‹ Lectures choisiesChapitre 140 sur 145 · L'AMOUR DE LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

L'AMOUR DE LA CAMPAGNE

Que de ces prés l'émail plaît à mon cœuri Que de ces bois l'ombrage m'intéresse ^I Quand je quittai cette onde enchanteresse, L'hiver régnait dans toute sa fureur.

1. " J'ai longtemps fait des vers avant de descendre à la prose, dit Chateaubriand dans un Avertissement placé à la tête du premier volume des Œuvres coinplètei (édition de 1829) ; ce n'était qu'avec regret que M. de Foutanes m'avait vu renoncer aux Muses : moi-même je ne les ai quittées que pour exprimer plus rapidement des vérités que je croyais utiles. » Citons encore ces lignes des Mémoires d'outre-tombe : « Ce fut dans une de ces promenades que Lucile, m'entendant parler avec ravissement de la solitude, me dii : Tu devrais peindre tout cela. Ce mot me révéla la Muse ; un souffle divin passa sur moi. Je me mis à bégajer det vers, comme si c'eût été ma langue naturelle; jour et nuit je chantais mes plaisirs, c'est-à-dire mes bois et mes vallons; je composai une foule de petites idylles ou tableaux de la nature. J'ai écrit longtemps en vers avant d'écrire en prose : M. de Fontanes prétendait que j'avais reçu les deux instruments, n

Ailleurs, Chateaubriand se plaint que, parce qu'il a surtout l'crit en prose, le public ne veuille pas le reconnaître comme poète. « Si les deux talents sont à peu près sur la même ligne, à l'instant on vous en refuse un, par celte impossibilité où sont les hommes d'accorder deux aptitudes i un même esprit. »

Les poésies de Chateaubriand sont faibles. Vrai père du lyrisme romantique, initiateur de toute uotre littérature moderne, ses vers ne valent guère mieux que ceux des Esménard, qu'il se plait d'ailleurs ù citer çà et là dans ses œuvres comme les plus beaux du monde. Faisons Eeulemcnt une exception pour la Romance à Hélène.

2. C'est ici la première oeuvre de Chateaubriand qui ait jamais été imprimée. Elle fut insérée dans VAhnanach des Muses de 1790. Cf., Mémoires d'outre-tombe : ■ A force d'intrigues et de soucis, je parvins, par la protection de Delisle de Sales, à la gloire de faire insérer dans VAlmanach des MuS''S une Idylle (VAmour de la Campagne) dont l'apparition me pensa faire mourir de crainte et d'espérance. »

3. Intéresse dans un sens tombé en désuétude; équivaut à toucUe.

Et cependant mes yeux demandaient ce rivoge ; Et cependant d'ennuis, de chagrins dévoré, Au milieu des palais, d'hommes froids entouré, Je regrettais partout mes amis du village. Mais le printemps me rend mes champs et mes beaux jours. Vous m'allez voir encore, ô verdoyantes plaines ! Assis nonchalamment auprès de vos fontaines. Un TibuUe à la main, me nourrissant d'amours, Fleuve de ces vallons, là, suivant tes détours. J'irai seul et content gravir ce mont paisible ; Souvent tu me verras, inquiet et sensible i. Arrêté sur tes bords en regardant ton cours. J'y veux terminer ma carrière ; Rentré dans la nuit des tombeaux.

Mon ombre, encor tranquille et solitaire.

Dans les forêts cherchera le repos *.

Au séjour des grandeurs mon nom mourra sans gloire. Mais il vivra longtemps sous les toits de roseaux. Mais d'âge en âge, en gardant leurs troupeaux. Des bergers attendris feront ma courte histoire : « Notre ami, diront-ils, naquit sous ce berceau ; « Il commença sa vie à l'ombre de ces chênes ;

« 11 la passa couché près de cette eau,

« Et sous les fleurs sa tombe est dans ces plaines. »

LE PRINTKMPS, L'KTÉ ET L'HIVER

Vallée au nord, onduleusc prairie,

Déserts charmants, mon cœur formé pour vous

Toujours vous cherche en sa mélancolie.

A ton aspect, solitndo chérie,

Je ne sais quoi de profond ot de doux

Vient s'emparer de mon âme attendrie.

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