‹ Lectures et exercices cours élémentaireChapitre 29 sur 89 · FIG. 18. — DU GUESCLIN · texte numérisé non relu

FIG. 18. — DU GUESCLIN

beaucoup se battre, et ses longs bras et ses poings 5 lourds lui donnaient presque toujours la victoire.

Lorsqu'il fut assez fort pour porter les armes, il voulut un jour prendre part à un tournoi. Mais il

n'avait ni armes, ni cheval. 11 alla tout de même dans la ville où se tenait le tournoi, et, voyant un chevalier qui venait de se battre et qui entrait dans 10 une hôtellerie pour se reposer, il le supplia de lui prêter cheval et armes. Le chevalier, frappé de l'air résolu de Bertrand, consentit. Bertrand renversa seize chevaliers de suite. Enfin, son père, qui ne savait pas que le vainqueur était son fils, s'avança 15 pour le combattre. Bertrand jeta sa lance par terre et voulut se retirer. On l'arrêta, on lui enleva son casque, et grand fut l'étonnement de tous lorsqu'on vit qui c'était. Son père pleura de joie, et tout le monde le combla de louanges. 20

Bertrand, qui n'était pas seulement brave et fort, mais avait beaucoup de bon sens, devint assez vite un capitaine renommé. En 1364, il remporta à Cocherel une victoire importante sur une armée composée d'Anglais et de Français au service du roi 25 de Navarre, allié du roi d'Angleterre. Pour faire descendre l'ennemi d'une position très forte, il eut recours à la même ruse de guerre qu'employa Guillaume le conquérant à la bataille de Hastings. Il donna ordre à ses gens de battre en retraite. Les 3° Anglo-Navarrais crurent qu'il voulait s'échapper et s'élancèrent à sa poursuite. Alors Du Guesclin fit volte-face, la bataille s'engagea, et l'ennemi fut mis en déroute.

Pour récompenser Du Guesclin le roi le fit comte 35 de Longueville. Il lui donna aussi la mission d'aller en Espagne combattre Pierre le Cruel, ami des Anglais. Du Guesclin chassa ce roi hors de son pays, et mit un autre à sa place. Mais le prince de

40 Galles arriva, et ce fut le tour de du Guesclin d'être battu. Il fut fait prisonnier et conduit à Bordeaux.

Un jour le prince lui dit : ' Comment allez-vous, Bertrand ?'

Celui-ci répond: 'Je vais à merveille; on dit que

45 je suis le premier chevalier du monde, puisque vous n'osez pas me permettre de me racheter.'

Le prince, piqué de cette réponse, lui dit de fixer lui-même sa rançon. Il la fixa à une somme qui était, pour le temps, énorme.

50 ' Où trouverez-vous cet argent ?' demande le prince, étonné.

Bertrand répondit : ' Il n'y a pas une fileuse en France qui ne file une quenouille pour payer ma rançon.'

55 II disait vrai ; mais on aime mieux croire qu'il ne fit pas une vantardise pareille, qui, du reste, ne servait à rien qu'à mettre dans les coffres de l'ennemi, aux dépens de son propre pays, une somme bien supérieure à celle que le prince avait lintention

60 d'exiger.

Devenu libre, du Guesclin se mit en besogne, et fit si bien que le roi le nomma Connétable, c'est à dire, commandant en chef des armées françaises. C'était un grand honneur qu'il avait bien mérité.

65 II mourut en 1380, et fut enterré à Saint-Denis, où sont placés les tombeaux des rois de France. Tous les grands du royaume assistèrent à ses obsèques. Il fut pleuré du peuple, car il avait été non seulement un grand capitaine, mais encore le

70 défenseur des faibles.

LECTURES ET EXERCICES: COURS ELEMENTAIRE çi

MORT DE JEANNE d'ARC (143I)

Charles V en mourant laissait le trône à son fils, le faible Charles VI. Ce règne a été pour la France le plus malheureux de son histoire. Elle fut en même temps déchirée par la guerre civile, et, envahie par les Anglais, qui, sous Henri V, remportèrent la victoire d'Azincourt (1415). Henri fut reconnu pour l'héritier de Charles VL mais il mourut dans la même année que celui-ci. Son fils, Henri VI, et Charles VII, fils du roi Charles VI, prétendaient tous deux au titre de roi de France. Charles VII l'emporta. Au commencement de son règne la France appartenait presque tout entière aux Anglais. Lorsqu'il mourut, en 1461, il ne leur restait que Calais. C'est à une paysanne que Charles devait son royaume. Il n'est guère nécessaire de raconter la vie de Jeanne d'Arc. Nous nous contentons de donner la belle description que Michelet a faite de sa mort.

Délaissée ainsi de l'Eglise, elle se remit en toute confiance à Dieu. Elle demanda la croix. Un Anglais lui passa une croix de bois, qu'il fit d'un bâton ; elle ne la reçut pas moins dévotement, elle la baisa et la mit, cette rude croix, sous ses vête- 5 ments et sur sa chair. . . . Mais elle aurait voulu la croix de l'Eglise pour la tenir devant ses yeux jusqu'à la mort. Le bon huissier Massieu et frère Isambart, firent tant, qu'on la lui apporta de la paroisse Saint -Sauveur. Comme elle embrassait 10 cette croix, et qu'Isambart l'encourageait, les Anglais commencèrent à trouver tout cela bien long ; il devait être au moins midi ; les soldats grondaient, les capitaines disaient : ' Comment ? prêtre, nous ferez-vous dîner ici ?' Alors perdant patience et n'attendant 15 pas l'ordre du bailli,^ qui seul pourtant avait autorité pour envoyer à la mort, ils firent monter deux sergents pour la tirer des mains des prêtres. Au pied du tribunal, elle fut saisie par les hommes d'armes

FIG. 19. JEANNE D'aRC.

{D'après CJiapu.')

qui la traînèrent au bourreau, lui disant : ' Fais ton 20 office.' Cette furie de soldats fit horreur, plusieurs des assistants, des juges même s'enfuirent, pour n'en pas voir davantage.

Quand elle se trouva en bas dans la place, entre ces Anglais qui portaient les mains sur elle, une 25 émotion bien naturelle la saisit et elle cria de nouveau : 'O Rouen, tu seras donc ma dernière demeure!' Elle n'en dit pas plus, et ne pécha pas par ses lèvres, dans ce moment même d'effroi et de trouble. . . .

Elle n'accusa ni son roi, ni ses saintes. Mais 3° parvenue au haut du bûcher, voyant cette grande ville, cette foule immobile et silencieuse, elle ne put s'empêcher de dire: 'Ah, Rouen, Rouen, j'ai grand peur que tu n'aies à souffrir de ma mort !' Celle qui avait sauvé le peuple et que le peuple abandonnait 35 n'exprima en mourant (admirable douceur d'âme !) que de la compassion pour lui. . . .

Elle fut liée sous l'écriteau infâme, mîtrée d'une mitre où on lisait : ' Hérétique, relapse, apostate, idolâtre. . . .' Et alors le bourreau mit le feu. -+° Elle le vit d'en haut et poussa un cri. Puis comme le frère qui l'exhortait ne faisait pas attention à la flamme, elle eut peur pour lui, s'oubliant elle-même, et elle le fit descendre. . . .

Dix mille hommes pleuraient. Quelques Anglais 45 seuls riaient ou tâchaient de rire. Un d'eux, des plus furieux, avait juré de mettre un fagot au bûcher ; elle expirait au moment où il le mit, il se trouva mal ; ses camarades le menèrent à une taverne pour le faire boire et reprendre ses esprits ; mais il ne pou- 5° vait se remettre. 'J'ai vu,' disait-il hors de lui-même.

* j'ai vu de sa bouche, avec le dernier soupir, s'envoler une colombe.' D'autres avaient lu dans les flammes le mot qu'elle répétait: 'Jésus!' Le bourreau alla 55 le soir trouver frère Isambart; il était tout épouvanté; il se confessa, mais il ne pouvait croire que Dieu lui pardonnât jamais. . . . Un secrétaire du roi d'Angleterre disait tout haut en revenant : ' Nous sommes perdus; nous avons brûlé une sainte!'

1 Ancien officier de justice.

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