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Où ces expériences seront-elles bientôt reprises

47. Quel est le problème que l'on peut considérer comme résolu ?

Trente-huitième Leçon.

Gounod.

Au mois de novembre 1858 la presse française célébrait en termes pompeux la première représentation de Faust; du lever dn rideau à la fin du cinquième acte, cela avait été un triomphe non interrompu et l'art français comptait dès lors une gloire de plus.

L'homme qui donnait ce chef-d'œuvre avait alors quarante ans à peine. C'est la toute jeunesse pour le musicien, qui a tant de peine à s'ouvrir le chemin. Et celui-là ne pouvait être, dans la vie, que musicien. Dès qu'il avait grandi, il avait chanté. Ses parents, autrefois, s'en étaient alarmés et avaient parlé, avec inquiétude, au proviseur du collège, de cette vocation de l'enfant, Ce proviseur était M. Poirson, qui

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les rassura. " Lui, musicien ? Jamais. Je l'ai bien étudié ; il a le génie du grec, le sentiment de l'antiquité, de la latinité ; il sera professeur." Et il fit, le jour même, appeler son élève dans son cabinet.

— On vous a, lui dit-il, surpris encore à griffonner dans vos cahiers des notes de musique.

— Oui, répondit Gounod, je veux être musicien.

— Allons donc, cher enfant, ce n'est pas un état. On ne se fait pas musicien comme on se fait soldat. Tenez, voilà du papier, une plume. Composez-moi un air nouveau, un air quelconque. Nous allons bien voir.

C'était l'heure de la récréation. Avant que la cloche de l'étude eût sonné ou que le tambour eût battu, Gounod revenait vers le proviseur avec sa page toute noire.

— Ah ! le pensum est achevé, fit M. Poirson, déjà ?

— Ce n'est pas un pensum, dit Gounod.

— Eh bien, voici mon piano, chantez.

Et Gounod chanta. Le bon M. Poirson écoutait étonné, remué, ravi. Tout à coup, les yeux pleins de larmes :

— Bah ! s'écria-t-il en se levant pour aller embrasser le jeune Charles. Ils diront ce qu'ils voudront : fais de la musique !

Lorsque Gounod, premier grand prix de Rome, fit exécuter sa première œuvre à Saint-Eustache, en rentrant chez lui, il trouva ce billet écrit au crayon, de la main du vieux proviseur : "Bravo, cher homme que j'ai connu enfant!" M. Poirson était allé, sans rien dire, écouter, à l'ombre d'un pilier de l'église, la musique de celui qu'il avait appelé le petit Charles et qu'autrefois, il avait non seulement connu, mais deviné !

Tout jeune homme, à Leipzig, Gounod jouait de sa propre musique, à Mendelssohn, la messe qu'il avait fait exécuter à Saint-Louis-des-Erançais. Il avait connu à Rome la sœur de

Mendelssohn qui lui avait donné pour le maître une lettre de recommandation.

Gounod était au piano, sa partition devant lui. Tout, à coup, Mendelssohn interrompt le jeune musicien en passant la main sur le piano et les feuillets de la musique, puis vivement :

— C'est de vous cela ? de vous ?

— Oui, cher maître.

— Eh bien ! Chérubini ne ferait pas mieux.

— Songez, disait Gounod en évoquant ce souvenir, que Chérubini était une puissance incontestée et que, par exemple, Beethoven ayant terminé sa Symphonie en ré, l'envoyait à Chérubini, en lui demandant son avis et en le priant de mettre ses observations en marge.

Gounod n'était pas seulement un grand compositeur, c'était aussi un excellent écrivain et cette gloire musicale eût été facilement une gloire littéraire. On le verra bien lorsque sa famille fera un choix de ses écrits, et aussi je pense, de ses lettres, toujours exquises, absolument supérieures.

Il a laissé sur la musique, sur Don Juan, sur l'art en général, des pages d'une rare valeur, puissantes à la fois par la pensée et l'expression.

A ces qualités de l'esprit, le maître, chose rare, joignait les qualités du cœur. Il était fidèle dans ses amitiés et dans ses relations. En 1893, le compositeur Saint-Saëns lui ayant envoyé son nouvel opéra " Phryné," Gounod l'en remercia par la lettre suivante :

Saint-Cloud, jeudi, 12 octobre 1893.

Mon Cher Camille, —

Merci de ta délicieuse Phryné. Je vais l'entendre avec les yeux (ces deux secondes oreilles du musicien), après m'en être grisé par les oreilles, ces yeux de la musique. Je t'embrasse comme je t'aime, imo corde. Ch. Gounod.

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Il est tout entier en raccourci dans ce petit billet, le cher maître bien-aimé, avec sa bienveillance, sa grâce, son originalité, sa tendresse pour ceux qu'il avait formés par ses exemples et ses conseils, jusqu'à son amour pour l'antiquité, qui s'y retrouve à la fin, dans les deux mots latins.

C'est bien le cas de redire le mot célèbre : C'était un homme et nous ne reverrons rms son pareil.

Ce grand musicien s'est éteint au mois de mars 1893 dans la plénitude de sa gloire.

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