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Où établit-elle rapidement son empire

Deuxième Leçon.

L'habitation humaine.

Depuis la première hutte que l'homme s'est construite jusqu'aux maisons à vingt étages où il fait circuler l'eau, la vapeur et l'électricité que de progrès ont été faits ! Ce sont ces progrès que nous voulons ici examiner.

Une loi conduit l'homme à se défendre contre les agressions et les intempéries.

Aux temps les plus lointains que l'histoire connaisse, des abris sous roches ont, durant des siècles, garanti l'homme, et des entassements de matériaux, formant barrière, l'ont protégé contre ses ennemis. A ces besoins de défense est venu s'ajouter par la suite le désir d'orner son logis.

Les mœurs des peuples d'abord, plus tard leurs sentiments artistiques sont les deux points de départ de toutes les modifications que l'homme a, d'âge en âge, apportées à son gîte.

Dans le département de l'Yonne, aux environs de Joigny, on reconnaît l'emplacement d'un grand nombre de demeures de l'âge de pierre. Ce sont des espaces circulaires, d'un diamètre de huit à dix mètres environ. Le centre est occupé par un tronc d'arbre fossile. Autour, le sol est formé d'une terre noire et grasse, mêlée d'ossements, de charbons et de silex travaillé. Ce sont les gestes des anciens habitants, unis aux débris de leur mobilier.

Les traces de ces premières sociétés humaines ont été retrouvées en France, dans la vallée de l'Oise ; en Angleterre ; près de Madrid à San Isidoro ; en Italie, en Egypte, en Algérie, dans le Sahara, arrosé alors de neuves majestueux et nourrissant des populations nombreuses. On en a aussi recueilli en Palestine, en Syrie et dans la péninsule Arabique,

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en Asie et au Mexique. Dans les pampas de l'Amérique du Sud, au milieu de plaines infinies, sans un rocher où appuyer sa hutte, sans un arbre, l'homme avait imaginé de s'installer sous la carapace de tatous gigantesques. La dépouille de l'animal vaincu devenait l'abri du vainqueur.

Quand il eut inventé les premiers outils, voulant une demeure d'une sécurité relative, l'homme choisit une grotte d'accès difficile. L'habitation devint une forteresse, d'abord naturelle. Plus tard, ses ressources se développant, il conçut l'idée de se procurer des fortifications artificielles.

L'explorateur Nachtigal a décrit, dans un de ses récits de voyage, un village aérien du Soudan, aux maisons juchées dans des arbres, qui donnent à penser ce que purent être les abris primitifs. Sur les branches les plus grosses à peu près horizontales, reliées par des traverses, rejointes par des entrelacs de lianes, on avait édifié les cabanes; des échelles de corde et de bois servaient à l'accès. En cas d'alerte, toute communication avec le sol était vite interrompue.

Les Pœoniens de la Thrace, dit Hérodote, bâtissaient leurs villages sur des pilotis enfoncés dans les bas-fonds des lacs. A l'Est de la mer Noire, d'après Hippocrate, les riverains du Phase élevaient leurs cabanes en roseaux au milieu du fleuve. De nos jours, les Malais et les Chinois établis à Bangkok, les indigènes de la Nouvelle-Guinée, du Jaïr, de Mindanao, construisent souvent leurs maisons sur des pieux plantés dans les eaux. Burton, le voyageur anglais fameux par la découverte qu'il fit en 1858 du lac Tanganyka, a visité des habitations de ce genre au Dahomey et Cameron aussi en a vu dans l'Afrique centrale. Lorsque les Espagnols découvrirent la lagune de Maracaïbo dans l'Amérique du Sud, ils y virent un village bâti sur pilotis, "petite Venise de bois à laquelle le Venezuela doit son nom."

Une population considérable avait vécu dans des cités préhistoriques au milieu des lacs de la Suisse.

On a reconnu une vingtaine de ces cités lacustres sur le lac de Bienne, vingt-quatre sur le lac de Genève, trente-deux sur le lac de Constance, quarante-neuf sur le lac de Neuchâtel. On a découvert aussi de ces stations en France, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, en Autriche et en Hongrie. L'homme lacustre, devenu terrien, a imité l'habitation où il avait longtemps vécu. Une hutte en branchages, revêtue d'argile pétrie, ou de peaux d'animaux, arrondie au sommet, souvent allongée, pour mettre plus d'espace à la disposition des habitants, voilà la maison primitive. Il apprit alors à disposer des pierres les unes sur les autres, à garnir les interstices de cailloux, à les relier avec de l'argile, puis des ciments plus résistants. Les murs s'élevaient à hauteur de sa taille, on disposait au-dessus les poutres supportant le toit, en leur donnant la pente nécessaire à l'écoulement des eaux; on plaçait sur ces poutres des poutrelles transversales, des branchages entrelacés ou des mottes gazonnées.

Ce type d'habitation approprié aux climats tempérés et humides, a été très répandu dans l'Europe centrale et occidentale, et s'y est conservé longtemps.

On ne pouvait s'introduire qu'en rampant dans l'habitation. Le sol était formé d'un béton extrêmement dur, les parois intérieures consolidées à l'aide d'une muraille de pierres sèches. Au milieu, des pierres plates et élevées servaient de sièges ; le long des parois, des saillies en terre en forme de banquettes représentent sans doute les lits.

L'Auvergne avec ses cités vulcaniennes ou mégalithiques, l'Ecosse, avec ses earth-houses, montrent les plus curieux spécimens de cette architecture domestique.

A partir du moment où l'homme eut appris l'art de construire des murailles, ses habitations se perfectionnèrent rapidement. Dès les premiers âges de l'humanité il savait tailler la

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pierre, les maisons de pierre furent donc les premières qu'il construisit. Bientôt il commença à faire des briques et à les employer. Peu à peu des notions d'hygiène lui venant il imagina de laisser un plus grand espace entre le sol et le plancher, de bâtir un deuxième étage au dessus du premier et de pratiquer dans les murs des ouvertures pour laisser pénétrer l'air et la lumière.

Il était cependant réservé à notre époque de substituer le fer à la pierre dans les grandes constructions, il lui était également réservé, hélas ! de construire des maisons de vingt étages qui, si elles sont pourvues de toutes les commodités possibles, ne sauraient jamais être gracieuses. Les rois de l'architecture, les Grecs, n'avaient pas trouvé cela et leurs monuments sont restés jusqu' à nos jours l'idéal de l'élégance et du bon goût. Nous vivons, il est vrai, dans un siècle où le beau doit céder le pas à l'utile mais ne peut-on pas espérer qu'un jour viendra où nous oublierons un peu notre amour du lucre et du confortable pour retourner au culte des belles choses ?

Questions.

1. Par quel instinct l'homme primitif était-il conduit à chercher un

abri?

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