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Quand mourut-il

Trente-neuvième Leçon.

Curiosités du Calendrier.

Si quelque habitant de Vénus ou de Mars venait faire un tour sur notre globe aux environs du 1er janvier, peut-être serait-il fort surpris de voir tous les citoyens et citoyennes se congratuler si vivement d'avoir une année de moins à vivre en ce bas-monde.

Sans doute la vie ne vaut pas cher, les années s'envolent vite, et Lamartine a eu raison de dire de chacune d'elles :

C'est encore un pas vers la tombe Où des ans aboutit le cours, Encore une feuille qui tombe , De la couronne de nos jours !

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Mais enfin, en face de l'orgie des étrennes de toute nature que la vieille année lance au seuil de la nouvelle, et devant la tempête de cadeaux et de compliments qui souffle en tourbillons pendant quinze jours sur toute l'humanité, masculine et féminine, adulte ou enfantine, notre observateur extra-terrestre ne pourrait s'empêcher de conclure que vraiment tout le monde est dans la joie, dans le délire, du bonheur d'approcher un peu plus du tombeau. A toutes les bizarreries de la nature humaine, notre voyageur céleste ajouterait encore, sans doute, l'inconséquence, et son impression serait évidemment que, si nous sommes doués de facultés intellectuelles, la logique n'est pas notre qualité dominante.

Et, à ce propos, que l'on me permette de répondre à la question tant de fois posée et souvent si singulièrement discutée depuis quelque temps sur le commencement et la fin d'un siècle. Il est assez inexplicable que la moitié des discuteurs déclare que l'année 1900 appartiendra au vingtième, par la raison qu'un enfant de 0 an et quelques mois existe bel et bien.

Or, il est constant que la première année de notre ère a été comptée l'an 1, et non pas l'an 0. Le premier siècle a commencé l'an 1 et a fini l'an 100. Le deuxième siècle a commencé l'an 101 et fini l'an 200. Le dix-neuvième a commencé en l'an 1801 et finira le 31 décembre de l'an 1900.

L'an 1 veut dire l'an premier, et non pas un an accompli plus une nouvelle année courante.

Le vingtième siècle commencera donc le 1er janvier 1901.

Nos lecteurs savent que l'ère chrétienne n'a pas été imaginée il y a dix-huit siècles, et ne date pas pratiquement de la naissance de Jésus. Cette ère fut proposée pour la première fois au sixième siècle seulement, par un moine du nom de Denys, surnommé le Petit, qui vivait à Rome vers l'an 580. Ses calculs l'avaient conduit à admettre pour la naissance de Jésus l'an de Rome 753, et cette base est le fondement de

l'ère chrétienne, qui n'a été adoptée qu'en l'an 800, par ordre de Charlemagne, après ;son couronnement. Mais le calcul de Denys le Petit est en erreur de quatre ans, attendu que, d'après la tradition même, Jésus est né sous le règne d'Hérode, lequel est mort l'an de Rome 750. Des calculs qu'il serait trop long de reproduire ici indiquent pour la naissance de Jésus la fin de l'année 749 de la fondation de Eome, et pour sa mort la 36e année après cette date. L'ère chrétienne adoptée, qui fait mourir Jésus à trente-trois ans, est trop courte de quatre ans. Le 1er janvier de l'an 1 est le 1er janvier de l'an 750, et non de l'an 754. L'année 1892 est en réalité la 1896e après la naissance de Jésus. Malgré l'erreur reconnue, il serait évidemment impossible de rien changer aujourd'hui à cette origine, base de toutes les dates historiques de l'Europe depuis plus de mille ans. Quant au commencement de l'année, les rois de France adoptèrent tantôt Noël, tantôt Pâques, et c'est ce dernier usage qui régnait lorsqu'en 1583 Charles IX fixa le commencement de l'année au 1er janvier. D'autres continuaient de suivre l'usage romain de commencer l'année au 1er mars, comme au temps de Jules César. Ces divers systèmes de chronologie sont souvent une source de confusions inextricables dans la lecture des chroniqueurs du Moyen-Age. Pâques étant la date la plus mobile qui se puisse imaginer, puisqu'elle peut correspondre à tous les jours compris entre le 22 mars et le 25 avril, on rencontre des années qui ont eu deux ou trois mois d'avril presque complets, par exemple l'année 1347.

Il faut avouer, du reste, que rien n'est plus arbitraire que la fixation du changement d'année. Pourquoi le 1er janvier, le 25 décembre, le 25 mars, ou quelque autre date que ce soit ? La terre tournant autour du soleil suivant une ellipse peu différente d'une circonférence, une telle figure n'a ni commencement ni fin, de sorte que la nature elle-même ne s'est

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pas chargée de marquer où l'année commence et où elle finit. Pourtant les saisons existent. L'impression la plus naturelle, semble-t-il, serait de commencer l'année avec les beaux jours, au 1er mai, par exemple. Oui, mais le printemps de notre hémisphère boréal est l'automne de l'hémisphère austral, et quand le linceul de l'hiver étend ses neiges sur la France, l'Allemagne et la Eussie, la Patagonie et la Nouvelle-Zélande se délectent aux rayons du soleil d'été. Voilà pourquoi les noms, d'ailleurs si euphoniques, du calendrier républicain, ne peuvent être appliqués au globe entier : ils ne sont pas astronomiques, et, j'en demande bien pardon à tous les corps d'état du monde entier, nul ne peut rien construire de durable en fait de mesures du temps ou de l'espace, comme en fait de n'importe quoi, si l'on est en désaccord avec MM. les astronomes. Les rois, les ministres, les décrets passent : le ciel reste, et la terre est dans le ciel. Donc, Thermidor de Paris étant Pluviôse de Buénos-Ayres, Floréal de Melbourne étant Brumaire de Londres, c'est là un calendrier inacceptable pour l'ensemble du globe.

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