le Génie de ma patrie au milieu de ces débris. Mais A ben-Hamet peut-il espérer de fixer ton cœur? Qu'est-il auprès de toi? Il a parcouru les montagnes avec son père ; il connaît les plantes du désert... hélas! il n'en est pas une seule qui pût le guérir de la blessure que tu lui as faite 1 II porte des armes, mais il n'est point chevalier. Je me disais autrefois : L'eau de la mer qui dort à l'abri dans le creux du rocher est tranquille et muette, tandis que tout auprès la grande mer est agitée et bruyante. Aben-Hamet! ainsi sera ta vie, silencieuse, paisible, ignorée dans un coin de terre inconnu, tandis que la cour du sultan est bouleversée par les orages. Je me disais cela, jeune chrétienne, et tu m'as prouvé que la tempête peut aussi troubler la goutte d'eau dans le creux du rocher. »
Blanca écoutait avec ravissement ce langage nouveau pour elle, et dont le tour oriental semblait si bien convenir à la demeure des Fées qu'elle parcourait avec son amant. L'amour pénétrait dans son cœur de toutes parts; elle sentait chanceler ses genoux, elle était obligée de s'appuyer plus fortement sur le bras de son guide
Le soleil était descendu sous l'horizon pendant la promenade des deux amants. La lune, en se levant,
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répandit sa clarté douteuse dans les sanctuaires abandonnés et dans les parvis déserts de l'Aihambra. Les blancs rayons dessinaient sur le gazon des parterres, sur les murs des salles, la dentelle d'une architecture aérienne, les cintres des cloîtres, l'ombre mobile des eaux jaillissantes et celle des arbustes balancés par le zéphir. Le rossignol chantait dans un cyprès, qui perçait les dômes d'une mosquée en ruine, et les échos répétaient ses plaintes.