PREFACE
U est foit instructif, pour qui veut bien comprendre la nature des principes et des lois de la Mécanique, d'en suivre l'histoire. On semble s'intéresser beaucoup aujourd'hui à ce genre d'études, qui a donné Ueu à de remarquables travaux. Il m'a paru qu'on pouvait faire oeuvre utile en réunissant un certain nombre de textes empruntés aux principaux auteurs originaux et en donnant à ces citations des dimensions plus considérables que celles dont on se contente habituellement. C'est cequej'ai tenté de faire dans le présent Ouvrage. L'idée m'en est venue à la suite de la lecture d'un article où M. Le Chatelier signalait l'intérêt qu'il y aurait à faire commenter aux étudiants de l'enseignement scientifique, comme on le fait faire déjà à ceux de l'enseignement littéraire,, les écrits des classiques. J'y ai laissé le plus possible la parole aux maîtres. Toutes les fois que je suis intervenu personnellement, par des Notes ou des éclaircissements, je l'ai signalé par une disposition typographique spéciale ('*).
J'ai toujours été guidé, dans la rédaction de mes commen-
(') Les citations des divers auteurs sont imprimées en caractères plus petits
que ma rédaction personnelle. Quand la citation n'est pas leituelie, ei qu'il s'agit d'une «ÎRiple analyse, les caiactères sont les mêmes, mais le passage eit mis «atre crochets ( ]. Mes commentaires sont donnés soit sous forme île notes au bas des pages, soit sous forme de raccords entre les dilTùrents morceaui, imprimés en caractères plus forts que les- citai ions.
taires, par le respect des auteurs illustres que je citais. Les anciens chercheurs avaient parfois des habitudes de penser qui choquent assez rudement les nôtres. On trouvera, par exemple, dans plusieurs des textes qui vont suivre, un appareil logique fort lourd et souvent tout à fait illusoire ; on rencontrera hien des démonstrations qui, en réalité, ne prouveot rien ; beaucoup, parmi les fondateurs de la Mécanique, ont trop perdu de vue le caractère physique de ses lois, et, dans leur recherche d'une exposition entièrement rationnelle, n'ont atteint, comme l'a dit M. Mach, qu'une fausse rigueur. Il faut se garder cependant de considérer leurs raisonnements comme sans valeur. Que de si grands esprits aient jugé utile de démontrer telle proposition que nous sommes aujourd'hui tentés de prendre comme un principe primitif, qu'ils aient, dans leurs démonstrations, considéré comme évidente telle affirmation qui ne l'est pas, c'est là certes un fait où il vaut la peine de remarquer autre chose que les erreurs de logique pure.
On ne trouvera point ici de recherches historiques originales ; mon but n'est point de redresser des droits de priorité et j'accepte l'histoire de la Mécanique telle qu'on la connaît aujourd'hui. Au début de mon travail, j'avais pris pour guide les admirables historiques que Lagrange a mis en tète des diverses parties de sa Mécanique analytique. Pendant que j'y étais occupé, ont paru la traduction française du livre de M. Mach et les travaux de M. Duhem. J'ai largement profité, à tous les points de vue (le lecteur pourra s'en convaincre), de ces beaux Ouvrages. Les éludes de M. Duhem ont transformé la question des origines de la Mécanique moderne en faisant mieux connaître les sources profondes d'où elle découle; j'ai naturellement tenu compte de ses découvertes.
Malgré tout, la plupart de mes citations sont empruntées aux auteurs considérés depuis longtemps comme les plus im-
portants. Il me semble que ces auteurs restent toujours les grands noms de la Mécanique. Sans doute on connaît mieux aujourd'hui leurs précurseurs dans la découverte des principes. Mais cette circonstance ne saurait supprimer l'intérêt de leurs écrits et, par suite, des textes rassemblés ici. Le fait même qu'ils ont, de bonne heure, fait oublier leurs prédécesseurs, montre au moins qu'ils son* très représentatifs de l'évolution des idées reçues. Il ne faut pas d'ailleurs que l'étude exclusive des précurseurs fasse oublier les servîées rendus par ceux qui ont su choisir dans les écrits de ces derniers, où ils sont souvent mêlés à l'erreur, les principes corrects, s'y attacher avec fermeté, les énoncer avec précision et en montrer la fécondité par les applications qu'ils en ont faites. Lagrange n'a apporté aucun principe nouveau : son œuvre n'en est pas moins une des plus considérables de la Mécanique.
Je me contenterai donc, en ce qui concerne les précurseurs des grands classiques, de quelques brèves citations et dç quelques Notes. Toutefois, pour être aussi exact que possible sur cette question des origines, je crois utile de donner, dès le début, quelques indications sur les idées d'Aristotc touchant l'équilibre et le mouvement. Ces idées péripatéticiennes ont constitué une véritable Mécanique qui a précédé la Mécanique moderne, et c'est précisément un des principaux résultats des recherches de M. Duhem que d'avoir mis en évidence leur influence sur les premiers classiques. Je les expose donc sommairement dans une petite Introduction générale qui marque, pour ainsi dire, le point de départ du présent Ouvrage. Comment s'est développée, à partir de là, la Mécanique moderne, tel est l'objet que je voudrais étudier par l'analyse et le commentaire des auteurs originaux.
Ce que j'ai en vue d'ailleurs, c'est le côté physique des choses. Je me bornerai donc aux principes fondamentaux el aux lois essentielles, dont je voudrais essayer, par cette étude
historique, d'éclairer autant que possible Forigine, la nature et la portée. J'arrêterai par conséquent mon histoire au moment où, ces principes et ces lois étant formulés dans un langage précis, il n'y a plus qu'à en tirer les conséquences logiques. Ou, plus exactement, car ce moment ne vient jamais, car on ne peut jamais déclarer close l'ère des recherches sur ies principes, j'exclurai de mon élude les travaux qui présentent le caractère de simples développements mathématiques ('). E. J.
:. G. de Monlauian, professeur de rUnÎTersité, qui onseiU pour quelques traductioDs.